Critique
Nouvel espoir du cinoche de genre à la française après son Haute Tension, Alexandre Aja s’est vite résigné à traverser l’atlantique (comme nombre de ses contemporains), bien conscient qu’il ne trouverait pas de projets (et de budgets) à hauteur de ses ambitions sur le sol du coq. Si d’autres en sont revenus, parfois désabusés et/ou concassés par le système US (Valette, Gens, Siri, etc.), le fils d’Alexandre Arcady – qui a d’ailleurs fait ses classes en tant qu’acteur et réalisateur de seconde équipe sur les films de papa – a, quant à lui, décidé de rester et de se spécialiser dans les remakes… Mais, si son premier essai chez l’oncle Sam (La Colline a des yeux) brisait les rotules de papy Craven et envoyait valser son modèle, son second effort (Mirrors) laissait le spectateur de glace (vanne capilotractée). Alors Alex, déjà KO ? Légèrement amoché seulement, le poulain défend chèrement sa peau dans un troisième round accroché. Pourtant en difficulté dès l’entame, obligé d’effectuer son entrée sur le ring sous le regard des Weinstein Bros’ (pour la petite histoire Dimension avait planté son Hills Have Eyes…), mais encouragé par son pote Greg Levasseur (planté au coin ring, serviette et éponge dans la main droite), Aja ne lâche rien avec pour objectif de reconquérir son titre de Master of Horror…
Fresh Blood
Mise en branle suite au succès du Jaws de tonton Spielberg, Piranha, série B made in Corman de 1978, a ouvert les portes des studios à Joe Dante (bon, l’idylle n’a pas franchement duré…) et acquis ses galons de film culte avec les années (et l’exploitation VHS). Une suite réalisée par James Cameron (enfin pas vraiment si l’on en croit les rumeurs…) atteindra le rivage 3 ans plus tard, alors qu’un remake fera surface dès 1995. Confidentiel, le film marquera toutefois la première apparition de Mila Kunis (That 70’s Show), absolument nulle dans le Livre d’Eli et prochainement dans le Black Swan d’Aronofsky. Plutôt que de re-remaker l’original, marqué de manière indélébile (ou juste débile) des stigmates de son époque, Aja privélégie le relanch et évite la charge politique ‘virulente’ du film de Dante. Aussi, la poiscaille n’est plus mutante et vietnamienne mais préhistorique et passablement pissed off. Plus question non plus de boulotter du simple baigneur ou de charcuter du garçonnet, c’est désormais les célèbres Spring Breakers et Breakeuses (détail qui a son importance) US qui servent d’appats. Amis pêcheurs, sortez vos cannes, le t(h)on est donné, Piranha 3D sera très con !
Debil Dead
Si l’amateur de cinoche de genre engagé pourra y déceler l’ombre d’un militantisme écologique (à force de balancer des conneries dans le lac, les adolescents bourrés ont directement provoqué la faille), Piranha 3D carbure, avant tout, au cocktail comico-gore. Plaisir coupable qui s’assume, le film n’a d’autre ambition que de divertir, une heure et demie durant, un public avide de spectacle old school, sanglant, un brin désuet et sacrément flingué des neurones. Car, Aja compense les faiblesses d’un scénar tenant sur un string de bain brésilien par une approche résolument grindhouse : des boobs, du fun, des gros boobs, de la tripaille, des boobs…
Fish and Chicks
Mamelons généreux des Wild Wild Girls Kelly Brooks et Riley Steele, fessiers rebondis des figurantes, Piranha 3D caresse les balls dans le sens des poils. Une chair dénudée qui ne va pas tarder à se faire dévorer. A l’image des nibars vulgairement exposés, les (des)seins d’Aja sont limpides : tailler le gras dans la barbaque à vous en éclater les zygomatiques, quitte à plonger en slapstick. Jamais effrayants, mais réjouissants et cathartiques (voir du teenager américain se faire dézinguer possède des vertus thérapeutiques avérées), les carnages aquatiques parsèment le film de gaz hilare. Et le cast de rester ‘focus’ parmi les effusions sanguines et autres corps déchiquetés. Le cabotin cocké Jerry O’Connell se fait bouffer les membres inférieurs (attributs génitaux y compris), la MILF Elizabeth Shue (Retour Vers le Futur) tase de l’écaille virulente alors que Ving Rhames cuisine des sashimis à coups d’hélices de moteur. En bon fanboy, Alexandre Aja renforce, qui plus est, sa solide première ligne par quelques caméos, véritable remplaçants de luxe. Ainsi, Richard Dreyffus (clin d’œil de rigueur aux Dents de la mer) perd le contrôle de sa barque dès l’intro, le tarantinien Eli Roth pointe sa trogne lors d’un concours d’arroseur de tits et Christopher Lloyd (Emmett ‘Doc’ Brown) joue au savant. Mais, à trop surfer sur la vague geeko-régressive, le frenchie se laisse emporter par le courant et flirte parfois avec la noyade.
Bad Taste
Par le passé, l’horreur – et plus généralement les films de genre – s’est souvent distinguée par sa capacité d’expérimentation. Raimi ou Jackson ont, par exemple, gagné leurs galons dans le genre comico-horrifique en laissant libre cours à leur imagination, leurs ambitions visuelles prenant définitivement le pas sur des scénarios somme toute rudimentaires. Or, le réalisateur de Furia livre un produit carré, certes, mais relativement formaté où rien ne dépasse du moule-bite. Répétitives, les scènes d’attaques sous-marines prennent trop souvent les atours de la caméra subjective. De plus, le fils Arcady cède aux sirènes d’un découpage ultra cut difficilement lisible. Supposé représenter la profusion des assaillants, l’artifice agresse surtout la cornée, déjà pas épargnée par une post conversion 3D parfois bien dégueu. Si le côté absolument gratuit et ‘dans ta gueule’ (une branche et une bouteille de bière par ici, un implant mammaire et une verge par là…) sied à la logique revival old school de l’ensemble, le procédé tire, vraisemblablement, trop sur la corde d’un budget étriqué (30 millions de dollars). Mais, le relief n’est pas le seul à en faire les frais puisque les CGIs dégustent aussi violemment.
