Critique

De l’underground péruvien au Drame engagé en passant par l’Entertainment « Bayen » et la série B, les ramages du grand chaîne de l’industrie ciné sont luxuriants. Films noirs, films roses… Et en-haut, tout en-haut, Pixar. Studio d’animation posé là, aérien, hors-du-temps mais plus moderne que n’importe quel Terminator : Salvation. Au-dessus du lot ; à l’image de leur livraison annuelle, le polysémique… Là-haut, dixième long-métrage où se télescopent le crépuscule et l’aube des jours, l’enthousiasme et le regret. Pixar nous explique la vie et Là-Haut le cinéma. C’est beau.

Coup de jeune

A partir d’un pitch vieux comme le monde (l’acariâtre s’épanouit au contact de la jeunesse), Pixar construit une histoire inédite. Passé maître dans l’art de dissimuler les grosses ficelles scénaristiques Disney au profit de l’histoire, le studio californien a compris : c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. Et celle-ci, on la déguste, onctueuse dans la forme (Pixar est décidément number one quant à la qualité des images de synthèse) que dans le fond (en une scène – celle de la chaise/escalier – Là-Haut condense sa puissance d’évocation).

Je ne pleure pas, c’est la clim’

Les co-réalisateurs Pete Docter (Monstres & Cie) et Bob Peterson (scénariste du fameux Monde de Nemo ) prennent le temps d’installer le personnage central et ne fait décoller que tardivement la bicoque. Le temps de laisser au spectateur de ressentir l’étrange et paradoxale empathie pour le vieux monsieur Fredricksen. Ingénieusement et simplement, le prologue – résumé d’une vie – résume la vie. Et pour rester dans les lieux communs, la simplicité est souvent le meilleur moyen d’exprimer l’infiniment complexe.
Débordant de vie, fourmillant d’idées, brillamment écrit et mis en scène, Là-Haut est tout cela… après un prologue de 20 minutes qui introduit son petit vieux de personnage principal. Rétrospective presque intégrale de la vie de son héros, les premiers instants se posent sans conteste comme les plus émouvants moments de cinéma depuis… Depuis les limites de ma culture cinéma. Le prélude muet mais magnifique illustre une époque et, en filigrane, un thème universel, celui de la foi en ses convictions et ses rêves. Vite rattrapé par le temps et la dure réalité, le pauvre Carl fait couler les larmes. Et quel film peut décemment et récemment prétendre faire pleurer, sur les coups de 19h30, l’intégralité du public d’un Gaumont bondé d’adulte…? Hein, qui ?!

L’une des prouesses de Pixar – de ce film en particulier – réside en son large spectre de niveaux de lecture. Les plus jeunes pourront faire connaissance avec la notion de mort (la fin de la vie, la fin des rêves aussi) ; les ados ne s’ennuieront pas face à un déferlement d’action et de situations particulièrement cocasses ; les adultes seront irradiés par l’explosion émotionnelle et humoristique des situations. Pour les plus vieux, Pixar dessine le plus beau des portrait du troisième âge, doux et pleins de spontanéité. Bon pour les grands et les petits comme dirait l’ami Haribo.

Plus qu’un excellent divertissement, le film offre au septième art une magistrale et salvatrice réinterprétation de ses standards humoristiques et narratifs.

Squirrel !

Bien sûr, Là-Haut fend le coeur mais, n’en déplaise aux mauvaises langues, il ne s’égare pas certainement pas dans la mièvrerie. L’humour, subtilement omniprésent, est dosé comme une recette de grand-mère. Le passage de la descente (héhé) de l’escalier – nous en parlions – en fauteuil électrique, est aussi tordante que pleine de sens. Certaines scènes offrent de franches parties de rigolades grâce à un comique de situation au poil (rehéhé). De trouvailles visuelles en gags sonores, Là-Haut fait passer des larmes au fou rire en l’espace d’un mot ou d’un changement de voix. Les chiens, animaux pourtant atavofigures de ce genre de production animées, font peau neuve dans le registre comique. L’oiseau (rare), et ses gestes maladroits, renvoie au rang de brouillon les figures historiques du cartoon.

Là-Haut n’est pas seulement une preuve de plus de l’indéfinissable ascension du studio d’animation vers la perfection. Plus qu’un excellent divertissement, le film offre au septième art une magistrale et salvatrice réinterprétation de ses standards humoristiques et narratifs. Sans détour, sans raccourci non plus, Là-Haut passe tel un nuage, rempli d’électricité. Bouleversant. Sincère et généreux en plus de ses inénarrables qualités formelles, le film d’animation s’impose comme un conte vivifiant, hautement second degré, vanneur et incomparablement supérieur à tout ce qu’on regarde scotché lourdement sur le fauteuil du cinéma. Là-Haut, lui, largue les amarres et vogue vers le chef d’oeuvre absolu.

A noter que le Blu-Ray (+ Blu-Ray SuperSet formidable paraît-il) et l’édition double-DVD de Là-Haut contiennent un bon nombre de bonus plutôt intéressants tels que trois courts-métrages (Passage Nuageux, Dug en Mission Spéciale et Les Nombreuses Fins de Muntz), sept documentaires (les chiens, Russel, l’inspiration etc.), un bonus caché et carrément un jeu pour réviser sa géographie. Un package que tout scout qui se respecte doit posséder.

Attention: film à voir ab-so-lu-ment en version originale sous-titrée, afin de profiter de l’impayable doublage de certains personnages-clés-canins. On ne plaisante pas là-dessus.


A propos de l'auteur

Pan
Torché à la littérature fantastique, Pan est un animal mystique voire pervers. Il se réfugie très tôt dans la jungle vidéo-ludique puis le cinéma. Journaliste vaporeux, Pan lit toujours mais toujours un peu moins de fantastique, feuillete pas mal de BD, se désocialise faute aux séries TV. Il ne peux s’empêcher de citer quelques noms dont la simple évocation illumine son regard de Carlin : R. Matheson, J. Depp, W. Anderson, A. Moore, S. Raimi, V. Price, T. Gilliam, S. Carrell, G. Orwell, N. Gaiman, P.T. Anderson, G. del Toro, TMNT (et alors ?), R. Bradbury, Farrelly Brothers, H.G. Wells, The Monty Pythons, T. Pratchett, E. A. Poe, S.Spielberg, C. D. Simak, etc. Pan, un être cohérent.