Critique

Rarement, un réalisateur aura en (bientôt) 30 ans de carrière et une dizaine de films inspiré tant de respect. En effet, bien que sa filmographie divise, Michael Mann fait partie de ces réalisateurs pour qui chaque film fut l’occasion de redéfinir et faire avancer son art, livrant par la même occasion des œuvre fondamentales du 7ème art : Heat, The Insider, Ali, Collateral, ou encore le très contesté Miami Vice. Chaque projet du maître est donc farouchement attendu et sujet à des hordes d’analyses (plus ou moins intéressantes et fondées d’ailleurs) et de controverses. Avec son casting de stars 5 étoiles, Public Enemies ne déroge bien évidemment pas à la règle et a d’ailleurs déjà commencé à diviser critiques et grand public. Amorcée avec Ali, Mann continue donc sa révolution numérique et ses expérimentations visuelles, et livre sans aucun doute son film le plus abouti sur le sujet !

Sur un canevas relativement classique du jeu du chat et de la souris, le réalisateur de Collatéral construit une œuvre puissante transcendant son postulat de départ grâce notamment au génie visuel de Mann. Ce dernier convoque, en effet, l’imagerie des années 30 et lui confère un aspect presque documentaire grâce à l’utilisation de la HD, bien loin des films en costumes codifiés dont Hollywood nous abreuve. Bien connu pour son perfectionnisme maniaque, Mann compose des plans beaux à en pleurer dans des décors à la profondeur de champ hallucinant, filme le visage de ses acteurs en gros plans hypnotiques et capte la brume, les flashs de photographes et autres échanges de coups de feu tel un véritable artiste peintre. Le travail sur l’atmosphère est éblouissant ! La recherche picturale constante du réalisateur et de son directeur de la photographie (Dante Spinotti) accouche de scènes tout simplement révolutionnaires. Ainsi, le spectateur se souviendra longtemps de cette chasse à l’homme en forêt presque uniquement éclairé aux feux des mitraillettes et fusils, ou bien encore de la poursuite dans le verger.

 

Mann, s’intéresse à la frontière entre le bien et le mal, le rapport à l’image et l’Histoire des Etats-Unis.

Sans aucun temps mort, Mann cadre ses acteurs au plus près, le plus souvent caméra à l’épaule afin de retranscrire la sensation d’urgence caractérisant la vie de Dillinger (toujours sur le départ afin de ne pas se faire enfermer). Ne vous attendez cependant pas à un biopic en règle sur la vie du célèbre gangster, le réalisateur ne cherchant jamais à décrire l’exhaustivité de la vie de Dillinger ni même une quelconque véracité autobiographique d’ailleurs. Mann, comme dans tous ses films, est bien plus intéressé par la frontière entre le bien et le mal, le rapport à l’image et l’Histoire des Etats-Unis. Car via le prisme de la vie de Dillinger, Public Enemies traite avant tout de la Grande Dépression, la naissance du FBI et l’arrivisme d’Hoover ou bien encore de la mutation de la mafia américaine en une véritable entreprise capitaliste. Le film exige d’ailleurs une attention de chaque instant. D’un point de vue visuel bien évidemment afin de saisir l’immense travail accompli, mais également d’un point de vue scénaristique, Mann n’explicitant pas clairement les relations entre les différents personnages et laissant au spectateur le soin d’assembler les pièces du puzzle.

Exceptionnel directeur d’acteurs, Mann offre une fois de plus des rôles sublimes à ses interprètes. Johnny Depp est (encore une fois) parfait et complètement habité par son rôle, Bale très loin de son horrible prestation de T4, Marion Cotillard s’en sortant, quant à elle, avec les honneurs (la scène de l’interrogatoire où elle se pisse littéralement dessus est juste incroyable !). Les seconds rôles ne sont pas en reste (de Giovanni Ribisi à Billy Crudup en passant par Stephen Dorff, excusez du peu), et caractérisés en un plan par l’un des plus grands réalisateurs contemporains.

Si certains s’arrêteront à tort sur l’aspect froid du métrage, sa patine numérique ou bien encore son casting trop hype pour être honnête, Public Enemies n’en reste pas moins un chef d’œuvre hypnotique, un exercice de style fascinant, difficile d’accès mais complètement jouissif, dont chaque plan est un grand moment de cinéma. Plus qu’un excellent film, Michael Mann apporte une nouvelle pierre à l’Histoire du 7ème art, et c’est la gorge nouée que l’on sort de la salle, encore abasourdi par tant de génie visuel…


A propos de l'auteur

Alex
Biberonné à l'animation japonaise et l'actionner 80's, Alex a passé son adolescence le nez plongé dans les comics Marvel et les yeux rivés sur les péloches horrifiques et fantastiques. Exigeant, souvent vulgaire, il navigue, depuis, entre les genres et ne prend plaisir qu'en aiguisant violemment sa plume tout en se roulant nu dans sa collection de figurines et DVD/BR...