Malgré tout, le sexy Piranha 3D rassure quant à la faculté d’un cinéma de genre US à remplir sa mission triviale de divertissement. Alors oui, la recette utilisée par Aja est simple et pas des plus fraîches ou originales, ça pue la moule et le 80’s, mais en brochettes avec une bonne bière, le plat s’ingurgite avec un plaisir mêlé de nostalgie.












Oulà , que je ne suis pas d’accord avec cette critique.
« Formaté »
Vous avez vu beaucoup de films d’horreur américains qui vous balancent un plan séquence en 3D sur une bite coupée dernièrement ? Ou alors on ne voit pas les mêmes…
« Manque d’expérimentation ? »
Personnellement, c’est la première fois (avatar compris) que je vois une si bonne utilisation de cette technique qui ne sert à rien à part vous faire payer plus cher le ticket d’entrée.
Je ne dis pas que l’utilisation était révolutionnaire, mais en tout cas, elle m’a fait marrer.
« CGI nazes »…
Oui, bon, là d’accord.
« Découpage ultra cut difficilement lisible »
Rhoo, c’est clair que quand c’est pas un gore flick o๠on a un personnage torturé sur une chaise pendant 1h30, ça devient compliqué à suivre, hein ?
« faiblesses du scénar »
Mais on parle de Piranha là !! Le scénar tient en une phrase : « des méchants poissons carnivores tuent des baigneurs. »
Oui, le scénar est faible, mais pour les scénars complexes, allez voir Inception.
Allez, j’arrête mon énumération. Vous l’aurez compris, j’ai adoré ce film. Et je parle pour ceux qui ont plus de 30 ans, en allant le voir, vous retrouverez ces émotions particulières qui vous berçaient quand vous alliez voir les Joe Dante, et autres films à bestioles des années 80 (et fin 70). De l’interdit, de l’humour, de la dérision, de la satire sociale, etc.
Bref, tout ce que vous n’aurez pas dans un Saw, un Hostel ou un slasher banal des années 2000.
Donc, réjouissez vous, aprà s le Drag me to Hell de Raimi, voilà le Piranha 3D de Aja, un film pour les nostalgiques d’une époque ou le cinoche gore était drà´le et effrayant.
Hello Cyroul, Merci pour le com !
Avant de répondre à tes remarques, je rappelle que j’ai aimé le film (4/6), mais que, oui, j’ai émis quelques réserves.
Au sujet du formatage : Excepté peut-être ce « plan séquence » (un peu artificiel) d’une dizaine de secondes, je trouve que la réal d’Aja est propre, carrée, mais dénuée de véritables ambitions sur la forme. Le bougre est capable de beaucoup mieux.
Concernant le 3-D, d’accord avec toi, c’est ultra fun mais cette post conversion est quand même sérieusement moche par moments.
Quant au découpage, sans tomber dans le torture porn (que je n’apprécie que très moyennement), Aja n’était peut-être pas obligé de verser dans l’ultra cut (qui est pour moi l’un des maux du ciné contemporain)…
Pour les « faiblesses du scénar », tu le sors de son contexte petit sacripant et sur les CGIs, on est d’accord
Encore une fois, je tenais à préciser que j’ai beaucoup apprécié Piranha 3D, fun, con et bien gore. Après, dans le style trip nostalgique je préfère Drag Me To Hell, plus abouti et formellement intéressant à mes yeux.
Tu me rassures. Et oui, Drag me to Hell est meilleur. Mais les deux sont tellement au dessus de la production Hollywoodienne de base (et oui, tu n’en parles pas, mais nous sommes dans une prod hollywoodienne), qu’il vaut mieux applaudir et prier pour que les producteurs comprennent que c’est ça qu’on veut, et pas des produits aseptisés (sales mais aseptisés en même temps).
Cyroul et Alex, votre débat sur la 3D n’est pas vain! ça clash sévèrement entre Mark Canton, un des producteurs de Piranha, et James Cameron : http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Piranha-3D-la-reponse-du-producteur-aux-propos-assassins-de-James-Cameron/(gid)/2399268
Drag me to hell, c’est juste 10 niveaux au dessus…
Concernant la 3D, je rejoins les propos de Cameron: elle sert vraiment à rien… Il faut rappeler que si la 3D était morte et enterré avant l’arrivée de son arrivée, c’est qu’il y a avait une raison: les effets de projections. C’est drà´le une fois, allez deux, à partir de 3, on s’emmerde.
Il n’y a que moi qui est vu un petit clin d’Å“il à Braindead ? Parce que le coup de l’hélice pour découper du Piranha moi ca me fait pensé à Lionel qui découpe du zombie !
Au nom du Seigneur je vous botte le cul !
Egalement un film que j’ai bien aimé même si je pense qu’il y a un peu trop de scènes sur les jolies filles. C’est agréable mais j’aurais préféré plus de scène gore.
Après je suis d’accord avec vous pour dire que Alexandre Aja apporte une fraicheur revigorante aux films d’épouvante-horreur.