Sherlock Holmes

Sherlock Holmes

Article publié le 20. jan, 2010 par Pan dans Cinéma, Critiques

Synopsis : Aucune énigme ne résiste longtemps à Sherlock Holmes... Flanqué de son fidèle ami le Docteur John Watson, l’intrépide et légendaire détective traque sans relâche les criminels de tous poils. Ses armes : un sens aigu de l’observation et de la déduction, une érudition et une curiosité tous azimuts ; accessoirement, une droite redoutable... Après qu’une série de meurtres rituels a ensanglanté Londres, Holmes et Watson réussissent à intercepter le coupable : Lord Blackwood. A l’approche de son exécution, ce sinistre adepte de la magie noire annonce qu’il reviendra du royaume des morts pour exercer la plus terrible des vengeances. La panique s’empare de la ville après l’apparente résurrection de Blackwood. Sherlock Holmes se lance aussitôt avec fougue dans la plus étrange et la plus périlleuse de ses enquêtes...

Baker Street Fighter

C’est Sherlock qui le dit : «si le crime court les rues, la logique est rare»… Réalisé par le lévrier Guy Ritchie (Snatch, Revolver – haha – et RockNRolla), produit par Joel Silver (le quart des actioners depuis les eighties), écrit par le scénariste d’Invictus et celui de XXX 2, avec Robert Downey Jr… Voici Sherlock Holmes qui semble indiquer que, parfois, la logique se prend une bonne cuite à l’ale. En voyant le tableau, on pourrait rapidement penser à une sacrée mélasse cinématographique déjantée à base de gros calibres, de répliques-à-la-con et d’explosions de selles sur les murs ? Non, ce que l’on nous offre sur un plateau à thé made in china, c’est l’adaptation des premières aventures contemporaines de l’homme le plus classe du monde, j’ai nommé Holmes. Début d’une saga, oui, car franchise d’ors-et-déjà annoncée (le tournage du 2 commence en juin) et amorcée par ce premier opus traditionnellement introductif ; à savoir : un scénario en carton crypto-neuneu, une enquête fastoche – pour poser le décor et les personnages – servie par un acteur fascinant sur lequel tout l’édifice victorien repose. Alors, c’est-y efficace à défaut d’être élémentaire ?

Si les choix de Guy Ritchie derrière la caméra et Robert Downey Jr. devant la focale peuvent paraître totalement déphasés – voire aberrants – rapport à l’univers brumeux du détective fictif le plus célèbre de l’univers, il est nécessaire de revenir aux bases du personnage pour comprendre la logique. Car tout est affaire de logique, n’est-il pas ?
Sherlock Holmes, comme se justifie difficilement le dossier de presse, est un combattant. Du moins, et plus précisément, son aptitude au bâton de combat est avérée, le personnage original disposant de grandes compétences en Baristu, un art martial dédié à la self-défense, la riposte par n’importe quel moyen et le retournement des forces. Du caviar pour un Guy Ritchie qui, depuis Snatch, fait du combat de rue un gimmick ultra présent dans ses films (remember Brad Pitt torse poil se prendre une raclée puis saigner le porcin en une droite bien placée). Pas étonnant donc pour la production, misant sur le côté “action man” de Sherlock, de lui dédier un réalisateur qui vendrait sa mère pour filmer au ralenti un duel de chibres dans une tempête de pluie. Guy Ritchie aime la danse des corps (masculins de préférence – qu’en dîtes-vous, Sigmund?) et adore les mecs brancouilles tapant la pose bad boy sur fond de musique folklorique irlandaise. De toute cette poudre aux yeux, Sherlock Holmes en est bien entendu recouvert. Ça fait partie du personnage dirons-nous.
Quant à robert Downey Jr… Outre son accent british particulièrement prononcé (pour un New-Yorkais), l’acteur présente de multiples similitudes avec son personnage lunatique : son goût pour la cocaïne en est une. Il est connu que le protagoniste créé par Arthur Conan Doyle en 1887 est un enfariné de première. Tout comme Holmes, donc, Downey Jr. a eu son passage à vide, plongé dans la poudreuse puis sauvé par… le sport (les arts martiaux, notamment), un congé sabbatique profitable à sa culture et, n’oublions pas, une bonne cure de désintox’. Ne nous étalons pas sur l’intimité de Bob mais nonobstant sur l’inimitié d’un acteur aussi hyper-actif, intemporel et marginal que son modèle.

