Critique

C’est fraîchement diplômé de l’American Film Institute, une poignée de courts sous le bras et 500 000 $ dollars glanés à droite, à gauche, par ses producteurs, que Jonathan Levine tourne son premier long : All The Boys Love Mandy Lane. Si rien ne prédestinait vraiment cette petite prod indie à sortir de l’anonymat du slasher lambda, un passage remarqué par la case Toronto en 2006 va en décider autrement. Le film tape dans l’œil des distributeurs (notamment des Weinstein), écope d’excellentes critiques, le public est conquis. Et Mandy Lane de faire le tour des festivals (Sitges, London FrighFest, Gerardmer, etc.) avec toujours le même résultat. Malgré sa belle réputation, le film de Levine ne franchira jamais les portes des salles obscures françaises. Longtemps annoncé, sans cesse repoussé, c’est, donc, finalement, et comme souvent (Southland Tales, Outlander, ou encore prochainement – enfin ! – Zack and Miri make a porno) la prévenante et atypique Wilde Side (nouveau refuge des exclus cinématographiques) qui vient libérer ce premier né de la cave dans laquelle il était enfermé depuis maintenant 4 ans. Alors cette Mandy Lane, simple bête de foire (i.e. produit calibré pour « tourner » dans les festoches) ou véritable avaleuse de sabres ?

La revanche d’une blonde
Inaccessible, la belle et fraîche Mandy attire toutes les convoitises. Les boys rêvent de la posséder, de la culbuter, alors que les girls l’envient en silence. Un regard de la belle suffit à hypnotiser la gente masculine. Dès la scène d’ouverture – la caméra suit le parcours de Mandy Lane dans le couloir du lycée, s’attardant sur les courbes de cette sirène et les regards des teenagers – Levine cristallise le pouvoir sexuel de cette post ado interprétée par Amber Heard, étouffée au rideau de douche avant de prendre un Double-Tap de cuvette à chiotte dans Zombieland. L’actrice, figure archétypale de la scream queen – une blonde bien roulée, navigue entre distance et séduction, déjouant les attentes avec une justesse inattendue.

Les Boys Bandent
La jeune texane est imitée par le reste du cast, étrangement plutôt bon et authentique. De jeunes comédiens crédibles pour une description de cette jeunesse qui ne songe qu’à baiser et se défoncer. Car sous couvert du slasher, voici le véritable sujet de Mandy Lane, les affres d’une adolescence mal dans sa peau, confrontée à la pression sociale constante. Dans l’interview agrémentant le disque HD (14’), le réalisateur confie s’être beaucoup inspiré du Bully de Larry Clarke et du Elephant de Gus Vant Sant dans sa volonté de mettre en exergue l’isolement comme source de violence. De fait, ce premier essai fleure une mélancolie des plus envoutantes.

Youngblood
Les amateurs de mises à morts sanglantes peuvent retourner aiguiser leur machette et/ou s’astiquer le canon, Mandy Lane emprunte certes les codes élémentaires du slasher, du gibier teenager se fait dézinguer par un bourreau inconnu, mais pour mieux se les approprier (reflets, entrée hors champ, etc.) et servir la gravité de son récit. Pas forcément un très grand fan d’horreur, Levine en a pourtant assimilé les mécanismes avec intelligence et respect. Bien secondé par la photo granuleuse et contrastée de Darren Genet (parfaitement retranscrite par le blu-ray), Levine soigne la forme, même s’il n’évite pas certains écueils : montage parfois trop cut, images accélérées inappropriées et plans esthétisants (soutenus par un soundtrack véhément) un poil trop maniérés et clippeux. Parents compréhensifs, nous mettrons ces quelques écarts de conduite sur le compte d’erreurs de jeunesse.

Elève appliqué, Jonathan Levine pose un regard désenchanté, mais dénué de pathos, sur la condition de ces jeunes adultes, tout en affirmant un univers visuel ambitieux et prometteur. Dispo depuis 2 ans aux détours de la toile, le blu-ray reste le support idéal (image fidèle, interview du réal et d’Amber Heard – pas vraiment à l’aise et intéressante dans cet exercice) pour jouir pleinement de (sur ?, dans ?) l’ensorcelante Mandy Lane. « Someone got fucking hot this summer ! »

[rating:4.5/6]


A propos de l'auteur

Alex
Biberonné à l'animation japonaise et l'actionner 80's, Alex a passé son adolescence le nez plongé dans les comics Marvel et les yeux rivés sur les péloches horrifiques et fantastiques. Exigeant, souvent vulgaire, il navigue, depuis, entre les genres et ne prend plaisir qu'en aiguisant violemment sa plume tout en se roulant nu dans sa collection de figurines et DVD/BR...