Critique
Autant l’avouer de but en blanc : votre serviteur n’était peut-être pas l’artilleur à envoyer en premier ligne de Predators. Parce que loin d’être un spécialiste de l’actioner trempé dans les eighties ; parce que pas spécialement amoureux de la figure de proue d’un pan de cinéma qui a su dépasser son statut de simple défouloir forestier crypto-gay. Ce n’est pas faute de considérer le classique de John McTiernan sorti en 1989 comme un métrage puissamment salvateur, virtuose de la mise en scène et éclairé d’interprétations multiples, profondes et ancestrales (la renaissance d’Arnold « Dutch » Schwarzenegger, la peur de l’inconnu, chasser ou être chassé, etc.). Bref, face à la bête, pas à chier : faut rentrer dedans. Et, parachuté sans vraiment savoir où – à l’instar des protagonistes – il faut en parler. Bien. Car Robert Rodriguez, fan absolu du premier volet, a souhaité produire son Predator, l’ornant pour le coup d’un « S » suggérant une profusion d’aliens chasseurs. Ni reboot, ni remake, la suite-hommage menée par Nimrod Antal, également amant du cinéma de genre puisque responsable de Motel – thriller des familles – mérite l’abstraction des suites cheap et Versus partouseurs : il donne quoi ce Predators, bande de « gueules de porte-bonheur » ?! Prêts à se couvrir de boue… ou de honte ?
Vingt-cinq premières minutes qui claquent telle une septième saison de Lost. Les glands faisant office de commandos de fortune se rencontrent en se tapant gentiment sur les fesses : ils ne se sont jamais vu, ne savent pas sur quel foutu terrain de jeu ils ont atterri ni ce qu’ils sont censé faire (griller des marshmallows ne semblent pas la raison première). Dès lors, un leader se révèle plus gueulard que les autres. Cette masse d’os aux biceps cartoonesques, c’est Adrien Brody, le gentil Pianiste. Autant dire que le comparer à Arnold relève de la raillerie pure et simple… Et de l’hors-sujet. Car, bien sûr, le casting est réfléchi – nous le verrons ultérieurement. Si l’on trouve ça rigolo dans un premier temps, le pauvre soldat débitant du Hemingway, se voit un tantinet écrasé face aux tueurs présentés un par un tel une pub Benetton version heavy metal : le Mexicain, c’est Danny Trejo, que l’on a pu voir dans pleins de lupanars mais que l’on retient dans Desperado ou Une Nuit en Enfer , puisque réalisé par l’amigo Rodriguez. Le black au nom imprononçable mais que l’on peut copier/coller, c’est Mahershalalhashbaz Ali (Les 4400) ; le gentil Russe, Oleg Taktarov, montrait déjà l’étendu de son accent dans La Nuit Nous Appartient. Le blanc est bien connu des amateurs de The Shield tandis que le Jap’ n’est pas connu des amateurs de The Shield ni des autres ; pas le cas de la jolie Brésilienne, Alice Braga, qui tirait déjà à vue dans Je Suis Une Légende. Du beau monde que l’on n’inviterait pas à une partie de cricket – sauf si le criquet fait deux mètres. A contrario, ne tranche pas le nemesis de Brody, Topher Grace (That’s 70’s Show), freluquet semblant avoir appris à jouer dans une réserve à truites. Y-aurait-il comme un zest de second degré autour de cet équipage prêt à défiler main dans main lors d’une marche pour la tolérance ? Ce ne serait pas étonnant de la part de Rodriguez, à l’origine de Planète Terreur, capable d’imposer à Antal une conduite décalée et un ton résolument ridicule ? Si c’est le cas, l’effet est assez foireux : les personnages cabotinent à coups de punch-lines ni kitsch ni tribute, juste stupides dans la bouche d’un Brody à la limite du pastiche comique. Si ce n’est pas le cas, mille excuses, c’est pire. En témoigne le personnage de Lawrence Fishburne, intéressant élément puisque ni proie ni chasseur (le Suisse de la jungle), campé par un vieillissant Morpheus bien incapable de donner consistance à ce guerrier resté un peu trop longtemps seul dans la savane avec sa bite et son couteau.
L’une des forces de McTiernan fut de transformer un apparent safari survival tenant sur une page de script en portrait intransigeant de la nature humaine. Nous sentons ainsi chez Rodriguez – de même que chez les futurs scénaristes des Maîtres de L’Univers (Litvak et Finch) – un besoin compulsif de coller à l’original… en tentant d’aller plus loin : double-ration d’humanoïdes saupoudrée de romance frelatée et accompagnée de diverses races de poulpes bipèdes. Trop de pression ? Les clins-d’oeil sont nombreux dans cette version 1.1 – votre serviteur ne se targue pas de les avoir tous repérés. Nonobstant et contre toute attente, Predators s’en tire formellement plutôt pas mal. L’espace est bien exploité par Antal, tout en servant les codes du genre avec classicisme appuyé, en dépit d’un scénario un poil light et trop référentiel. Le réal’ a le mérite de tenter des ruptures et ponts culottés (le duel au sabre dans la prairie) tout en cadrant presque intégralement les comédiens de face. En résulte l’impression de confrontation / menace permanentes, une empathie malsaine et claustrophobe – un comble – pour ces amuse-gueules hélas un tantinet trop statiques.
L’intérêt de Predators repose sur son interprète principal. Adrien Brody… Élancé, blanc, prétentieux, orgueilleux, bavard : l’authentique opposé de Schwarzy. Alors, certes, le film perd en force de frappe. Mais n’est-ce pas l’objet de ce Predators ? Si, sous une apparente pâle copie, Predators se détachait de son modèle – dans lequel le héros luttait physiquement pour survivre – ? Le métrage d’Antal tente de coller à son contexte, l’abusif “post 11 septembre” : Alors que Arnold le Teuton, muscles sur pattes poussait un cri primale, le changeant en homme de Neandertal , Brody est un l’homme du XXIe siècle : il étudie et essaie de comprendre l’étranger. Son combat devient cérébral voire diplomatique (cf. le prisonnier libéré et le cercle de feu). L’ultime plan, cynique mais conventionnel à notre goût, achèvera de mettre le doute : le héros s’y prend mal, l’histoire se répète. Predators film sociétale ? Mort de lol, comme disent les djeuns. Ou pas.
Hommage forcé ou habile updating du Predator de John McTiernan ? On se permet de s’interroger. Quoiqu’il en soit, Nimrod Antal ne parvient pas à installer un réel climat tâche-culotte. Predators n’a pas à avoir honte de sa mise-en-scène ni d’un sous-texte plutôt habile malgré son scénario terreux. L’ombre au tableau : les dialogues poussifs servis par des atavofigures pas assez poussées pour dépasser leur premier degré. Une branche pourrie qui masque une ballade en forêt plurivoque intéressante – de par ses choix – mais trop tiède pour mettre le feu. Aucun doute, Predators divisera. Pour mieux régner…?










Cet article est aussi soporifique que le film
Haha. Merci Fuma. Intéressant.
critique de la critique, pratique pour faire la sieste.
On a compris l’idée, Fuma.