Shutter Island

Shutter Island

Article publié le 27. fév, 2010 par Alex dans Cinéma, Critiques

Synopsis : En 1954, le marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule sont envoyés enquêter sur l’île de Shutter Island, dans un hôpital psychiatrique où sont internés de dangereux criminels. L’une des patientes, Rachel Solando, a inexplicablement disparu. Comment la meurtrière a-t-elle pu sortir d’une cellule fermée de l’extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Œuvre cohérente d’un malade, ou cryptogramme ?

L’île Mystérieuse

Des films comme autant de témoignages d’un amour inconditionnel du 7ème art. Une œuvre presque toute entière imprégnée par la violence et une fascination sans limite pour la grosse pomme ! Martin Scorsese est un mythe, un dieu vivant dont la palanquée de chefs-d’œuvre qui orne sa filmographie (Taxi Driver, Raging Bull, Les Affranchis, Casino, Les Infiltrés) inspire le plus profond des respects. L’homme apparaît, néanmoins, comme un véritable dinosaure au sein de l’industrie cinématographique actuelle. Rescapé de la génération des Movie Brats, Marty voue une admiration sans borne à l’âge d’or Hollywoodien. En apparence anodin, cet anachronisme revêt une importance capitale à la mesure de son Shutter Island

Trop souvent enfermé dans le polar, et plus particulièrement le film mafieux, l’homme s’est pourtant déjà aventuré au-delà des plates-bandes du genre qui a fait sa gloire. Du biopic au documentaire musical en passant par la fresque historique, Scorsese veut, à l’instar des réalisateurs du cinéma classique américain dont il admire le travail, être capable de tout filmer ! Appétit filmique insatiable pour le sexagénaire new-yorkais et nouvelle adaptation pour un réal spécialiste de l’exercice. Ainsi, trois ans après le Infernal Affairs d’Andrew Law, l’homme à grosses lunettes (aucun jeu de mots foireux, promis…) s’approprie cette fois le roman éponyme de Dennis Lehane (Mystic River, Gone, Baby Gone). Si le maître n’a clairement plus rien à prouver, la perspective de le voir s’attaquer au thriller paranoïaque à tendance fantastique a tout de même gentiment secoué l’entrejambe des cinéphiles. Érection injustifiée ? Sans doute, car le ramollissement post-coïtal est des plus douloureux…

Attention, les lignes suivantes risquent de spoiler un brin, aussi il est fortement recommandé de se cogner Shutter Island avant de lire la fin de cette fabuleuse critique et de penser que l’auteur de ces lignes est un putain de génie ou un connard inculte de mauvais goût…

Un paquebot qui fend la brume, des gardiens à cran, un score oppressant, il ne faut pas plus de quelques plans à Scorsese pour installer une atmosphère étouffante et délétère. Les 30 premières minutes du film constituent même l’une des plus remarquables plongées cinématographiques dans la folie récemment vues sur un écran ! Entre un décor maritime à l’aspect volontairement factice, un faux raccord qui saute aux yeux, de fugitifs flashbacks ou un personnage principal toujours au bord de la rupture, Shutter Island use, de manière habile, de tous les artifices (mise en scène, interprétation, montage…) pour nous faire pénétrer l’esprit complètement fêlé des occupants de cet hôpital d’un genre tout particulier. Mais cette brillante entrée en matière ne tient malheureusement pas la route très longtemps.

La faute, notamment, à un twist trop rapidement éventé et au manque d’originalité flagrant ! Le spectateur qui découvre le cinéma avec Shutter Island sera peut être bluffé, pour le cinéphage bouffeur de péloches, c’est une autre histoire ! Car le film débarque avec 15 piges de retard, le thème de la double personnalité (vous étiez prévenus pour les spoilers…) ayant déjà été abondamment traité ces dernières années sur grand écran (Fight Club, Identity, The Machinist, Memento…). Sur un canevas pourtant « scorsesien » en diable (un personnage principal aux fissures apparentes en quête de rédemption), le réalisateur ne propose absolument rien de nouveau. Pire, la première demi-heure passée, Shutter Island sonne comme un constat d’échec retentissant pour son metteur en scène…

Car, plus le récit avance, et plus des flashbacks se font longs, inutiles et démonstratifs. Scorsese prend le spectateur par la main et lui explique tout, insiste sur chaque détail, ce qui est d’autant plus énervant que l’on a capté depuis une éternité que le Marshall Teddy était l’un des patients ! En se rêvant chantre du classicisme hollywoodien, Scorsese abuse des figures de style sans jamais les transcender. Sorte d’hommage embarrassant, son trip référentiel fonctionne uniquement en vase clos, oubliant qu’un film est avant tout une proposition originale de mise en scène (qui certes peut reposer sur des mécanismes existants) de la part de son auteur, et non un copié/collé masturbatoire parasité par un nostalgisme lourdingue…

Reste un Di Caprio qui, pour sa quatrième collaboration avec le réalisateur, repousse une nouvelle fois les limites de son jeu. De presque tous les plans, l’ancien chéri de ces dames (et de certains de ces hommes), aujourd’hui acteur fétiche de Scorsese, n’est définitivement plus le jeune éphèbe d’Antan. Incarnant un faux flic à la limite de la rupture, Leo en impose sacrément ! Mark Ruffalo, Ben Kingsley, Max von Sydow et Jackie Earle Haley (Watchmen) campent une brochette de seconds couteux qui a méchamment de la gueule. Le jugement sera beaucoup plus réservé sur la prestation de Michelle Williams, souvent à la limite du ridicule…

Parfois laid (plusieurs incrustations numériques honteuses), ennuyant et ennuyeux, Shutter Island est une déception à la mesure du cinéaste ! Ne prêtant illusion qu’une trentaine de minutes, le film s’embourbe rapidement dans une intrigue au dénouement convenu en même temps qu’il plonge dans la déférence vaine et trop empruntée pour être honnête. Si l’on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit d’une erreur de parcours pour cet immense artiste, il est quand même paradoxal de voir un réalisateur emblématique du Nouvel Hollywood, période synonyme d’un vent de liberté et de modernité sur l’industrie US, singer maladroitement les grands classiques hollywoodiens…

Note : ★★☆☆☆☆

Réalisateur : Martin Scorsese
Avec Leonardo DiCaprio, Jackie Earle Haley, Ben Kingsley
Durée : 2h17

Date de sortie : 24 février 2010

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Alex

Biberonné à l'animation japonaise et l'actionner 80's, Alex a passé son adolescence le nez plongé dans les comics Marvel et les yeux rivés sur les péloches horrifiques et fantastiques. Exigeant, souvent vulgaire, il navigue, depuis, entre les genres et ne prend plaisir qu'en aiguisant violemment sa plume tout en se roulant nu dans sa collection de figurines et DVD/BR... Retrouvez Alex sur twitter

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