Critique

Scénariste et dessinateur, Frank Miller est un véritable génie vivant du comics US à qui l’on doit des œuvres phares telles que Dark Knight, Sin City ou encore 300. Créateur du personnage d’Elektra, Miller fait partie de ces auteurs qui ont fait entrer le comics dans une nouvelle ère, se démarquant radicalement des années 70 par une approche beaucoup plus adulte du medium. Si Miller avait laissé de côté de 7ème art suite aux déconvenues rencontrées sur Robocop 2 & 3 où il officiait en tant que scénariste, ce n’est que pour mieux y revenir en force via la co-réalisation de l’excellent Sin City ou le rôle de consultant sur le très réussi 300, adaptations cinématographiques de ses propres œuvres. Succès oblige, Miller, homme aux convictions politiques radicales, se voit proposer l’adaptation de The Spirit, œuvre fondatrice de la bande dessinée américaine créée par le regretté Will Eisner, devenu quelques années avant sa mort l’ami de Miller. Si l’association des deux maîtres du 9ème art avait tout pour faire fantasmer les fans et accoucher d’un chef d’œuvre, force est de constater que le résultat est très loin d’être à la hauteur !

Utilisant le procédé déjà éprouvé sur Sin City (tournage sur fond vert, utilisation du noir et blanc, touches sporadiques de couleurs), The Spirit bénéficie d’un traitement visuel léché à défaut d’être novateur. Forcément moins bluffant que le film de Rodriguez et Miller, cette adaptation de The Spirit n’en reste pas moins graphiquement jouissive, les aplats de noirs et le sens du cadre de Miller faisant toujours des merveilles. Oui mais voilà, un traitement graphique intéressant n’a jamais suffit à faire un bon film et The Spirit en est une nouvelle fois la preuve.

Sorte de mélange des genres pas vraiment abouti, le long-métrage navigue entre humour potache qui n’arrive même pas à décrocher un sourire et film noir au scénario relativement ennuyeux qui part dans tous les sens sans que l’on en comprenne vraiment l’intérêt. Pire, le côté burlesque (complètement raté) du film désamorce totalement le style noir, violent et sérieux de Miller, jusqu’à rendre le parti pris visuel du créateur de Sin City totalement inapproprié. D’autre part, si le procédé usité dans le monde du 9ème art voyant le personnage décrire et commenter ses actions prend tout son sens dans les pages d’une BD, il devient très vite énervant dans un film lorsqu’il est mal employé. Ainsi, le spectateur aura souvent la désagréable impression d’être considéré comme un abruti congénital incapable d’effectuer la moindre réflexion pour comprendre ce qui se trame devant ses yeux.

Autre problème de taille, si Miller compose des cadres à la beauté fulgurante, il s’avère bien moins inspiré concernant les autres artifices de mise en scène, incapable d’inspirer une quelconque ampleur ou le moindre dynamisme à ses scènes d’actions. Très gênant, surtout lorsque l’on se souvient de la mise en scène de Sin City qui, bien que non exempte de défauts, avait pour elle d’être pour le moins efficace. Vous l’aurez compris, The Spirit est une énorme déception, un film sensuel (le casting féminin est à tomber par terre) à l’approche graphique intéressante certes, mais un film souffrant de trop de défauts (entre ruptures de tons empêchant l’immersion du spectateur, mise en scène flemmarde et cabotinage outrancier d’un Samuel L. Jackson transformiste) pour réellement sortir le spectateur de sa léthargie.

 


A propos de l'auteur

Alex
Biberonné à l'animation japonaise et l'actionner 80's, Alex a passé son adolescence le nez plongé dans les comics Marvel et les yeux rivés sur les péloches horrifiques et fantastiques. Exigeant, souvent vulgaire, il navigue, depuis, entre les genres et ne prend plaisir qu'en aiguisant violemment sa plume tout en se roulant nu dans sa collection de figurines et DVD/BR...