Critique

Attention, cette critique spoile violemment !! Vous êtes prévenus et continuez donc la lecture à vos risques et périls !

Alors que la fiction télévisuelle française est engluée dans des séries d’un autre âge, crétines, réalisées avec les pieds et puantes de bien-pensance (Joséphine ange gardien, Père et maire, Brigade Navarro, les bleus et toutes les autres merdes qui polluent notre écran), la télévision américaine nous offre, dans le même temps, des shows ambitieux et intelligents ne prenant pas le spectateur pour un adolescent de 12 ans analphabète. Parmi ces derniers, certains transcendent même leur statut de série télévisée pour s’imposer comme une véritable révolution cathodique (Lost, Les Sopranos, La caravane de l’étrange…) et font oublier la crise artistique que traverse Hollywood depuis plusieurs années. Créée par Shawn Ryan, The Shield fait indéniablement partie de celles-ci. Ainsi, après 7 saisons de « bons et loyaux » services, Vic et ses collègues du bercail rendent les armes de la plus belles des façons… Mais attention, rien ne nous avait préparés à tel choc !!

Éprouvante, étouffante, cette dernière saison se vit, s’encaisse, et laisse le spectateur au bord de l’asphyxie à chaque fin d’épisode. The Shield s’est, en effet, toujours distinguée du tout venant télévisuel de par son extrême cohérence et sa rigueur scénaristique. Ainsi, cette ultime salve d’épisodes cristallise tous les enjeux mis en place lors des précédentes saisons et rien ne sera épargné à Vic, Ronnie et Shane, qui ne pourront échapper aux conséquences de leurs actes. Plus que borderline, la strike team a fait régner sa justice sur Farmington avec un sens tout particulier de l’intégrité. Entre meurtres, vente de drogues, braquage de la mafia et autres embrouilles, Vic et ses gars ont trempé dans nombre d’histoires louches au point de devenir plus dangereux que les gangs qu’ils étaient censés combattre ! Le capitaine David Aceveda définira d’ailleurs parfaitement Mackey dès le premier épisode de la série : Ce n’est pas un flic, c’est Al Capone avec une plaque !

Un point final magistral et nihiliste à cette saga sur la famille, l’amitié et le crime.

Parfaitement interprété par Michael Chiklis, Mackey est, en effet, un homme ambigu qui n’aura de cesse d’essayer de protéger sa famille des ses magouilles et dont le côté obscure prendra définitivement le dessus dans cette 7ème saison. A l’image de Tony Montana ou de Yuri Orlov, Vic est une ordure que le spectateur se surprend à aimer détester… Malgré ses capacités à toujours retomber sur ses pieds, Vic ne sortira pas indemne de son inévitable chute. Profondément autodestructeur, Vic, bien qu’il trouve une porte de sortie, perd tout ce qu’il a toujours essayé de protéger : son travail, ses amis et bien évidemment sa famille. A ce titre, la saison 7 est marquée par l’inéluctable confrontation entre Mackey et Shane, anciennement frères de sang irrémédiablement séparés depuis l’assassinat de Lem par Shane. Le duel psychologique entre les deux hommes basculera dans l’horreur la plus totale, reflet de l’audace de la fiction US.

Toujours dotée de sa mise en scène nerveuse, caméra à l’épaule, conférant un aspect documentaire à la série, The shield se veut une description réaliste du quotidien de la vie des flics de Farmington (quartier fictif de Los Angeles inspiré de Rampant). Cette mise en scène au cordeau a d’ailleurs beaucoup contribué à l’aura culte de la série et même inspiré le grand écran (notamment Franck Darabont sur l’excellent The Mist qui a eu recours aux cadreurs de The Shield).
Regorgeant de séquences cultes (le suicide de Shane, la confession de Vic aux fédéraux, la face à face entre Vic et Claudette), la saison 7 met un point final magistral et nihiliste au possible à cette saga sur la famille, l’amitié et le crime. Déjouant toutes les attentes du spectateur, cette ultime saison se permet même de s’achever sur 5 minutes ne contenant aucun dialogue et montrant Vic devenir ce qu’il a toujours détesté : un vulgaire gratte-papier, inutile et sans influence, bloqué derrière un bureau, et dont les photos sont l’unique vestige de sa vie passée…

The Shield fait partie de ces grands moments de l’Histoire de la télévision dont on se souvient avec émotion et nostalgie, un pur chef d’œuvre, violent, traumatisant et étouffant. Si vous n’avez jamais vu le moindre épisode (comme l’auteur de ces lignes vous envie tant la découverte de The Shield est un véritable choc !), vous avez compris ce qu’il vous reste à faire ! Pour les autres, rien ne sera plus jamais pareil…

En plus des 13 épisodes composant la saison 7, Le coffret 5 DVD de Sony Pictures Home Entertainment propose de nombreux bonus. En effet, outre les habituels commentaires audio, le coffret contient 51 scènes coupées, la version US de l’épisode final, un documentaire sur la dernière saison et le dernier épisode ainsi qu’un autre documentaire revenant sur le scandale qui a inspiré la série. Un achat indispensable donc, à peine entaché par la qualité toute relative des sous-titres français.


A propos de l'auteur

Alex
Biberonné à l'animation japonaise et l'actionner 80's, Alex a passé son adolescence le nez plongé dans les comics Marvel et les yeux rivés sur les péloches horrifiques et fantastiques. Exigeant, souvent vulgaire, il navigue, depuis, entre les genres et ne prend plaisir qu'en aiguisant violemment sa plume tout en se roulant nu dans sa collection de figurines et DVD/BR...