Critique
Pure hérésie pour certains, projet fantasmé pour les autres, l’adaptation cinématographique de Watchmen aura connu des années de développement Hell au cours desquelles de nombreux cinéastes se seront cassés les dents (Terry Gilliam ou encore Darren Aronofsky). Ce n’est qu’après le succès de son Armée des morts et de 300 que Zack Snyder réussira à convaincre la Warner de lui confier l’adaptation de ce sommet du comic book. Réputé inadaptable, le monument crépusculaire, politisé et uchronique de Moore et Gibbons reste aujourd’hui encore une œuvre fondamentale et fondatrice, un chef d’œuvre intemporel ! Les craintes étaient donc légitimes de voir Hollywood vider le comic book de sa substantifique moelle pour accoucher d’un quelconque film de super héros, d’autant que Snyder, aussi doué visuellement soit-il, avait déjà avec son remake de Zombies et son adaptation de 300, complètement éludé le propos du film original de Romero et du graphic novel de Miller. Survendu par un marketing ultra agressif et bénéficiant déjà d’une réputation élogieuse, Watchmen est pourtant très loin du choc filmique tant annoncé…
S’il y a bien une chose que l’on ne pourra pas reprocher à Snyder, c’est bien de ne pas être fidèle au matériau d’origine. A la manière de Sin City, certains plans du film sont au détail prés des transpositions en trois dimensions des cases de Gibbons. Si cette ultra fidélité à l’œuvre matricielle est loin d’être condamnable en soi, elle remet tout de même en cause la notion d’adaptation originale en annihilant complètement la vision du réalisateur. En effet, si l’on ne peut nier la qualité des cadres et de certaines idées de mise en scène de Watchemen, cette réussite doit plus au travail de Gibbons et Moore qu’à celui de Snyder.
Le réalisateur ne cède pourtant jamais aux sirènes du grand spectacle hollywoodien. Si l’adaptation de Watchmen supposait obligatoirement certains raccourcis, Snyder et ses scénaristes conservent l’essentiel mais, malheureusement, le dénaturent totalement. Toutes les thématiques (intéressantes) du film sont surlignées au marqueur pour qu’un enfant de 12 ans puisse les comprendre sans problème, les personnages survolés et le final sacrifié au nom, encore une fois, de la compréhension du spectateur sans cesse considéré comme un abruti congénital incapable de comprendre ce qui se trame sans que les personnages explicitent tout ou que Snyder effectue des gros plans sur les éléments importants du décor.
Par ailleurs, certaines idées qui fonctionnaient parfaitement sur le papier passent difficilement l’épreuve du grand écran (les monologues de Rorschach, le paradoxe spatio-temporel du Docteur Manhattan…). Mais cette transposition cinématographique de l’univers de Moore et Gibbons souffre également de plusieurs choix musicaux complètement hors de propos, ayant pour effet de rendre ces séquences complètement ridicules. L’interprétation très hétérogène (Jackie Earle Haley et Jeffrey Dean Morgan sont parfaits dans les rôles de Rorschach et du Comédien, Matthew Goode interprétant Ozymandias est une monumentale erreur de casting…) et le doublage VF calamiteux plantent les dernières banderilles sur le cadavre encore chaud de l’adaptation de cette œuvre somme…
Au bout des 2h45 c’est donc réellement atterré que l’on sort de la salle. Une fois encore, Snyder (inconsciemment ou de manière délibérée, c’est un tout autre débat) a totalement éludé, ou tout du moins dénaturé, le côté subversif du matériau d’origine. Sans être ennuyant ou bâclé (il faut bien reconnaître à Snyder quelques scènes plutôt réussies ainsi qu’une hyper fidélité et un soucis du détail assez incroyable), Watchmen est un film raté, pas foncièrement mauvais mais totalement inoffensif ! Un comble pour une œuvre philosophique et métaphysique aux multiples thématiques et interprétations…






