Critique
C’est l’histoire d’un mec tellement classe (à côté, George Abitbol passe pour un héros de Max Pécas) qu’il pourrait vendre des pactes avec le diable à la sortie d’une représentation de Faust. L’immoralité ? Son fond de commerce ; son produit : le tabac. A moins que ce ne soit le dégraissage ? Tellement de similitudes avec Thank You For Smoking (2006), son intéressant premier film, que le réalisateur Jason Reitman pourrait d’ors-et-déjà nous perdre. Et se perdre dans les tortueux couloirs de son pseudo-cynique aéroport ? A force d’exploiter les tabous forcément provoc’ de la société américaine – tabac, grossesse à 16 ans (Juno) et, dans un monde aujourd’hui fouetté par la récession, licenciement de masse – le fils d’Ivan (Ghostbusters) semble reproduire le même schéma avec de moins en moins d’efficacité. A l’heure d’un atterrissage dans les fentes Blu-Ray des chauds foyers que le grand Capital a épargné, le pilote de In The Air mérite-t-il vraiment les applaudissements ?
A l’instar d’un Thank You For Smoking, In The Air commence par poser le personnage. Une ordure individualiste, monstre cynique, engagé par les boîtes pour faire le ménage. Mercenaire du claquement de porte. Sans attache, toujours… in the air, Ryan engrange les miles et les conquêtes comme autant de plateaux-repas. Dans ce petit jeu, très agréable à observer le sourire en coin – nous sommes naturellement sadiques – le brillant George Clooney remplace Aaron Eckhart dans un rôle à la fois détestable mais terriblement séduisant. Puis Reitman présente le monde moderne, impitoyable géant de glace à la loi animale : virer ou être viré. La première partie du film se digère très agréablement, le cinéaste ayant une vraie facilité à mettre en scène l’entreprise (il l’a d’ailleurs prouvé en réalisant deux épisodes l’excellentissime série The Office US) et à imposer une mise en scène stylisée qui ne fait qu’appuyer l’élégance de son personnage principal. Satirique, Jason sait l’être avec astuce, surtout quand il se repose sur Clooney lors de séquences redondantes particulièrement bien foutues (les entretiens, le way of life du protagoniste, la rencontre avec Alex – somptueuse Vera Farmiga, toujours “en forme” depuis Les Infiltrés). Le casting, composé d’habitués de la courte filmo’ Reitmanienne ( J.K. Simmons, Sam Elliott) fonctionne à plein régime, entre un Bateman fidèle à lui-même et une courte apparition de Zach Galifianakis dans un rôle à contre-emploi. Nouvelle venue aussi attachante que suffocante, Anna Kendrick (Twilight, Scott Pilgrim) exploite correctement l’ombre de son Pygmalion. Le réalisateur d’In The Air et Juno commence à se former une famille cinématographique largement plus recommandable que celle de son padre.
Adapté du bouquin éponyme de Walter Kirn (2001), In the Air voyage ensuite en pilote auto sur le scénario de Jason Reitman et le futur screewriter star Sheldon Turner (X-Men Origins : Magneto, Infamous), flottant dans les eaux troubles de la quête de rédemption. Dès lors où Ryan rencontre les deux femmes qui lui feront voir le monde autrement (vu du ciel/vu du sol), le film s’enlise dans le pathos. Ni vraiment drôle, ni touchant, In The Air s’alourdit d’une trop grande affection pour le pauvre héros contraint à prêcher la monogamie, le mariage, la famille et la stabilité. Même si le tout est remis en question en deux minutes savoureuses (no spoiler), le mal est fait : durant l’heure d’avant, le métrage change de visage, prenant des faux-airs de sous-Cameron Crowe (Jerry Maguire, Vanilla Sky), tombant dans la facilité (la métaphore de l’avion – échappatoire, élévation sociale, stabilité par le mouvement, la fuite des responsabilités). Par ailleurs, pour peu que l’empathie s’invite en cours de voyage, il sera très facile d’aimer le dernier Reitman. Les autres resteront en salle d’embarquement, à se demander “pourquoi ce foutu retard?”… Le trip avait si bien commencé.
Bonus Blu-Ray :
Putain, c’est quand même beau un Blu-Ray (à lancer le torse bombé et les mains sur les hanches) ! L’exceptionnelle image du BR rend totalement justice aux couleurs glaciales des couloirs d’aéroports comme à la chaleur des scènes plus intimistes. Le très bon générique, par exemple, qui nécessite une image particulièrement pure, prend toute sa dimension sur le disque azuré de Sony. Calme cependant ta joie ; le jeune, car si on ne se moque pas de nous quant à la qualité visuelle de l’objet… Les bonus prennent métaphoriquement la forme d’une tarte à la crème pour les pieds. Aguiché par un nombre de suppléments plutôt conséquents, c’est avec l’embarras du choix que l’on se jette dessus. Soudain, l’incompréhension. Le story-board, montrant quelques repérages joués par des figurants, réalisé en pré-production, ne propose aucune explication. Pas le temps : le bonus dure environ 1’20. Détendons-nous avec le “gag”. Z’avez bien entendu : “gag”, au singulier. Il s’agit en réalité d’un blooper de huit secondes montrant George Clooney mimer une dépressurisation. Bon ok, rien de tel qu’un petit clip folk pour avaler la pilule. C’est parti pour la vidéo musicale de Sad Brad (“Help Yourself », theme du film) ! Moins d’une minute… Certes, la longueur ne fait pas tout (that’s what she said) mais tout de même : quel intérêt de créer des bonus insignifiants tels que ceux présent sur le BR ? Remplir le disque ? Autant s’abstenir, d’autant que les commentaires du réalisateur combleront, eux, les fans du métrage ; et les très nombreuses scènes coupées sont suffisamment variées pour attiser la curiosité. Le plus intéressant reste néanmoins la conception du générique par les créateurs talentueux des précédents films de Jason Reitman… Nonobstant, quelle est cette étrange sensation, ce parfum acide…? Celui de l’escroquerie ? Pour ne pas dire du vol…
Elle est bien gentille la comédie dramatique de Jason Reitman, ce jeune réalisateur qui sait manier la caméra autant qu’il abuse d’un pseudo-cynisme pour vanter l’amour et la famille comme bouclier contre la crise (économique comme identitaire) ! Mais les défauts du cinéaste, ces abus d’emphases et de pathos, ces longueurs et ce comique de situation périmé, flétrissent une bobine que l’on aurait apprécié bien plus enlevée : malgré les trous d’air, In The Air n’est pas chiant comme la pluie mais on l’espérait excitant et turbulent comme un orage électrique. Un potentiel… potentiellement gâché par un Jason Reitman que l’on espère voir sortir des carcans étriqués de ce ciné’ simili indépendant. Nous prendrons le prochain vol.









