Critique
Graham Linehan, co-créateur du cultissime Father Ted (« Arse ! Feck ! Drink ! Drink ! Drink ! Girls ! »), fait peu à peu grandir son dernier bébé. Au vu de la trame principale, résolument orientée vers l’entreprise, on serait tenté de comparer ce Big Bang Theory à l’anglaise à The Office (version UK évidemment), mais la comparaison s’arrête là. Plutôt que le recours au style documentaire, Linehan continue de faire dans la sitcom qui s’assume comme telle, avec toutes les largesses que cela permet. Ainsi, le scénario a très peu d’importance et facilite surtout la succession de gags, tout comme le scénario d’un boulard ne servira qu’à lubrifier le passage d’une scène de lime à une autre. L’humour est tantôt grand guignol, accessible à tous mais pas forcément à s’en décoller un poumon, tantôt obscurément Geek – entendez Nerd informatique, et non blogueur ciné : le genre qui aura repéré que l’écran bleu à la fin du générique est le plantage de l’installation d’une distribution Linux – vous suivez toujours ?
Ouvre grand ton port Ethernet, voilà mon RJ-45…
C’est pourtant dans cet humour-ci que la série excelle, et on regrettera la tendance de cette 3ème saison à démocratiser les références d’informaticiens, recourant plus souvent à des clins d’œil faciles à Windows et Facebook qu’au quotidien du consultant en informatique. De même, les gesticulations dans un accent irlandais surjoué par Chris O’Dowd l’emportent de plus en plus sur les comportements à la limite de l’autisme du personnage de Richard Ayoade, car probablement plus accessibles au grand public.
Le jeu des acteurs est d’ailleurs inégal, tout comme dans les saisons précédentes : si Richard Ayoade reste emblématique dans son rôle de Moss, un informaticien inadapté socialement, le survolté Roy interprété par O’Dowd énerve très vite, et semble souvent « décrocher » du rôle qu’il interprète. Katherine Parkinson étoffe en revanche le personnage de Jen, qui gagne réellement en crédibilité humoristique depuis la seconde saison. Enfin, Douglas Renholm, interprêté par Matt Berry, est toujours interprété en parodiant résolument l’Actors Studio.
L’humour de The IT Crowd est décidément anglais, et pas toujours dans le bon sens du terme, passant de parodies bien trouvées du Geek inadapté à des scènes de grand burlesque sans grand intérêt. On meurt d’envie d’étrangler Chris O’Dowd et Matt Berry avec le cordon d’une souris chaque fois qu’ils se roulent par terre, mais on se bidonne bêtement chaque fois qu’Ayoade fait l’une des ses remarques totalement à côté de la plaque. Le format sitcom dessert autant le propos qu’il le sert, tantôt nous enfonçant dans les yeux des scènes débilitantes, tantôt centrant la série sur des dialogues finement asociaux.
The IT Crowd poursuit son petit bout de chemin et doit malheureusement plus son succès commercial à des gags assez communs qu’à un humour profondément Nerd. La contrainte du grand public fait quelque peu oublier sa particularité à la sitcom, et on regrette que les références informatiques se voient de plus en plus reléguées aux étagères du bureau de Roy et Moss, au privilège de banalités comiques insipides. Même si on n’y comprenait pas toujours grand-chose !









