Critique

Mars 2010, la rafle du Vel d’Hiv et les tortionnaires Laurent, Reno et Elmaleh prennent en otage une partie du public français, alors que, dans le même temps, un chef d’oeuvre absolu et hypnotique se voit déporté vers une poignée de salles… Proposition unique de cinéma, Valhalla Rising (sous-titré Le Guerrier des Ténèbres pour l’exploitation vidéo) est indubitablement l’un des longs-métrages majeurs de la décennie. Nonobstant, l’objet de cette chronique n’est pas de revenir en détails sur ce morceau de cinéma pur déjà largement abordé lors de sa sortie (lire la critique), mais bien de gratter la couche numérique du Blu-Ray disponible chez Wilde Side (depuis le 27 juillet). Alors, par Odin, il est pas beau mon drakkar ?

Si, comme beaucoup, vous n’avez pu vivre cette expérience en salles, passez outre la jaquette de vulgaire DTV et jetez vous sur le disque HD de l’éditeur au chat noir, Valhalla Rising ne pouvait rêver plus bel hommage. L’expérience sonore (sons organiques et abstraits) trouve un écho retentissant avec ce 7.1 immersif à faire hurler un voisin. Pourtant excessivement exigeante (brume, filtre, décors naturels, etc.) l’image contrastée aux couleurs désaturées crève de détails, ne trahissant jamais les ambitions esthétiques de Nicolas Wedding Refn et son chef op Morten Søborg. Seule ombre à cette toile de maître, un contenu éditorial bien pauvre, puisqu’un unique entretien, certes passionnant, avec Refn et Mads Mikkelsen, agrémente la galette. L’espace de 26 minutes, le réalisateur revient, notamment, sur les références et thématiques de son film ainsi que sur les raisons l’ayant poussé à se détourner du film de vikings pour embrasser la « SF mentale ».

Au départ envisagé dans un style brut, à la manière de pusher, Valhalla Rising, œuvre contemplative aux niveaux de lecture infinis, n’en reste pas moins le fruit des circonstances et contraintes. Face à l’impossibilité physique de shooter caméra au point (topographie des lieux), Refn et Søborg décidèrent, en effet, de tourner les plans à la manière de tableaux en profitant des magnifiques décors naturels. Un contenu additionnel bien dérisoire, donc, en comparaison de la fascination engendrée et des faits ayant émaillé le tournage (dépression du réal, etc.). Aussi, on ne peut que prier les dieux nordiques pour qu’un making-of (la matériau existe-t-il seulement ?) et un commentaire audio pointent un jour le bout de leurs cornes de brume.

Appartenant à cette race de films qui se vivent plus qu’ils ne se regardent (bien qu’en l’état, chaque cadre est emprunt d’une beauté visuelle saisissante et fulgurante), l’exigent Guerrier Ténébreux nécessite, des propos même de l’auteur, de » s’y abandonner complètement, telle une expérience hallucinogène ». Figure tutélaire d’un autre cinéma, ambitieux, puissant et hors normes, Valhalla Rising nous rappelle aux fondamentaux avec démesure et génie, redonnant son sens le plus pur et le plus noble aux termes 7ème art. L’insaisissable réalisateur danois et daltonien continue de se bâtir une filmo aussi singulière qu’éclectique, motivé avant tout, par ses desseins artistiques, ses doutes et ses errances personnelles. Un réalisateur humble, atypique et fascinant. Mais c’est finalement Mads Mikkelsen qui en parle le mieux : « Je sais que ça se passe dans sa tête et que ça change tous les jours ». Amen.


A propos de l'auteur

Alex
Biberonné à l'animation japonaise et l'actionner 80's, Alex a passé son adolescence le nez plongé dans les comics Marvel et les yeux rivés sur les péloches horrifiques et fantastiques. Exigeant, souvent vulgaire, il navigue, depuis, entre les genres et ne prend plaisir qu'en aiguisant violemment sa plume tout en se roulant nu dans sa collection de figurines et DVD/BR...