Critique
Attention : ce papier contient quelques spoilers. Mais vu la manière dont le suspense du film est mené, c’est pas bien grave.
Sur le site officiel du film, à la section cast and crew, l’équipe technique compte 5 courtes lignes, dont trois tenues par des postes de producteurs, ce qui donne un bon aperçu des intentions de l’entreprise, à savoir fabriquer du buzz, n’importe comment, autour de n’importe quoi, pourvu que ça fasse des entrées. De fait, tout y passe: affiche blanche de type séquelle de Saw, faux site de l’exorciste malheureux, rigolo mais totalement hors de propos (étant donné la fin du film, pourquoi la nier en montrant le début du climax, sachant que le concept de found footage invalide complètement cette fictionnelle insertion : les agresseurs de l’équipe sont donc en possession des codes d’accès du site de Mr Marcus?), marketing viral sur Chatroulette (non mais sans déconner, et pourquoi pas un Twitter du faux cadreur du film? « On est poursuivis dans les bois, lol »), citations de critiques superposables à la virgule près avec ce qu’on pouvait lire sur les affiches d’un Paranormal Activity… Qu’en est-il du film ainsi servi ? Et ben ça se confirme les amis.
Ça démarre pourtant avec quelques atouts, c’est même parfois intriguant. La direction artistique se tient pas mal dans sa peinture des états ruraux et pauvres du sud des Etats Unis, avec une ambiance redneck/white trash plausible voire par moments authentiquement oppressante. On pense même parfois à un Jeepers Creepers pluvieux. Le cast est aussi intégralement bon et crédible (personne n’est réellement connu, ce qui n’est pas pour nuire au vérisme des situations), c’est d’ailleurs manifestement la partie de l’équipe qui croit le plus à ce qui se passe sur cette prod. Les trois membres de la famille Sweetzer jouent avec justesse (mention spéciale au petit frère) et la jeune possédée fout les jetons à une ou deux reprises… Une poignée d’idées pas mauvaises ressort également (l’évocation de la possibilité d’un inceste, l’annonce d’évènements futurs par les dessins de Nell, l’alcoolisme et le fanatisme du père), mais tout cela est noyé dans un gloubi-boulga de scénario et surtout de réalisation qui passent rapidement de l’imbitable à l’imbuvable.
Ce qui agace vraiment avec Last Exorcism, c’est qu’il pue le projet de gros malin à 500 lieues à la ronde, et s’aliène la sympathie qu’on voudrait mettre dans l’histoire sur la base de quelques éléments bien foutus. S’il parvient à retrouver l’ambiance des séquences réussies de Blair Witch (celles du début et de la fin, c’est-à-dire celles qui étaient effectivement écrites), Stamm cherche tellement à lui en remontrer qu’il en méprise complètement la grammaire. Il n’abusera donc que les plus crédules et les morts de faims qui en on marre d’essayer d’avoir peur devant les infâmes remakes de Freddy qu’on nous sert depuis deux-trois ans. D’abord, le trip de nous balancer douze fausses pistes pour faire un twist qu’on voit venir depuis la fin du premier acte, option « Ah! J’vous l’avais bien dit ! » et qui nie en partie les péripéties qui péripétiaient joyeusement quelques minutes auparavant (cf la blessure du frangin). Climax non seulement enfoncé à la va comme je te pousse au mépris de la structure de l’histoire racontée, mais manquant aussi singulièrement de générosité : si vous vous voulez voir un démon, rematez-vous l’Exorciste en image par image.
D’autre part, et là c’est quand même franchement impardonnable, il y a ce fait de vouloir le beurre et l’argent du beurre, avec la vanité de vouloir s’arroger l’aspect cinéma-vérité (oh le vilain mot) en jouant le sous-genre du found footage (après tout y’aura bien quelques préados adeptes de spiritisme qui seront foutus de croire que c’est pour de vrai. C’est du bon buzz, ça, coco.), tout en se faisant passer pour un grand architecte du cinématographe qui peut tout se permettre grâce à son génie de la mise en scène. Rappelons tout de même que le genre susdit est comme un chiot de race, il réclame qu’on s’occupe de lui, qu’on le bichonne, qu’on lui donne uniquement la bonne nourriture et le bon environnement ; sinon, il attrape des vers et il tombe malade, et après on peut plus frimer avec. Bref, le film en cam subjective (pour faire intelligent on dira « en occularisation directe » ça fait plus joli dans un mémoire) ne s’accommode pas de tout un pan de l’arsenal cinématographique tel que champs/contrechamps, musique et autres sons en off, monologues intérieurs, flashes-back, ou intervention de tout élément dont on ne peut pas justifier la présence effective dans l’ici et maintenant de l’univers dépeint. Toutes ces règles, Stamm se mouche avec. On aura donc de la musique, des sons derrière des portes que les micros ne pourraient pas choper (ou alors je veux les mêmes), de la « vidéo numérique » qui ressemble furieusement à du 35mm (elles font bip les Arriflex?), et du découpage merveilleux d’invraisemblance. Ainsi, le deuxième exorcisme de l’histoire, « véritable » celui-là, et qui a lieu dans la grange, se verra servi par un fond musical et des raccords internes à la continuité venant de huit angles différents… Voilà bien une manifestation surnaturelle : le cadreur se change en calmar géant doté de huit caméras ! A trop faire son gros malin, Stamm nous éjecte irrémédiablement de son histoire et ne parvient qu’à énerver. C’aurait été trop demander de réduire le budget pub de moitié et de consacrer la thune ainsi économisée à une correction de script, et peut-être un assistant réa pour dire au grand chef quand il merdait ?
