Critique

«It’s good to be back !» lance un Tony Stark à une foule conquise d’avance ! Il faut concéder que, grimé en milliardaire hâlé, cils turgescents et bouc taillé à la serpe, il en imposait le Robert ! D’une classe folle, l’acteur surréaliste portait idéalement le marcel, jonglant avec la dérision, virevoltant de sa dégaine de dandy narcissique. Jon Favreau – réalisateur/acteur – finalement attachant de je-m’en-foutisme cinématographique, envoyait la purée Iron Man sous forme de show spontané et foutrement rock n’ roll. Avec sa massive armure, l’anti antihéros Marvel larguait paradoxalement et salutairement un borborygme léger sur le genre costumé, propulsant du même coup une étoile moustachue désormais visible dans n’importe quel coin du cinéma de divertissement en dérapage contrôlé. Compréhensible – mais probablement précipité : nombre de nos amis geeks et amateurs de cabotins bêcheurs espéraient une suite au pur jus d’american fun, un fulgurant gode métallique à tête chercheuse, qui les soufflerait via les frasques gentiment incorrectes de l’ami Stark. Y croire, même dur comme fer, parfois ne suffit pas…

Avec toute la tendresse (rien de plus) que votre serviteur peut éprouver pour l’acteur Favreau – qui restera, ad vitam eternam, le boyfriend thuné de Monica (Friends) et l’adulescent trop tôt casé (Very Bad Thing) – on ne peut pas dire que, a contrario de l’armure de son chevalier sang et or, Jon brille par ses talents de réalisateur. A son tableau de chasse : une comédie lourdingue entâchant la filmo quasi-parfaite de Will Ferrell (Elfe), une déclinaison immonde de Jumanji (Zathura)… belle paire de bouses avant que ne lui tombe dans le slip la licence “robot rock” de Marvel : Iron Man. Choix peu hasardeux lorsque, en 2008, la Boîte à Idées supplie un ravalement d’image et un retour aux petits plaisirs simples de la vie : se la péter, une armure sur le dos. Cette année-là, le concurrent de DC Comics finance son premier film, baisse largement le froc et laisse Favreau déflorer habilement un personnage complexe, politiquement douteux, humainement névrotique, dressant au rang de cool attitude son narcissisme débridé. Ô putain de joie ! On desserre d’un pouce la cravate dans les bureaux de la Paramount ! Sous les accords tonitruants des gratteux venus du pays des koalas, Stark vide une bouteille avant de présenter ses nouvelles armes de destruction massive, joue de la faucille et du marteau en Afghanistan, construit une armure branquignole sans réfléchir un seul instant aux conséquences politiques de l’arme potentielle ; Favreau, fulguro-érection en poche, laisse son pote Bob Downey Jr. – sorte de mélange chimique entre l’Actor’s Studio et le Frat Pack – balancer ses répliques hilarantes par-dessus l’épaule, parfaitement congruentes avec son personnage désenchanté. Mieux : «There was no script, avoue un an plus tard le second rôle Jeff Bridges : on arrivait sur le plateau sans savoir à quoi s’en tenir… Alors on improvisait !». La voilà; la raison de tant d’exceptionnelle fraîcheur ! Voilà pourquoi les scènes d’action furent proportionnellement aussi foireuses qu’étaient excitantes les séquences de comédie ! Maintenant que Iron Man 2, main tendue s’apprête à pulvériser le box-office : est-ce que la foudre peut tomber deux fois au même endroit ? En d’autres termes : La licence de Marvel sous l’égide de Jon Favreau, une nouvelle fois peut-elle tromper son monde ? Pas dit (c’est du Whisky) : on peut tromper une fois, mille personnes, mais…

Les premiers instants de Iron Man 2 synthétisent en une poignée de minutes la victoire du mauvais goût sur la gaudriole (la membrane se révèle souvent fine) … Favreau se surpasse d’amateurisme dans le prologue consacré au bad guy Mickey Rourke. Dévoilant ses plans bâclés et cheap (la ruelle russe…), l’introduction se laisse échouer sur une plainte du futur Whiplash aussi ridicule qu’émotionnellement comparable à un porno croate («meuhhhhaaaa, meuhhhhaaaa», beugle-t-il en regardant le plafond décrépi). Puis Tony Stark débarque dans une séquence épique comme un pet de vagin, cadré tel un show télévisé. La messe est dite : la moitié des spectateurs devine déjà deux heures de bric-à-brac décéptif, présume que Jon Favreau va nous dépeindre Anthony Stark comme une icône capitaliste parcourue d’humilité, qu’il va s’abaisser à intégrer quelques bombasses et moults gadgets high-tech pour sauver du carnage débilitant un scénario d’une indigence rare et d’une crétinerie indigne de Stan Lee. On en a vu acier* !