Pourquoi insister de la sorte sur “el gran Roberto” ? Simplement parce que le comédien tient Sherlock Holmes d’un bout à l’autre, à bout de chapeau et à renforts de mimiques. Cabotinant à foison et à la moindre opportunité, Junior est tout à fait tel qu’on l’a retrouvé dans Iron Man de Jon Favreau : capable de sauver un film de la débauche la plus totale, seulement appuyé sur un jeu très physique, naurellement maniéré et charismatique. Il en est de même pour Jude Law, acteur pourtant cérébral, ici jouant du coup-de-pied comme un chef, prêt à entamer sa carrière de bourrin (v. RepoMen). Très classe en Watson intrusif, Law fait du docteur un personnage important sinon parfois plus subtil que son “frère”. Car on connaît le goût de Guy Ritchie pour l’amitié virile passionnelle (ce mec est vraiment sorti avec Madonna ?!) ; il l’exploite à fond entre deux scènes ratées. C’est l’instant douloureux de cette chronique… Celui où l’on se doit d’aborder “le cas Ritchie”, sujet sensible pour bien des cinéphiles (suivez mon regard) ; celui où l’on se doit de rétablir la vérité vraie : “Gay” Ritchie se révèle – une fois de plus – un piètre réalisateur à l’ambition aussi ratatinée que la coupe de Jude Law. Abusant des séquences”clips” (comprenez : une seconde maxi) , des plans fixes zoomant sur les deux compères moustachus et des cadrages d’envergure plus qu’approximatifs, Guy Ritchie casse la magie. Outre son incapacité à cacher les ficelles de son montage et de son cadrage, Guytou parvient à exploiter son admiration pour les fights esthètes, laissant les ralentis prendre le pas sur le brut pour nous le resservir derrière en accéléré. Redondant et poseur mais, avouons notre gayitude : parfois très classe. En témoigne l’affrontement entre le sautillant Holmes et l’inévitable Musclor de 2m10 de haut.

La fonction de divertissement totale n’est donc que partiellement remplie et ce n’est pas que la faute de Guy Ritchie. Pour cette gracieuse excuse, l’objet de mon regard de toute à l’heure me paiera une bière un de ces quatre… A vouloir trop poser leur machine-franchise, les milliers de scénaristes qui ont planché sur Sherlock Holmes ont clairement manqué de l’ambition nécessaire à ce genre de délire anachronique. Le spirituel (magie noire) contre le matérialisme de la révolution industrielle avec en sandwich un homme hors-du-temps, génie de l’observation et de l’adaptation ? Fallait peut-être se creuser la citrouille, les mecs. Cela plaira très certainement aux plus jeunes et aux plus accommodants mais certainement pas aux vieux briscards qui attendent un minimum de second degré en plus des grosses mandales dans les rotules.

Si l’ensemble n’est pas dénué de rythme ni de charme, Sherlock Holmes n’est véritablement sauvé que par son seul interprète. Ou comment Robert Downey Jr. peut transformer un film au scénario convenu, mal cadré, écrit sur un sous-bock de Guiness en objet sexy et punchy. Guy Ritchie joue des corps et de la logique sans une once de finesse et d’intellect mais parvient tout de même à ne pas trop étouffer un Robert cabotin en diable et un Jude Law particulièrement charismatique en action man. Sherlock Holmes apparaît tout de même “limite rupture” pour un duo acteur/réalisateur toujours dans l’excès, qui devraient chacun se reconsidérer pour ne pas lasser. L’un peut y parvenir, il l’a déjà prouvé…mais l’autre ?

Note : ★★★☆☆☆

Réalisateur : Guy Ritchie
Avec Robert Downey Jr., Jude Law, Mark Strong
Durée : 2h08

Date de sortie : 03 février 2010

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Pan

Torché à la littérature fantastique, Pan est un animal mystique voire pervers. Il se réfugie très tôt dans la jungle vidéo-ludique puis le cinéma. Journaliste vaporeux, Pan lit toujours mais toujours un peu moins de fantastique, feuillete pas mal de BD, se désocialise faute aux séries TV. Il ne peux s’empêcher de citer quelques noms dont la simple évocation illumine son regard de Carlin : R. Matheson, J. Depp, W. Anderson, A. Moore, S. Raimi, V. Price, T. Gilliam, S. Carrell, G. Orwell, N. Gaiman, P.T. Anderson, G. del Toro, TMNT (et alors ?), R. Bradbury, Farrelly Brothers, H.G. Wells, The Monty Pythons, T. Pratchett, E. A. Poe, S.Spielberg, C. D. Simak, etc. Pan, un être cohérent. Retrouvez Pan sur twitter

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