Critique
Depuis le 28 jours plus tard de Danny Boyle et le remake énervé et ultra efficace de Zombie par Zack Snyder (dont la filmo est un éternel sujet de débat entre les rédacteurs de Geek Culture), l’amateur de chair fraîche est indiscutablement redevenu une figure incontournable du grand écran. Même les frenchies ont eu le droit à leur péloche de zomblard sous le regard vitreux mais bienveillant de Yannick Dahan et Benjamin Rocher (lire la critique de La Horde). Forcément hétéroclite, la déferlante de tripailles a néanmoins rejeté quelques grands moments de cinéma (la sus-citée Armée des Morts, 28 semaines plus tard, ou bien encore [Rec]). Parmi ceux-là, un monument, une œuvre définitive et inattaquable venue directement de la perfide Albion : Shaun of the Dead. Dans son sillage, la comédie romantique a fait des émules, et les tentatives cheapos cherchant à réitérer maladroitement le coup de maître d’Edgar Wright se sont faites nombreuses, à défaut d’être réussies.
Aussi, lorsqu’un studio US (Columbia) se décide à développer un projet de comédie zombie, le spectre du recyclage aux effluves de sauce barbecue du jeune classique british se fait plus que malodorant. Mais, plutôt que de s’aventurer sur le terrain miné de l’hommage sur fond d’appropriation des codes, Ruben Fleischer (seulement quelques épisodes de séries TV au compteur), accompagné des scénaristes Paul Wernick et Rhett Reese (duo également habitué du petit écran, la prochaine séquelle de G.I. Joe), choisit d’y aller franco, tête baissée, à l’image d’un bon gros ride de roller coaster lancé à toute berzingue. Tenté par ce tour de manège ? Allez hop, une rasade de Red Bull, un Twinky (sur)vitaminé et un canon scié, on part dégommer du mort vivant !
Larguer, en 2010 (ou 2009 si l’on prend en compte la sortie salles – oui, nous sommes pointilleux chez Geek Culture), une poignée d’individus dans un monde hostile devenu la proie des bouffeurs d’intestins grêles, avouons-le sans ambages, ce n’est quand même pas franchement révolutionnaire. Mais, ce manque d’originalité (apparente), est finalement caractéristique du cinéma de genre, dont l’une des principales forces a toujours été sa capacité à évoluer au sein de structures très codifiées, pour mieux s’affranchir, par la suite, des règles narratives et/ou visuelles en vigueur et les transcender. Aussi, malgré un point de départ plus que suranné, la découverte de Zombieland est purement jouissive. A l’image de ce générique sur fond sonore de Metallica (For Whom The Bell Tolls pour les mélomanes putrides), présentant au ralenti de pauvres hères servant de buffet froid à du contaminé affamé, ou bien encore de cette introduction voix-off de Columbus (Jesse Eisenberg) édictant ses règles de survie, celles-ci donnant bien évidemment lieu à du démastiquage à la fois fun, fendard et plutôt bien vu. Au départ imaginé sous la forme d’une série TV, Zombieland évite les pièges à loups scénaristiques, déjouant habilement les conventions du genre : Ami contaminé, meurtre de ce dernier, espace clos assiégé par une bande de connards anthropophages…
Outre Eisenberg (le paraît-il très fréquentable Adventureland), la très hot Emma Stone (l’excellent Superbad) et Abigail Breslin (Little Miss Sunshine) complètent un casting de jeunes gueules très attachant. Autre choix de cast absolument payant : le trop rare Woody Harrelson en chaperon complètement fêlé de cette nouvelle génération. Avec son accent redneck à couper à la machette, sa veste en peaux de serpents et son chapeau de cowboy, ce Crocodile Dundee like se fait chantre de l’extermination, artiste de la mise à mort, pour le plus grand bonheur des cinéphiles psychopathes amateurs d’effusions sanguines.
Mais, aussi réjouissant soit-il, le film ne rapporte malheureusement pas le trophée de chasse à la maison. Car, passé la surpuissante introduction, la réalisation à du mal à suivre le rythme ! Fleischer vient de la petite lucarne et cela transparaît indéniablement. C’est carré, très propre, mais par moments, le réalisateur semble avoir du mal à dépasser l’aspect uniquement fonctionnel de sa mise en scène. A sa décharge (de plomb), le bougre a du composer avec un budget d’à peine 25 millions de dollars ! Bien loin du carnage tant attendu, le final, dans le parc d’attractions, suinte d’ailleurs violemment le manque de thunes – tout comme les quelques éclatages de crânes hors champ parsemant le film – et s’écarte, de fait, du style frontal et rentre dans le lard adopté en début du métrage.
Jubilatoire mais trop souvent frustrant, nul doute que Zombieland trouverait tout son potentiel avec une suite plus friquée. Ça tombe bien, après son carton plein au box-office, les zombies éclabousseront de nouveau les écrans (en 3D) dès 2011 lors d’une inévitable séquelle. Afin de vous préparer à cette nouvelle invasion, les règles de Columbus sont désormais disponibles en haute définition. Conditionné sous forme d’un disque Blu-ray, ce guide de survie est le fruit du travail de Sony Home Pictures Entertainment. Si la partie technique remplira parfaitement son office lors des premiers secours, les bonus trop superficiels ne vous seront pas forcément d’une grande aide en cas de morsures multiples…