Propulsé par une ou deux bonnes intuitions, mais mal conduit par l’orgueil de son réalisateur et jamais remis sur ses rails par une boîte de prod trop occupée à jouer les web guru, Last exorcism est un ratage, parfois amusant, que ses rares qualités rendent d’autant plus énervant au sortir de la salle. Même s’il ne mérite pas non plus un autodafé de ses négatifs, il n’est vraiment, mais alors vraiment pas indispensable. Juste à considérer comme un exercice de style d’autant plus vain qu’il est pris par-dessus la jambe.










« le concept de found footage invalide complètement cette fictionnelle insertion : les agresseurs de l’équipe sont donc en possession des codes d’accès du site de Mr Marcus? »
Mon dieu… cette phrase fait plus peur que le film
C’est sympa d’avoir une écriture intelligente et une vraie analyse, mais ce serait aussi sympa de laisser les amateurs, venus sur l’article par curiosité et envie d’en apprendre un peu, d’accéder au contenu de votre pensée…
bah, c’est une phrase quoi, en français certes un poil chatié…
mais y’a toujours allociné si tu veux du sujet-verbe-complément!
« en français certes un poil chatié »
>> Si je voulais persifler, j’évoquerais tout de même le fait, concernant le passage cité tantà´t, que « found footage » n’est pas un terme français. Et il convient de ne pas confondre un langage châtié avec ce charabia hermétique qui rend ton texte parfaitement nébuleux et indigeste… Heureusement qu’il reste la note, en bas de l’article, pour obtenir une vague idée de ce que tu penses effectivement de ce film.
PS : C’est qui Mr Marcus ? Parce que sans nécessairement vouloir faire dans le basique, rajouter les clés de compréhension pour les références obscures et les blagues que seuls un pelé et trois tondus peuvent comprendre, cela ne serait pas un luxe, loin s’en faut.
Alors, je vais me faire l’avocat du diable, mais le texte de Fabien est quand même très loin d’être incompréhensible…
Il suppose certaines connaissances, certes, mais rien n’empêche d’effectuer une recherche sur votre moteur préféré si un terme vous apparaît obscure. Ce n’est pas douloureux et, qui plus est, ce sera instructif
J’ai toutefois rajouté le lien (http://churchofstmarks.com/) vers le faux site de Mr Marcus dans la critique de Fabien en espérant que cela éclaire votre lanterne. Mr Marcus qui, d’ailleurs, n’est autre que Cotton Marcus dont le nom est situé sur la première ligne du synopsis
ah merci tiens, j’étais persuadé de l’avoir mis le lien tiens…
Ce qui est dommage avec ce film, c’est qu’il se casse complètement la gueule quand il passe dans le domaine horrifique. Les dix dernières minutes sont pathétiques, avec une copie chiante du final du PBW. On commence à le connaître le coup de la caméra qui se casse la gueule.
Oui et puis pour revenir à la campagne marketing, je ne sais pas si mentionner Paranormal activity sur l’affiche est une bonne idée: un film de merde pour vanter les mérites d’un film presque aussi médiocre (?)
Je viens de voir ce film et honnêtement ,dans le même genre,j’ai préféré PBW . Je n’ai pas vu le site du pasteur avant de voir ce film et je n’étais pas au courant du Buzz non plus (c’est un ami qui vit aux US qui m’en a parlé) .Effectivement le film tient grâce aux acteurs et le coté « documentaire » du début est très proche de la réalité.
Le véritable interét de ce film est qu’il se base sur un fait divers.Il faut savoir que la liberté de culte aux US est très importante beaucoup de sectes y florissent .Les sectes satanistes sont autant monnaie courante que les autres religions.
Certes, mais à ce moment là , autant se revoir Rosemary’s baby qui traite du sujet avec plus de subtilité. Maintenant Last Exorcism a des aspects interessants (le jeu, quelques idées çà et là , la photo), mais manque cruellement de sincérité.
Oui je suis d’accord Rosemary’s baby est 100fois plus abouti.
Disons que The Last Exorcism essaye de renouer avec le genre mais avec une technique de narration plus moderne,et comme vous l’avez brillamment expliquer plus haut,sur ce point le réalisateur à bâcler son travail.Du coup ce qui m’a fait le plus peur dans ce film ce sont les aspects réalistes du film.L’atmosphère oppressante de la Louisiane a des relents de Massacre à la tronçonneuse (le premier bien-sûre)
et la visite ,vers la fin, dans la maison désertée me rappelle feu un site d’investigation urbaine.Ce film fait plus fonctionner la corde de la tension que celui de la peur au final.
Ce texte est juste une horreur a lire…
« 5 courtes lignes » sans blague j’ai l’impression que l’auteur cherche juste a nous retourner le cerveau.
Je ne comprends pas ton commentaire ; en particulier le passage sur « 5 courtes lignes ». Peux-tu expliciter ? Thanks
Bon ben voilà je viens de terminer cette soit disant « merveille » annoncée sur la boite du dvd… eh bien non pour moi une énorme déception. Je me suis laissé aller jusqu’à l’autel final.Puis là avec le bébé démon je me suis dit que c’était du grand n’importe quoi. Et je ne vous parle pas de la fin en queue de poisson…
Vraiment décevant. Snif !!