Critique

Le vachard et ultra protéiné cartoon des studios Sony Pictures Animation sort aujourd’hui en DVD. Appétissante, la galette offre peu de choses ; mais ne vaut-il pas mieux un minimal bien fait qu’une overdose râpée? … Des lieux communs tels que celui-ci, votre serviteur en a plein son panier-repas.

Première mise en bouche, un jeu interactif. À l’aide de votre télécommande, vous prendrez les rennes de la Flint-mobile, le véhicule volant du protagoniste. Très simple, le but du jeu est d’éviter les aliments qui vous foncent à la gueule. Archaïque d’un point de vue ludique, c’est un supplément qui plaira certainement aux plus jeunes, les autres se jetant la bave aux lèvres sur le making-of. On s’essuie la bouche, le bonus laisse, en dix minutes de temps, peu de regards aux coulisses du premier film des (très) jeunes réalisateurs nerdy Phil Lord et Chris Miller. Ceux-ci, pétillants – et non sans humour – présentent leur bébé à la face du monde, illustrant leur propos par la phrase adéquate de Robert Altman : “faire un film, c’est comme faire un hamburger”. Raccord. Le menu du jour se révèle, comme souvent, dans les succulents “commentaires audios”. Le duo de cinéastes geeks, assistés par l’excellent Bill Hader (SuperGrave, Adventureland) – voix de Flint Lockwood – passent en revue chacun des nombreux détails visuels et sonores de l’acidulé Tempête de Boulettes Géantes (TDBG). Si l’ensemble tourne en rond (pas de mauvais jeu de mot, messieurs, dames), certaines exégèses valent leur pesant de cacahuètes ; notamment à propos des acteurs. On a tendance à l’oublier: le casting vocal de TDBG détonne ! Ainsi se succèdent la friandise Anna Faris (Friends, Lost in Translation), Neil Patrick Harris (How I Met Your Mother), Bruce Campbell (Evil Dead, l’une des sagas favorites de Bill Hader), l’hilarant Andy Samberg (Hot Rod et… cette vidéo), Mr.T, inénarrable et apparemment impressionnant James Caan (LE Sonny Corleone !), etc. La deuxième vision (si deuxième it is) permet également de se pencher sur la bande-son épique de Mark Mothersbaugh, compositeur attitré de Wes Anderson, qui claque ici une soundtrack semi-parodique et “très Devo”.

Tel du bon pain à l’ail, on en remangerait tout l’après-midi, du Tempête de Boulettes Géantes. Avec son humour vivifiant et punchy, ses centaines de références héroï-comique à dénicher et un style visuel et sonore, le premier film de Miller et Lord se révèle une énorme surprise bien grasse mais goulûment attachante. Par ailleurs, histoire de profiter à bloc (de gelée) de la qualité d’image et de son, préférez le Blu-Ray à cette version DVD. Lorsque l’on vous disait que l’auteur de ces lignes avait du lieu commun plein son frigo…

Ci-dessous : la critique rédigée lors de la sortie cinéma, le 21 octobre 2009.

Il serait honteux d’esquiver un film au nom si… improbable. Car, quand bien même, durant cette chronique, nous allons pouvoir abuser du champ lexical de la malbouffe, Tempête de Boulettes Géantes vaut – en plus ! – son pesant de cacahuètes. Difficile de croire que cette adaptation de bouquin, Il Pleut des Hamburgers de Judi et Ron Barrett, soit le premier long-métrage d’animation du duo Phil Lord et Chris Miller ; tant la maîtrise est grande et le spectacle sagace. Pour Sony Pictures Animation : après la pluie de crêpes, le beau temps ?

Depuis Monster House (2006), on ne peut pas dire que Sony Pictures Animation (Open Season, Surf’s Up) jouait le cador dans la cour de récré’ des productions d’animation. Face au roi Pixar et au duc Dreamworks, la comparaison avec les autres studios laissait plutôt la branche de Columbia dans la panade. Le vent – la tempête en l’occurrence – semble tourner. Car Tempête de Boulettes Géantes (TBG) envoie une claque.

Une bonne claquette technique pour commencer. Outre un effet de profusion parfaitement maîtrisé, des reflets qui reflètent vraiment (technologie éprouvée par Monster House) et de l’eau qui mouille pour de vrai, l’animation balance la purée. TBG ne joue pas dans la même cour que Wall-E, loin de la, mais le talent des studios Sony Pictures Animation est probant lors des clinquantes scènes d’extérieur à grands spectacles. La séquence de la première averse de nourriture sur la ville, lors de la fête à la sardine (sic), confère au photoréalisme. Du haut de leurs plans panoramiques, les réalisateurs rassasient d’une pluie de détails et de la fraîcheur de leur style.

Par dessus le marché, Tempête de Boulettes Géantes assure son style. Le design des personnages, entre super deformed, BD frenchy des années 50 et manga, accompagne un développement cartoon tonitruant, finalement très old school et particulièrement pêchu. On ne joue clairement pas sur le tableau poético-réaliste de Là-Haut, les personnages se faisant désarticuler, projeter et humilier à la moindre occasion. Ah… ce coup de pieds dans les yeux… Culte.

