Critique
Sarah Connor ? C’est définitivement la porte à côté. Il est loin le temps où Schwarzy foutait les jetons à se balader tout nu, sans gêne, volant les fringues d’un pauvre gus, genre street fighter. Ce n’est pas hier l’époque où Robert Patrick faisait le mariole en T-1000 liquide et Arnold en mettait plein le cornet, classe, fusil à pompe en érection. La guerre robotique avait quelque chose de bandant en 1991 et la sortie du dernier Terminator (Terminator 2 : Le Jugement Dernier) par James Cameron. Après un troisième volet accueilli plutôt positivement par la presse et le public, McG a la lourde tâche de repenser l’affrontement Humains versus Skynet. Ce dernier, diplômé du l’école de ciné « action acidulée version tape-la-pose”, aurait pu offrir au Terminator la renaissance d’une saga qui ne sait jamais prise au sérieux et présentait une SF fun et bourrée d’adrénaline… Come with it if you want to live ?
Cela fait un moment que les fans désespéraient d’apercevoir la guerre Skynet évoquée dans les précédents Terminator. Bah voilà, time’s coming et McG nous la sert sur un plateau dévasté. Le réalisateur halluciné des Charlie’s Angels s’accompagne de Jonathan Nolan (frère de Christopher), scénariste du Dark Knight et du Prestige, pour nous pondre un monde ravagé par les machines. Où les humains se terrent dans un refuge digne de 28 Jours Plus Tard et l’armée dans un sous-marin. Un monde post-apocalyptique, dans lequel Kyle Reese, père du héros John Connor (Christian Bale) tente de survivre ; une terre désertée qui sert de cadre d’action à ce tableau de résistance. Tout était en place pour un soulèvement des Hommes digne de ce nom. Et là, c’est le drame.
Car oui, nous avons omis de préciser que Jonathan Nolan n’est là qu’en renfort scénaristique, le gros du boulot concernant John Brancato et Michael Ferris à qui l’on doit… Catwoman ou Clones. Tout est dit ou presque. La chronologie Terminator est un élément capital de la série et repose sur des bases solides inaugurées par Cameron dans les premiers épisodes. Bourré d’incohérences, T4 envoie tout balader au profit d’un climat d’oppression purement stylistique. Ce n’est donc pas du côté de l’histoire qu’on captera une quelconque Renaissance. Alors, où qu’il est, le bonheur ?
On ne pourra que vomir des circuits imprimés sur une indigence dramatique seulement prétexte à filmer de grands décors dépouillés de toute civilisation (la ville où Kyle Reese se réfugie aurait pu être mieux exploitée) mais on ne boudera tout de même pas notre plaisir sur quelques scènes foutrement impressionnantes – même si, comme d’hab’ chez McG, volontairement “m’as-tu vu”. Ainsi, John Connor, sautant d’un hélico dans une mer enragée pour infilitrer un sous-marin est aussi bluffante que ridicule. La traque de Marcus Wright (Sam Worthington) par les good guys se révèle plutôt catchy, finissant dans un combat contre-nature sur le bord d’une rivière. Oui, quelques bonnes idées pointent tout de même leurs mandibules de métal, telles ces nouvelles créatures mécaniques : les vers aquatiques mais surtout les Motos-Terminator (dont on peut voir la conception dans les bonus DVD – pub Ducati inside !).
La distribution, pourtant prestigieuse (bankable), semble un peu perdue, le cul entre deux chaises : celle de l’actionner et celle du film de SF intelligent. Ni le talentueux Christian Bale, ni la rouquine Bryce Dallas Howard ne sont à leur place ici – manifestement, même McG s’est trompé de plateau mais passons. Anton Yelchin (Kyle Reese) et la petite Jadagrace (Star) infusent une petite touche de sensibilité bienvenue dans un film clairement dépourvu d’âme. On ne parlera pas de Moon Bloodgood (Blair Williams), bimbo brushingée même dans la boue, allant jusqu’à donner du fil à retordre au jeu de Sam Worthington, charismatique en diable malgré un rôle gnangnan de robot rock au coeur humain. Que dire de l’apparition risible d’un Arnold Schwarzenegeer digital ? Une bonne idée qui tombe à plat. Le DVD permettra de revivre sa conception. Métaphoriquement parlant, j’entends bien.
McG n’est clairement pas connu pour sa finesse et son approche distinguée de l’action. Pas le genre de mec que l’on appelle pour filmer la peur paranoïaque du progrès technologique. Paradoxalement, il passe complètement à côté de l’esprit de la saga Terminator, oubliant le but initial et les attentes du public : passer un coup de polish, la booster à grands coups de phrases-à-la-con, postures puissantes avec torses bombés et autres fusillades capables de projeter autant de cartouches qu’il n’en faudrait pour recouvrir le Luxembourg. Non. Il part dans l’autre sens et livre un Terminator Renaissance fade, dépourvu de scènes d’actions à défriser les circuits électroniques d’un salopard de cyborg. Sauvé de l’holocauste cinématographique par une photo vraiment bien foutue (copyright Shane Hurlbut) et un Sam Worthington au regard pénétrant, ce T4 n’est pas foncièrement vomitif, juste déceptif ; pas moche, mais sans âme. Avare. Les robots ont gagné : la saga est devenu l’égale de la machine éponyme. Hasta la vista, et caetera…









