Critique
Ardent défenseur de la cause afro américaine, Spike Lee a consacré la majeure partie de son œuvre à sa communauté. Réalisateur engagé, Lee est aussi un artiste controversé qui a pu tenir des propos très durs à l’égard, notamment, d’autres réalisateurs (Eastwood, Tarantino) qui, selon lui, se montrent irrespectueux envers sa communauté. Inside Man occupe une place un peu à part au sein de la filmographie du réalisateur de Malcolm X, débarqué sur le projet après le désistement de Ron Howard. Pure œuvre de commande et film de genre ultra codifié (en l’occurrence le film de braquage), Inside Man est pourtant l’une des très belles réussites de la carrière de Spike Lee, qui avait peut être, paradoxalement, besoin de s’éloigner un peu de ses projets personnels afin de retrouver son cinéma.
Bien aidé par le scénario implacable de Russell Gewirtz, le réalisateur de La 25e heure apporte, en effet, à Inside Man ce qui manque à quantité d’œuvres de commande : un véritable point de vue de mise en scène. Lee pense chacune de ses scènes sans jamais tomber dans la démonstration inutile et tape à l’œil, et sert, ainsi, le récit de manière magistrale. A l’instar de Scorsese, Spike Lee fait partie de ces cinéastes que New York fascine de par son multiculturalisme, son architecture ou bien encore son racisme. Car, œuvre de commande ou non, Spike Lee reste Spike Lee et bien que moins exacerbée, la critique sociale n’en démeure pas moins bien présente. Ainsi, au détour d’une scène en apparence anodine, le réalisateur se permet de glisser une critique acerbe de l’Amérique post 11 septembre et de son obsession anti-terroriste.
Sans jamais prendre le spectateur pour un abruti congénital, le scénario s’assemble, telles les pièces d’un puzzle, en adoptant une structure non linéaire et entrecoupe l’intrigue générale du casse par les interrogatoires des victimes de la prise d’otages. Parfaitement servi par un casting au diapason dominé par Clive Owen, Jodie Foster, Cristopher Plummer et bien évidemment Denzel Washington, parfait en flic old school, sorte de détective privé des années 30, Inside Man transcende la pure œuvre de commande et l’exercice de style gratuit et s’impose comme un divertissement extrêmement efficace tirant le meilleur parti d’un sujet somme toute relativement convenu. Avec une séquelle d’ores et déjà en préparation, Inside Man pourrait bien être la seule alternative viable à la franchise Ocean’s Eleven de Soderbergh, qui tourne, quant à elle, complètement à vide depuis le second volet.
D’un point de vue technique la galette vendue par Universal remplit fort bien son contrat. Le transfert haute définition 1080p est tout simplement excellent et l’image impressionne constamment par la qualité de ses contrastes et la profondeur des noirs. L’audio n’est pas en reste puisque le Blu-Ray propose une piste anglaise DTS HD. Toutefois, si vous êtes allergique à la langue de Shakespeare, le français est bien évidemment disponible en DTS 5.1. En réalité, c’est vraiment au niveau des suppléments que cette édition blu-ray déçoit fortement. Reprenant le contenu du disque HD-DVD disponible depuis fin 2007, cette nouvelle mouture haute définition ne tire jamais profit des capacités du support et se contente de proposer quelques scènes coupées, un très court making-of promotionnel et pas vraiment intéressant, ainsi qu’une entrevue entre Spike Lee et Denzel Washington revenant sur leurs différentes collaborations communes.








