Vodkaster enivre les internautes cinéphiles. Accessible depuis trois petites semaines, la plate-forme vidéo dédiée aux extraits de films est sur toutes les lèvres ; prête, comme l’expliquent leurs géniteurs, à “réconcilier deux mondes qui ont un peu de mal à se comprendre : le cinéma et le web 2.0”. Alors qu’elle se profile déjà comme une fantastique bibliothèque dédiée au septième Art et surtout une inépuisable source d’amusement, nous avons voulu – comme d’habitude – en savoir un peu plus sur Vodkaster… En allant à la source.
C’est dans un bar situé tout près des locaux parisiens de Vodkaster que nous rencontrons David Honnorat, cinéphile aguerri et co-fondateur du site. Il nous invite à prendre place à sa table, sur laquelle est déposé… un chocolat chaud. Miel inside. Shocking ! La stupeur sera éphémère, la mixture cacaotée vite remplacée par un breuvage nettement plus raccord avec la base-line de Vodkaster : Take a movie shot. De la genèse du concept aux perspectives de Vodkaster en passant par les coulisses du jukebox, David raconte tout et nous buvons ses paroles. Cul-sec.
Salut David ; peux-tu te présenter et nous expliquer ton rôle dans Vodkaster ?
Je suis l’un des co-fondateurs de Vodkaster mais mon titre officiel précis (et pompeux) au sein de l’équipe est “Directeur produit et communauté”… Ce qui ne veut absolument rien dire (rires). Plus sérieusement, mon rôle a été dans un premier temps de concevoir le site, d’imaginer les ergonomies et les fonctionnalités. Depuis l’ouverture, je m’occupe d’élargir les possibilités offertes par la plate-forme et de gérer toute la partie éditoriale ainsi que la gestion de communauté, assisté par une équipe d’excellents stagiaires cinéphiles.
Vodkaster, concept forcément brillant… Comment est né le site ?
Le projet a commencé il y a bientôt deux ans… dans une cuisine ! Le contexte de création de Vodkaster fut quelque peu étrange : on était entre potes, on parlait beaucoup de cinéma, passant des soirées entières à échanger tout en buvant des coups. On s’adonnait notamment à un jeu-à-boire dont la support était une sorte de blind test ciné. Ce jeu-à-boire amélioré (et à base de… vodka) consistait à reconnaître des scènes de films à partir d’une playlist. On essayait donc de trouver matière à enrichir la base de films et on s’est vite rendu compte qu’il était particulièrement pénible et laborieux de dénicher des extraits. YouTube montrait vite ses limites : impossibilité de trouver l’intégralité de ce que l’on désirait, remontage de qualité minable, screeners pourris, etc. On a remarqué qu’il y avait finalement peu d’offres satisfaisantes, sur internet, permettant de revoir librement nos scènes de films…
À ces soirées, participait Cyril (NDLR: Cyril Barthet, CEO de Vodkaster), enseignant en Master 2 Economie des Médias, passionné de cinéma et accessoirement… futur “boss” de Vodkaster ! Grâce à son expérience, ses compétences juridiques, son excellente connaissance du secteur, de la jurisprudence et, bien entendu, de son érudition en matière de ciné, nous avons pu envisager d’exploiter légalement et à grande échelle les extraits de longs-métrages.
C’est ensemble que vous avez développé l’idée…
Voilà. À l’époque, j’étais son stagiaire et en même temps, je commençais à développer des maquettes. Nous nous rapprochions peu à peu du concept tel qu’on le connaît maintenant : faire un site de partage de vidéos, gratuit et collaboratif, focalisé uniquement sur les scènes de films. Voilà le cœur de Vodkaster : proposer des milliers d’extraits que l’on peut ensuite partager, commenter, collectionner et surtout : classer et indexer. À partir de cette base d’information, nous avons pu extrapoler, dès le début, et penser à tout ce qui pourrait découler de cette bibliothèque : les jeux, les applications qui vont utiliser les scènes de films, et rendre, au final, le cinéma – et surtout la cinéphilie – plus fun, plus accessible. Car l’objectif ultime de Vodkaster, rappelons-le, est avant tout de s’amuser !
