Critique

La trame de Breaking Bad suit 2 loosers que rien au monde n’aurait pu pousser à se fréquenter, à part peut-être une classe remplie de lycéens névrosés et/ou obsédés. Le premier, Walter White, est un chimiste talentueux, professeur de lycée conditionné par sa peur du monde, auquel rien n’a réussi malgré son intelligence, et le second, Jesse Pinkman, est une espèce d’Eminem, petit dealer à la semaine incapable de quoi que ce soit, si ce n’est fumer toutes les doses qu’il aurait du vendre.

Son cancer émancipe le professeur White de sa frayeur de la mort, du joug de sa femme, de son complexe vis-à-vis de ses anciens collègues… et révèle un tout autre aspect de sa personnalité, celui qui le poussera à reprendre contact avec Jesse, ancien élève devenu revendeur pathétique de crystal meth’ parfumée aux piments.

L’équation est donc simple :
Mr White synthétise la méthamphétamine + Jesse la distribue = Gros Biftons Ensanglantés²

Breaking Bad dépeint ainsi un univers oppressant, et on croirait presque que cette comédie dramatique (retenez dramatique) tombe parfois dans l’humour glauque (heu, rayez « humour ») tant le sort semble s’acharner contre nos Tony Montana en herbe.

Au fur et à mesure que ses quintes de toux s’accentuent à en donner la nausée au spectateur lui-même, Walter repousse les limites de son humanité, à la quête de la sainte trinité du deal : l’Argent, le Pouvoir, le Respect. Les rôles s’inversent peu à peu, et Jesse le Dealer, pas aussi libre vis-à-vis de sa propre condition humaine, se fait entraîner dans cette déshumanisation, traumatisme après traumatisme. Ce dernier n’est d’ailleurs pas aidé pas sa facilité à opter pour la pire des solutions possibles, du genre enlever une mouche du front de son pote avec une hache, s’épiler le torse au chalumeau, se planter un clou dans le gland, etc.

Le monde que nous montre Vince Gilligan (co-producteur de X-Files) est donc réaliste et laid : entre sessions de chimiothérapie à l’hôpital, et de « cuisson » de crystal meth dans un camping car pourri au milieu du désert attenant à Albuquerque ( A.B.Q Yo !), la classe moyenne américaine se soigne auprès de docteurs affublés de costards de requins, les accros à la méthamphétamine sont encore plus moches et édentés que les crackheads de The Corner, et les flics masquent leurs crises d’angoisses derrière un humour sinistre.
Les longueurs que l’on pourrait reprocher au scénario témoignent du quotidien monotone et entêtant des différentes castes d’Albuquerque, et met parfaitement les fréquentes éruptions de brutalités en exergue.

Le jeu des acteurs est superbe : crédibles et légitimes, chacun touche le nerf qu’il doit torturer avec le tournevis adapté. Anna Gunn (Skyler White) incarne à s’en faire gifler une femme détestant perdre le contrôle sur un mari auparavant soumis ; Aaron Paul (Jesse Pinkman) est parfait dans son rôle de paumé stupide ; Raymond Cruz (Tuco) nous congèle littéralement la moelle épinière dans le rôle de Tuco, un druglord local speedé à la limite de la rupture d’anévrisme ; et enfin Bryan Cranston (Walter White), Oh Bryan Cranston, ton rôle génial de papa débile dans Malcolm in the Middle est si rapidement oublié : si Malcolm, Reese et Dewey avaient eu un père de cette envergure, ils se seraient tous les 3 faits défoncer le crâne avec une clé anglaise dès la 1ère saison.
Pierre angulaire des nombreux Emmy gagnés, Bryan tu m’as fait mouillé mon froc un nombre de fois innombrable dans ce rôle de bad-ass déterminé, prêt à tout pour se payer sa chimio.

Vince Gilligan a créé un monstre : alors que même des séries comme Dexter recourent parfois à un ton léger, il nous livre une version oppressante et sous tension de Weeds, aidé par le décor suintant que fournit la ville d’Albuquerque et les accords de blues du générique.
Impitoyable, brutale, angoissante, et magnifiquement réalisée, Breaking Bad repose avant tout sur des personnages profonds, aux facettes multiples, moches et détestables à souhait.
La saison 3 a démarré le 21 mars 2010 !


A propos de l'auteur

Owen
Toujours attiré par les cultures undergrounds, Owen a évolué au travers de sphères diverses, telles les radios hiphop, la littérature Beat et fantastique, les séries télé américaines, la poésie irlandaise, les Marvel Comics, et l'humour britannique dans ses formes les plus mauvaises... Grand admirateur de Spiderman, son meilleur (et seul) ami, il consomme ses nuits à essayer de tisser des slips avec de la vrai toile d'araignée. Super-héro body-buildé pendant le temps qu'il lui reste, il cherche à rétablir la justice à l'aide de son principal super-pouvoir : la super-obscénité.