Critique

Sortie directe en DVD sans passer par la case “je tente ma chance avec le public français” pour Adventureland. Réalisée par Greg Mottola, à qui l’on doit le fendard SuperGrave, la comédie ne doit pas être catégoriquement rangée au rayon film à-la-cool, intronisé par la team Apatow (En Cloque, 40 ans Toujours Puceau). Certes, le long-métrage nage dans les mêmes eaux que celles de SuperGrave en surfant sur un thème cher à cette génération de cinéaste : la transition entre le lycée et l’université, période de passage – sans retour – à l’âge adulte, là où l’individu se définit pour le restant de ses jours. Mais si le film précédent transpirait l’iode, Adventureland laisse un goût doux et sucré sur la langue ainsi que dans nos cœurs de jeunes blancs-becs… plus si jeunes, d’ailleurs.

Émancipé des ficelles gluantes du marionnettiste Judd Apatow, Greg Mottola signe un film plus personnel, teinté de premier degré et parcouru de nostalgie. Au lieu de mélanger les années 80 à notre siècle, comme si les eighties était la seule décennie capable de supporter les scénarios d’adultes régressifs, Mottola (qui scénarise himself le film) implante l’histoire en 1987. Du coup, Adventureland dégage une atmosphère particulière, baigne dans une ambiance foraine dépressive mais hors du temps et de l’Amérique de Reagan, aux frontières de l’Amérique catho.

En prenant comme base le fameux “job d’été”, Mottola plonge ses personnages dans une sorte de cocon où la liberté prime sur le besoin de se faire de l’argent et où les rencontres se font autour d’un paquet d’herbe et d’une canette d’Amsterdam. Le réalisateur a une vision très habile des petites choses. Le comique de situation – bien moins gras que celui de SuperGrave – est subtil, clairement pas le moteur d’une farce banale (même intelligente) sur le passage à l’âge adulte.

Adventureland dégage une atmosphère particulière, baigne dans une ambiance foraine dépressive mais hors du temps et de l’Amérique de Reagan, aux frontières de l’Amérique catho.

Adventureland suit son cours doucement pendant 1h45, souffrant, il est vrai, de quelques longueurs. Malgré tout, le retour du personnage de James Brennan dans sa ville natale navigue par temps clair et les minutes passent aussi vite que celles de la douce adolescence.
C’est là que le casting se révèle capital, portant le film sans le dénaturer. Le long-métrage propose une galerie de personnages hauts en couleurs, attachants tout en faisant l’effort de ne pas servir une bande de « djeuns » trop stéréotypés. Nuancée, la bombe sexuelle n’est pas si pute, le rebelle pas si détestable, le nerd pas si nerd.
De Jesse Eisenberg (étoile montante, prochainement dans Zombieland) adulescent vierge un peu paumé, on retrouve le naturel d’un Michael Cera (Juno) ou d’un Emile Hirsch dans The Girl Next Door ; la ténébreuse Kristen Stewart, victime du succès Twilight, n’en reste pas moins une actrice (très) prometteuse, jouant de ses charmes vénéneux avec la même intensité que dans Into The Wild. On est également ravi de retrouver l’impeccable Martin Starr, geek sympatoche par excellence, capable de citer Gogol ou Herman Melville tout en martelant un stick de jeu d’arcade. Même Ryan Reynolds (Wolverine, Blade : Trinity) trouve ici son meilleur rôle, poncif du beau gosse mytho et pitoyable .
Quant à la touche humoristique et décalée, elle est assurée par le désormais indispensable Bill Hader (Tonnerre Sous les Tropiques), en binôme avec Kristen Wiig, rescapés du Saturday Night Live, boss géniaux et délirants. Du beau monde, en somme.

Adventureland ne se repose pas sur ses personnages et mise également sur une bande-originale d’enfer, sculptant l’ambiance sur Bowie, les Stones, The Cure, le Velvet Underground ou Hüsker Dü. L’état d’esprit libertaire du film est nourri par l’hétérogénéité rock (ballades, speed, etc.) qui semble montrer un monde d’ados coincé dans le post punk, entre le rock et le grunge… qui ne tardera pas à pointer le bout de son jean troué. Raccord musical.

Ode au summertime, trip nostalgique et mélancolique, Adventureland est l’antithèse parfaite d’Américan Pie, la face romantique de SuperGrave mais surtout… juste une excellente surprise. Greg Mottola réalise une comédie qui a du bagou, de la sensibilité, et où l’empathie est de chaque instant, sublimée par des scènes à fleur de peau ; telle cette séquence finale qui réintroduit un peu de finesse, loin des tartes et pisses de chiens, dans ce monde de batifolage surfait. C’était le quart d’heure sentimental ; parfois déclarer sa flamme triomphe sur le coup de pied dans les noix.


A propos de l'auteur

Pan
Torché à la littérature fantastique, Pan est un animal mystique voire pervers. Il se réfugie très tôt dans la jungle vidéo-ludique puis le cinéma. Journaliste vaporeux, Pan lit toujours mais toujours un peu moins de fantastique, feuillete pas mal de BD, se désocialise faute aux séries TV. Il ne peux s’empêcher de citer quelques noms dont la simple évocation illumine son regard de Carlin : R. Matheson, J. Depp, W. Anderson, A. Moore, S. Raimi, V. Price, T. Gilliam, S. Carrell, G. Orwell, N. Gaiman, P.T. Anderson, G. del Toro, TMNT (et alors ?), R. Bradbury, Farrelly Brothers, H.G. Wells, The Monty Pythons, T. Pratchett, E. A. Poe, S.Spielberg, C. D. Simak, etc. Pan, un être cohérent.