Les coulisses de Vodkaster : combien travaille sur le site, comment ça se passe concrètement ?
Actuellement, dans les locaux, nous sommes neuf. Ce chiffre inclut les stagiaires et les développeurs. En outre, nous avons fait réaliser un certain nombre de développements en externe. Sinon, les stagiaires forment l’équipe éditoriale mais travaillent aussi sur la modération et l’élaboration de la base de données. Chaque membre de l’équipe a plusieurs casquettes, passant du rédactionnel au technique ou au juridique.
Nous sommes encore en train de régler notre fonctionnement éditorial ; mais nous avons tout de même un événement récurrent : tous les vendredis, c’est conférence de rédaction. Nous regardons les sorties de la semaine suivante et nous envisageons des sujets de playlists qui pourraient coller. Par exemple, lors de la sortie de Lucky Luke, on peut imaginer une “playlist qui tire plus vite que son ombre”. Et inclure, par exemple, [la scène des Ripoux où Noiret explique à Thierry Lhermitte comment faire pour dégainer rapidement...
Il faut donc avoir une sacrée culture ciné pour bosser chez Vodkaster... Qui pourrait prétendre travailler avec vous ?
On est tous passionnés de cinéma. Développeurs, associés, stagiaires. On essaie de trouver des scènes qui illustrent quelque chose ; par conséquent, on va piocher dans tous les genres ; aussi bien western que cinéma d’auteur. Donc, oui, il faut avoir une relativement bonne culture cinématographique. Parce que, si trouver des films en rapport avec un thème précis est difficile, trouver des extraits de films est particulièrement ardu.
Vodkaster n’est pas une simple base de données filmiques froide et sans âme ; le site dispose de tout un background fun et récréatif...
On peut imaginer pleins de concepts ! Le fait d’avoir accès à tous ces films donne la possibilité de composer avec une foule de thématiques, de quiz, etc. Exemple : les films interprétés par De Niro. Plus pointu : les films espagnols des années 70 qui montrent à l’écran des robes de mariées ! On veut - et on va ! - être capable de faire cela. Remarque, dès aujourd’hui, en tapant par exemple Hitler dans La Chute – que l’on a souvent vu détourné sur le net, ces derniers temps, n’en est qu’un parmi beaucoup). Cela fait partie de notre philosophie : Vodkaster doit donner envie aux visiteurs de découvrir d’autres scènes, et par conséquent d’autres films.
Le site ne s’adresse donc pas uniquement aux fans hardcore de ciné…? ?
Voyons en Vodkaster une mémoire vive cinéphile. Le site s’adresse autant aux fanas de cinéma qu’aux simples amateurs curieux. La fonctionnalité qui se rapproche le plus du caractère universel que l’on désire offrir aux internautes, c’est le “lien cinéphile”. Le principe est de pouvoir lier, grâce au site, un extrait à un autre extrait. Soit parce qu’il s’agit d’un remake, soit d’un hommage, d’une parodie ou d’un clin d’œil. Cette fonctionnalité est non seulement utile pour se forger une culture ciné mais elle est surtout intéressante car on s’aperçoit alors qu’il y a une vraie circulation dans le septième Art. Célèbre exemple : Dans Les Incorruptibles de Brian De Palma, on se souvient de cette scène qui renvoie aux escaliers d’Odessa du Cuirassé Potemkine de Eisenstein. Les liens sont infinis. Un Tarantino, c’est la folie : pratiquement tout le film renvoie à une autre œuvre. C’est passionnant. On peut partager et échanger entre cinéphiles, de manière ludique.
Et pour les non-initiés, cela permet justement de les découvrir, ces liens ; et de se bâtir ou améliorer sa culture ciné. Dans Bienvenus chez les Ch’tis, on retrouve la tournée du facteur de Jacques Tati. Le public de Bienvenus…, il aurait fallu qu’il creuse sacrement pour savoir que la séquence vient de chez monsieur Tati !