Si le rythme de Pixar pourrait se comparer au tartinage matinale fluide et subtile, TBG balance les ingrédients de l’animé dans le mixeur et advienne que pourra. Le parti pris : carburer à la bouffe épicée, plus proche de l’essence d’un Sponge Bob que d’un Shrek. L’action frénétique, atrophiée, saupoudre de bonnes idées (couleurs, utilisation d’aliments à grande échelle, personnages nuancés et composites) un scénar bourrin mais pas dénué d’intérêt. Spécialement lorsqu’il s’amuse avec les codes du cinéma à gros budget.

La prévention écolo et sanitaire étant plutôt discrète, quel est notre fil rouge? Personne n’aura éludé l’aspect parodique de l’affiche, pastichant, de manière limite déguisée, les films catastrophes hollywoodiens. La dérision, dans TBG, est de chaque minute. Soutenue par les compositions épiques de Mark Mothersbaugh (compère de Wes anderson de Rushmore à La Vie Aquatique), les parodies, nombreuses, sont particulièrement réussies. Ici, les hot-dogs géants remplacent les déluges d’Emmerich. Et les personnages (principaux comme secondaires) de tous se retourner, au ralenti, la bouche en cul-de-poule, dans un passage, étiré de plusieurs secondes, soulignant exagérément le caractère homérique… d’une pluie de hamburgers.

Rajoutant à cela les dialogues absolument géniaux des deux réalisateurs, Chris Miller et Phil Lord (échappé de How I Met Your Mother), les adultes jubilent davantage que la marmaille – d’ailleurs peu présente dans la salle. Les réparties des protagonistes über-nerds claquent comme dans un sitcom anglo-saxon, ping-pong décalé et intelligemment rythmé. – Si le résultat se révèle tant positif et les personnages attachants, c’est aussi parce que le casting vocal est violemment gratiné. Au lieu de miser, comme beaucoup de productions, sur des voix n’ayant de valeur que la célébrité de leur noms, Tempêtes de Boulettes Géantes convie une brochette de doubleurs pas piqués des hannetons.
Les déjantés Bill Hader (SuperGrave) et son alter-ego féminin Anna Faris (Lost in Translation) assurent idéalement les deux protagonistes au physique convenu mais à la personnalité éclatée. Le reste des acteurs est aussi étonnant que déphasé et couvre énergiquement les arrières. Neil Patrick Harris (How I Met Your Mother, tiens tiens) interprète les éclairs de non-intelligence de Steve, le singe sociopathe équipé d’un “communicateur de pensée” (Up, vous avez dit Up?) ; Benjamin Pratt (Traffic) fait du cameraman discret mais imparable Manny, le meilleur second-rôle ; tandis que Bruce Campbell (Halleluja!), la légende d’Evil Dead, insuffle la perfidie et son souffle dans la bouche du terrible Maire de Swallow-en-château. TBG se permet même le luxe d’inviter Mr. T dans l’un des rôles-clés, celui du génial flic aux poils du torse qui frisouillent lorsqu’il y a danger : Earl Deveraux. C’est le kefta sur le gâteau.

Doté d’une personnalité nourrie à l’extrait de papaye et de culture geek, d’un humour mutin ravageur et d’un fond prétexte aux scènes d’action salées, Tempête de Boulettes Géantes est l’outsider euphorisant que l’on n’attendait pas au pays de l’animation. Ses deux auteurs, Lord et Miller, sont d’autant promis à un bel avenir qu’il s’agit – incroyable ! – de leur dé-pucelage cinématographique. Si TBG rate le coche de l’émotion (n’est pas Pixar qui veut) et l’hyper-activité frôle la crise de foie, le film se révèle tellement (glouton-)barjo que l’on prend un pied pas possible à se gaver d’arc-en-ciel acidulé. Le dessin-animé pour grands enfants, effronté et insolent. A déguster al dente.


A propos de l'auteur

Pan
Torché à la littérature fantastique, Pan est un animal mystique voire pervers. Il se réfugie très tôt dans la jungle vidéo-ludique puis le cinéma. Journaliste vaporeux, Pan lit toujours mais toujours un peu moins de fantastique, feuillete pas mal de BD, se désocialise faute aux séries TV. Il ne peux s’empêcher de citer quelques noms dont la simple évocation illumine son regard de Carlin : R. Matheson, J. Depp, W. Anderson, A. Moore, S. Raimi, V. Price, T. Gilliam, S. Carrell, G. Orwell, N. Gaiman, P.T. Anderson, G. del Toro, TMNT (et alors ?), R. Bradbury, Farrelly Brothers, H.G. Wells, The Monty Pythons, T. Pratchett, E. A. Poe, S.Spielberg, C. D. Simak, etc. Pan, un être cohérent.