Critique
What the hell ?! Une romance exposée insolemment ainsi sur GeekCulture ? Auraient-ils perdu la tête ? Baissé les bras au vu de l’avalanche d’excréments filmiques démoulés par Kad Merad, Clovis Cornillac ou sous l’impulsion de studios apparemment investis d’une croisade contre le cinéma à la française ? Ouf. Que nenni, lecteur impie ! Car pour son premier film, Pascal Chaumeil se rapproche résolument de la comédie US tout en conservant un peu de la french (fresh?) touch qu’exhalait nos produits nationaux, de ce je-ne-sais-quoi (prononcer à l’anglaise) charmant. Forcément, ça nous botte. Le réalisateur de la sympathique série Fais pas ci, Fais pas ça marche pour ainsi dire dans les pas d’Eric Lartigau (Prête-moi ta Main), se servant du même moteur que les ancestrales dragues filmiques du cinéma américain des années 30 : un couple antagoniste découvre l’amour. Cet amour, il est forcément vache et improbable, mais nous savons sans crainte que tout finira bien. Geekculture a aussi un coeur. Il est juste écrasé par une tonne de saloperies. Creusons.
Serial breaker
Un prologue démonstratif, un générique stylisé qui brise le quatrième mur en s’adressant directement au public (« nous sommes des briseurs de couple »), le culte du cool : holy crap, nous nageons en pleine ode US ! L’Arnacoeur, malgré ses maladresses en terme de montage (les plans en bagnole, cette introduction assez foireuse, les séquences de la chambre d’hôtel), montre une fluidité capable de tenir la dragée aux innombrables merdes catho-romantiques qui polluent les salles américaines. Le film de Pascal Chaumeil réussit pourtant à insuffler le piquant suffisant pour ne pas emmerder totalement les mâles en chaleur avides d’emballer sur le canapé après lecture du Blu-Ray. Le format est d’ailleurs vivement conseillé, l’image offrant une profondeur indispensable lors des dernières scènes (sur la jetée, lors de la dernière embardée amoureuse). Côté bonus, c’est le minimum syndical même si l’offre contente largement (bêtisier, scènes larguées, making-of entrecoupé d’interventions des comédiens, du réalisateur, du scénariste Laurent Zeitoun et commentaires audio de toute la troupe).
Gueules d’amour
Le casting fait la comédie. S’il est étonnamment solide, il n’en restait pas moins tendu. Romain Duris, que l’on imagine Don Juan sur les planches, n’a rien du dandy irrésistible que nous proposait l’introduction. Son jeu pourtant subtil parcouru de ruptures bien techniques convainc largement – tout spécialement dans les scènes humoristiques. Vanessa Paradis, fraîcheur incarnée, n’est pas en reste mais c’est Julie Ferrier et surtout François Damiens qui forment, dans leur couple et la dualité avec les protagonistes, le segment le plus intéressant de L’Arnacoeur. Le belge beauf de service (François l’Embrouille) place quelques contre-pieds certes hilarants mais – osons – touchants. Sensible et réfléchi, Damiens tend à devenir un atout indéniable dans ce genre de productions. N’entachent en rien les seconds rôles de qualité ; à commencer par Jacques Frantz – comédien (Contre-Enquête) célèbre pour son doublage FR emblématique de Robert de Niro, Andrew Lincoln (bientôt dans la série The Walking Dead) et une Helena Noguerra chaude comme la braise. Du couillu, du tout bon.
Poncifs nettoyants
L’Arnacoeur, droit dans ses bottes, se révèle moins filou que son titre aurait pu insinuer. Le métrage enchaîne sur un collier de perlouses les codes du genre : le rebelle qui se découvre au contact de la bourgeoise et inversement (choc social) ; l’argent ne fait le bonheur – en tous cas moins que courir en talon sur du bitume en plein été ; l’amour c’est d’abord une histoire d’instinct. L’indescriptible attirance, Chaumeil la filme nonobstant avec délicatesse. Dommage de se perdre bêtement avec quelques gags éculés (au gravier) depuis les années 80. Illustre par exemple la simili mafia et son gorille ubiquiste. Il n’empêche qu’à défaut d’être surpris, la démarche remplit parfaitement son rôle grâce à l’énergie des comédiens et l’enthousiasme propre aux premiers films.
De la sympathie, voilà ce que dégage L’Arnacoeur. Pétillante love-story qui n’a de pénible que quelques effets de mise en scène râpés, le dépucelage cinématographique de Pascal Chaumeil se laisse regarder avec plaisir (dissimulé dirons-nous). Le scénariste Laurent Zeitoun connaît ses classiques et épouse le moindre cliché du genre avec une audace réjouissante et quelques envolées bien senties. Emprunt d’une mélancolie pas dégueulasse et porté par un double duo franchement bien trouvé, L’Arnacoeur partage une certaine douceur avec ces acteurs français qui tentent le grand écart américain… A la différence que la comptine provient, elle, du terroir. C’est mieux ; certains feraient bien d’en prendre de la graine. Un bon petit Blu-Ray à déguster en couple de préférence ; dans l’éventualité où lire Molière vous casse profondément les burnes.










