Critique

Est-ce que cette critique va faire de celui qui l’écrit un vieux con(servateur) ? Car débiner Park Chan-wook, c’est comme faire mal au cinéma ; qui a besoin de ce genre de pitre talentueux pour le faire avancer. Acclamé par les festivals (un habitué de Cannes), une majorité de professionnels et une bonne partie du public pour son style sans concessions, parcouru d’humour noir et vorace d’originalité visuelle, le réalisateur sud-coréen s’attaque cette fois au mythe du vampire. On s’avoue excité par cette histoire de prêtre-vampire, avide de sang humain et charnellement attiré par la femme de son pote d’enfance. Chaud comme la braise, même ! Et s’abat la douche froide.

Le postulat de base (le religieux devenu démon), moins original qu’aguicheur, est finalement assez intéressant. Park Chan-wook se focalise sur deux caractéristiques essentielles du vampire tel qu’on le connaît : la nécessité du sang (sous peine de mourir dans d’atroces souffrances) et le sex-appeal exacerbé. La plupart du temps volé de Thirst se concentre donc sur les scènes où le prêtre Sang-Hyun (sic) subit les effets du manque d’hémoglobine et celles où le personnage qu’interprète Song Kang-Ho (The Host) se repaît. La première fois, c’est sympa d’observer la mutation. La deuxième est déjà plus ridicule. A la douzième, on se demande si Chan-wook ne se paye pas la nôtre, de tête. Le caractère redondant de Thirst est à tous les niveaux : de la relation soi-disant tordue entre le prêtre et Tae-Joo, des scènes érotico-gores prétendument bandantes mais finalement prétentieuses et interminables, ou de ces parties de jeux épouvantables et sans doute composées rapidement aux toilettes.

Aux chiottes, pardon. Car lorsque l’on parle de Park Chan-Wook, on ne peut éviter l’inéluctable verset à propos du caractère frondeur de ses films , présents dans Old Boy ou le doublet Vengeance. Mais, osons la question : où est-elle cette subversivité ? Mis à part pour les spectateurs d’un autre âge (siècle?), la damnation d’un serviteur de l’église fait-elle encore dresser le crucifix ? Ou alors peut-être est-ce cette misogynie affriolante (et sans doute feinte) qui explose lorsque le personnage féminin révèle sa véritable nature ? Park Chan-wook joue avec les handicapés (moteurs) uniquement pour s’en servir comme effet de style. Ouch, shocking ! “Navrant” est plus adéquat. Lors d’un dîner, un pauvre type lâche un gaz à table. Sa mère le hume. Tout l’anticonformisme de Chan-wook contenu en un prout. J’insiste : il s’agit ici du pet le plus ridicule de l’histoire du cinéma.

Un pauvre type lâche un gaz à table. Sa mère le hume. L’’anticonformisme de Chan-wook contenu en un prout.

Visuellement, Thirst, c’est le jour et la nuit. Capable du meilleur comme du pire. Car attention, Park Chan-Wook n’est pas un manche. Restent quelques sublimes séquences. On pense notamment à la découverte des pouvoirs du prêtre par sa bien aimée : Sang bondit d’immeuble en immeuble tenant dans ses bras sa dulcinée ; seul apparaît à l’écran le visage euphorique et hilare de cette dernière. Puissant clin d’oeil au Superman de Richard Donner ? D’autres petites choses par-ci par-là donnent envie d’y croire, de l’utilisation de la force chez le buveur de sang ou du jeu de la jeune actrice Kimok-vin.
Mais parlons des tentatives de Park d’être original. Concernant le vampire, c’est le néant. A part leur faire porter facilement un canapé alourdi par une vieille dame, rien de neuf sous le soleil… Quid des effets purement techniques ? Encore une fois, c’est le calme plat… Oh non, il ne faut pas négliger ces sublimes effets empourprés lorsque le prêtre s’expose à la folie. On appréciera particulièrement l’infâme dernière scène où un couple de baleine nage en crachant un geyser de sang… Lorsque l’on y repense, on hésite entre sourire… et repeindre le mur des pâtes de la veille.

Sautes d’humeur perpétuelles, effets (spéciaux ou pas) immondes et second degré particulièrement vaniteux et ringard : voilà donc Thirst, la provoc’ aux dents longues de Park Chan-wook, cinéaste postmoderne trop sûr de lui pour être honnête, trop chiant et brouillon pour être vu. Conseillons au jury cannois d’y aller mollo sur les cocktails : donner le prix du jury à Thirst ne fait que contribuer au mépris du public pour le festival. Lâchons tout de même une demi-étoile à Park Chan-wook ; pour ne pas avoir rendu copie blanche.

P.S. : est omise volontairement, dans cette critique, la caractérisation des effets spéciaux numériques de Thirst. Ceux-ci étant tellement minables, le rédacteur préfère rester muet de peur d’être vulgaire.


A propos de l'auteur

Pan
Torché à la littérature fantastique, Pan est un animal mystique voire pervers. Il se réfugie très tôt dans la jungle vidéo-ludique puis le cinéma. Journaliste vaporeux, Pan lit toujours mais toujours un peu moins de fantastique, feuillete pas mal de BD, se désocialise faute aux séries TV. Il ne peux s’empêcher de citer quelques noms dont la simple évocation illumine son regard de Carlin : R. Matheson, J. Depp, W. Anderson, A. Moore, S. Raimi, V. Price, T. Gilliam, S. Carrell, G. Orwell, N. Gaiman, P.T. Anderson, G. del Toro, TMNT (et alors ?), R. Bradbury, Farrelly Brothers, H.G. Wells, The Monty Pythons, T. Pratchett, E. A. Poe, S.Spielberg, C. D. Simak, etc. Pan, un être cohérent.