Critique

Face au savoir faire de Pixar, sa magie créative et sa poésie enchanteresse, Dreamworks Animation fait un peu figure de petit frère dégénéré ! Moins aboutis, visuellement novateurs et thématiquement intéressants, les différents efforts de Dreamworks Animation ont, en effet, bien du mal à soutenir la comparaison ! Non pas que tous les films du studio relèvent de la honte absolue, mais aucun des longs métrages de cette filiale de la célèbre société de tonton Spielberg ne dépassent, dans le meilleur des cas, le cadre de l’honnête divertissement. Heureusement pour nous, ce sympathique Monstres contre Aliens domine (sans trop de mal) le haut du panier des productions Dreamworks, et, sans être un chef d’œuvre ou bien même la révolution 3D vantée par Katzenberg (le K de Dreamworks SKG), le film de Rob Letterman et Conrad Vernon fait preuve d’un capital sympathie suffisant pour se laisser regarder sans trop d’ennui…

Spectacle éminemment familial, Monstres contre Aliens étonne tout d’abord par sa liberté de ton. Car si le film est suffisamment dynamique pour intéresser la marmaille, la plupart des vannes est directement adressée à un public plus âgé ! En plus d’être une déclaration d’amour au cinéma de SF des années 50/60, dont les personnages sont d’ailleurs des références directes (L’attaque de la femme de 50 pieds, La mouche noire, L’étrange créature du lac noir, Danger planétaire ou encore l’improbable Mothra), le film multiplie les allusions comiques à toute une frange de la culture geek (Star Trek, Rencontre du troisième type, Mars Attack, Star Wars, La Guerre des mondes…). Bon, ne vous emballez pas trop vite non plus, car au-delà du bel hommage SF et de l’humour référentiel bien senti qui fera plus rire le papa que le fiston, Monstres contre Aliens brille par son manque d’ambition !

Ce sympathique Monstres contre Aliens domine (sans trop de mal) le haut du panier des productions Dreamworks… sans être un chef d’œuvre ou bien même la révolution 3D vantée par Katzenberg.

Comme pour l’ensemble des productions Dreamworks, le déroulement narratif est d’un prévisible consternant et le discours sur l’acceptation de soi des plus galvaudés. Mais, le pire réside dans la pseudo utilisation de la 3D, argument marketing fallacieux utilisé pour appâter le public dans les salles. Car, hormis une gestion des échelles intéressante, celle-ci n’est utilisée que comme un simple gimmick lors d’incontournables et inutiles scènes de balles envoyées à la tronche du spectateur et de membres (rien de pornographique, n’ayez crainte pour vos chères têtes blondes …) sortant de l’écran. Conséquence flagrante de cet échec : le film perd très peu d’intérêt lors du passage à la 2D.

Mais, cette incompréhension totale du médium est parfaitement illustrée par les bonus. Pendant que l’ensemble de l’équipe se paluche joyeusement sur la révolution engendrée par la 3D et ses implications sur le film, Rob Letterman (co-réalisateur) nous explique avec le plus grand sérieux du monde (et sans ce rendre compte de son incompétence crasse) qu’il est très fier d’avoir traité les scènes d’action comme s’il s’agissait d’un film live et non d’un film d’animation, et qu’il a absolument voulu éviter les plans impossibles à filmer en « vrai ». Merci pour cette leçon de cinéma Rob ! C’est du pur génie ! On en n’attendait pas moins venant de l’homme derrière Gang de requins ! Alors même que Gil Keenan avec son Monster House ou plus récemment Robert Zemeckis avec son monstrueux Beowulf (des exemples parmi d’autres) se sont évertués à briser les règles grammaticales cinématographiques classiques grâce aux énormes possibilités offertes par l’animation, cet abruti de Letterman ose asséner ce genre de stupidités, prouvant, qu’à aucun moment, il ne s’est interrogé sur la spécificité de l’animation en termes de mise en scène… Navrant !

Divertissement familial plutôt sympathique malgré un co-réalisateur au bulbe ravagé et une 3D qui brille par son inutilité, Monstres contre Aliens compense son manque d’inventivité et ses carences artistiques par une bonne humeur constante, un rythme trépident, un joli travail sur les textures ainsi qu’un casting vocal (original) impressionnant : Reese Witherspoon, Hugh Laurie, Kiefer Sutherland, Seth Rogen, Paul Rudd, Rainn Wilson, Will Arnett, etc. A défaut de laisser une trace indélébile dans l’imaginaire Monstres contre Aliens est, donc, à l’instar de Kung Fu Panda ou Madagascar (autres productions Dreamworks), un spectacle honorable, pas foncièrement mauvais mais à des années lumières de la richesse thématique et visuelle des Indestructibles de Brad Bird ou du Coraline d’Henry Selick…


Si votre progéniture est en pleine campagne de lobbying et continue, même après un tour dans le congélo, à vous perforer les oreilles de ses cris aigus et insupportables afin d’obtenir le DVD de Monstres contre Aliens, préférez le coffret collector ou le blu-ray à l’édition simple. Cette dernière, étrangement dénuée des lunettes 3D, se veut dépouillée et n’offre que des bonus dispensables : un court (17’) et inutile making of, 3 scènes inédites sous forme de storybards filmés, un module sur la technologie du film qui vire au matraquage publicitaire pour HP et Intel, les inévitables (et dans ce cas soporifiques) commentaires ou bien encore 5 bandes-annonces…


A propos de l'auteur

Alex
Biberonné à l'animation japonaise et l'actionner 80's, Alex a passé son adolescence le nez plongé dans les comics Marvel et les yeux rivés sur les péloches horrifiques et fantastiques. Exigeant, souvent vulgaire, il navigue, depuis, entre les genres et ne prend plaisir qu'en aiguisant violemment sa plume tout en se roulant nu dans sa collection de figurines et DVD/BR...