Critique
« Quand Dieu condamne l’Humanité, seul un Ange peut la sauver » nous annonce la base line… Curieusement, à moins d’être apôtre, que l’on soit cinéaste ou écrivain, les histoires d’Anges, c’est inévitablement la fête du cheap. Les plumes dans le dos : mauvais placement de produit ? De Angel à Charmed en passant Fallen, La Cité des Anges avec un détour par Marc Lévy ou même All Souls – épisode mineur de la cinquième saison d’X-Files… Comme une ritournelle, dès qu’il s’agit de broder autour des pigeons de Dieu, l’entreprise vire au cauchemar guimauve à l’esthétique kitsch et l’enjeu spirituel ras-du-bulbe. A l’exception du bœuf Kevin Smith, qui se joue de la mythologie judéo-chrétienne à renfort de Golem de bouse (Dogma), difficile de trouver récent et réjouissant scénario virevoltant autour du thème des Messagers. Alors, lorsqu’un actioneur gore fait main basse sur le thème, nous nous tournons mains jointes vers les Cieux. Mais tremblons, pauvres pécheurs, car l’ange ne prendra pas son envol avec un tel boulet au pied.
L’archange Michael, miséricordieux chef de la milice divine, s’oppose à Gabriel, messager céleste et inébranlable détenteur de la Force. Pourquoi ? Rien de plus qu’une divergence d’opinion avec son patron : Dieu veut détruire la Terre, il ne croit plus en ses ouailles. “Michel” s’y oppose : “Les humains valent la peine d’être sauvés” brame un Paul Bettany (Da Vinci Code) aussi charismatique et crédible en exterminateur qu’un Mannenken-Pis. « Mais Michou, est-on tenté d’intervenir (divinement), si c’est pour se coltiner un bousin pareil, autant nous laisser claquer ! »
L’a priori a la vie dure… Mais avouons que le pitch sentait le poulet grillé. Nul besoin d’être oracle pour deviner le prétexte grossier à un duel d’angelots, une tripotée de monstres et une pluie d’insectes. Posant le décor dans la traditionnelle et doublement pratique (exploitations scénaristiques / budget réduit) station-service du désert, le premier film de Scott Stewart suit le cahier des charges du navet chimérique. À la lettre.
Commandement N°1 : constituer une équipe de résistants ; à savoir : un prophète amoureux (Lucas Black, sorte de clone arriéré de Jack Bauer), un père râleur mais téméraire (Dennis Quaid en mode auto-humiliation), un gangster black en pleine rédemption, une famille bourgeoise transparente (avec Kate Walsh, rescapée de Grey’s Anatomy), une Charlie enceinte prétendument jolie et un cuistot forcément noir garni d’une prothèse-crochet…
Commandement N°2 : tenter, en une 1h30, de donner corps aux protagonistes en plaçant de manière totalement artificielle un semblant de justification existentielle. Entre deux attaques, Stewart et le scénariste Peter Schink, ex monteur d’une série de chef-d’œuvre tels que Barb Wire (avec Pamela Anderson) ou Top Dog (avec Chuck Norris et un chien) – ça ne s’invente pas, nous servent les incontournables scènes biographiques à la cohérence et la subtilité proche d’une imitation de Patrick Sébastien.
Commandement N°3 : imposer de belliqueuses saloperies échappées du cinéma de genre à son meilleur. Aux corps déformés, boursouflés, désarticulés servant d’adversaires aux belluaires, s’ajoutent la mamie anormalement agile ([Jusqu’en Enfer), "le vendeur de glace araignée" et le bambin boucher (The Children, L’Armée des Morts, etc). Plus opportuniste, tu meurs d’ennui.
Commandement N°4 : justifier le maelström d’influences du métrage et l’incohérence du scénario (Dieu peut faire pleuvoir des mouches-à-merde mais une miteuse buvette lui résiste) par une morale grotesque. D’un politiquement correct rarement aussi vomitif, le final de Légion exhibe sa "beaufitude" avec une intensité presque touchante : Dieu avait juste besoin de croire en nous ! Putain, fallait y penser... Espérons que le cinéma du Saint-Père ne récupère pas de copie.
Nous augurions un survival crypto-catho de mauvais goût... Ca fait mal aux yeux d'avoir raison. Non content de batifoler avec tous les genres et violer sans vergogne le bestiaire des grands succès du cinéma d'horreur (grand-mère enragée, chiard psychopathe, zombies), Scott Stewart signe un scénario digne d'un nanard indigent - mais sans le charme des premiers films fauchés - qui laisse le spectateur abasourdi de clichés et stupéfié de la réalisation tantôt roublarde tantôt puérile. Pas aidé par une direction artistique baveuse et l'imbuvable arrogance d'espérer talonner les maîtres tels que Raimi ou la nouvelle scène d'épouvante britannique, Légion déballe un actioner trop troisième degré pour l'être vraiment. S’il faut bien tomber pour apprendre à voler, Scott Stewart devrait bientôt tutoyer les mouches.
[rating:0/6]