Patatra. Prenons le bousin tel qu’il apparaît aux yeux des néophytes, non rompus à la vertigineuse mythologie Marvel. Pas besoin d’être expert – juste apprécier le cinéma – pour déceler le fiasco artistique. L’écriture, tiens ; parlons-en. Le scénario éclaté et sans intérêt de Justin Theroux (Iron Man et… Tonnerre Sous les Tropiques) – le gus a intérêt à soigner Zoolander 2 – n’est que détail face à l’absence lamentable de trame. Que de la gueule, ce deuxième épisode ! Enfilade d’atavofigures et d’amorçages narratifs ancrés dans l’inconscient collectif, la dernière légende adaptée peine à dépasser le stade anal, à l’instar d’un film choral dans lequel six protagonistes (Stark, Pepper Potts, Rhodes, Whiplash, Hammer, Anne « Veuve Noire » Roumanoff) n’auraient rien à partager. Pour compenser, Theroux et Favreau tentent de coller les morceaux à la va-vite, comptant sur le charisme de Downey Jr, les formes de Scarlett Scarlett Johansson, les talents d’impro’ de l’extraordinaire Sam Rockwell (Confessions d’Un Homme Dangereux). Le grand public s’apprête à se faire entuber à l’huile de coude : Iron Man 2 ne développe pas l’once d’un enjeu dramatique. Le cinéma de Jon Favreau ne raconte rien, il expose. Iron Man 2 s’envole dans tellement de directions qu’il n’atterrit nulle part, échouant sur tous les tableaux sans en développer un seul : scènes d’action de nuit obsolètes et torchées en un éclair contre comédie bancale où les répliques s’entrecroisent mais ne percutent jamais. Note aux auteurs : écrivez avant de tourner, les mecs. Ca aide.

Jon Favreau, bien trop confiant, cadre comme il lui chante (vivement le DVD, que l’on puisse énumérer les moults faux-raccords), laissant sa bande de potes bluffer comme ils l’entendent. Comme nous le redoutions (v. Sherlock Holmes), Robert commence à consumer sa palette de pantalonnades. Epuisant et mis en difficulté par le script indicible, l’interprète de Chaplin palabre au-dessus de tout le monde, achète des fraises (!) qu’il jete aussitôt, se défend à coups de mimiques et fait preuve d’un amorphisme presque permanent. Outre Bobby, nonobstant insubmersible, on rit beaucoup de la prestation fugace et faisandée de Mickey Rourke, les tentatives de Gwyneth Paltrow pour en placer une dans ce foutoir bavard, le regard faussement braiseux de Johansson et autres Jon Favreau, intrusif has-been en side-kick du pauvre. Sam Rockwell en fait des caisses tandis que Don Cheadle (Traffic) remplace au pied levé le sensé Terrence Howard – viré à temps. Faisons-nous l’avocat des diablotins, la faute incombe moins aux acteurs qu’au réalisateur bien incapable de les contenir.

Impossible de faire l’impasse sur le travail d’adaptation cinématographique du personnage inventé en 1963 par Larry Lieber et Don Heck… Avec indigence éhontée, se préoccupant bien peu de l’homme derrière l’armure, le film n’est prétexte qu’à références au futur Avengers, prochain crossover réunissant les héros Marvel avant que leurs interprètes ne soient trop grabataires pour faire illusion. Ainsi, avec la subtilité d’un Hulk constipé, le S.H.I.E.L.D. et Nick Fury (Samuel L. Jackson) multiplient abusivement les appels du pied au prochain long-métrage regroupant notamment Captain America de Joe Johnston (2012) et Thor de Kenneth Branagh (2011). Un demi bouclier placé négligamment pour exciter le fanboy, un extrait post-générique filmé avec la langue pour introduire le marteau en plastique du blondinet déifié. Comme si Iron Man 2 n’était pas assez touffu comme un pubis des années 30 et irrespectueux du matériau d’origine, le métrage de Favreau s’évade dans des explications trans-séries qui ne font que alourdir et polluer un script suffisamment chaotique. Pour rester poli.

Nous ne demandions rien de plus qu’un divertissement correct ! Vaste escroquerie, Iron Man 2 n’est que frime et clins-d’œil appuyés, clip ennuyeux, iron fist vulgaire, cinématographiquement proche d’un reality show, masquant sa véritable identité de pivot (lourdingue) du projet Avengers derrière un synopsis archaïque et anarchique. Aussi bon metteur en scène que directeur d’acteurs – c’est dire – Favreau confirme un laxisme indigne, laissant l’improvisation faire son sale boulot et oubliant qu’un scénario cohérent revêt, mine de rien, sa petite importance dans tout objet filmique qui se respecte – et respecte ses spectateurs. Là où le premier opus se déguisait en joyeuse arnaque pétillante, sa suite se paye le luxe et le marketing grossier d’occulter quelconque trame, noyant les segments cruciaux de l’un des personnages Marvel les plus intéressants, pilonnant d’arcs insignifiants et de crétineries incohérentes. Si le divertissement de demain porte une armure et danse tout bourré en tirant des lasers sur des pastèques, le cinéma pop doit s’attendre à une sacrée gueule de bois.

L’auteur de ce papier s’est abstenu du calembour «Iron Man 2 : la suite acier», jugé par la fédération des blagues périmées, aussi miteux que son petit frère (*). Nous tenions malgré tout à en faire profiter nos lecteurs.


A propos de l'auteur

Pan
Torché à la littérature fantastique, Pan est un animal mystique voire pervers. Il se réfugie très tôt dans la jungle vidéo-ludique puis le cinéma. Journaliste vaporeux, Pan lit toujours mais toujours un peu moins de fantastique, feuillete pas mal de BD, se désocialise faute aux séries TV. Il ne peux s’empêcher de citer quelques noms dont la simple évocation illumine son regard de Carlin : R. Matheson, J. Depp, W. Anderson, A. Moore, S. Raimi, V. Price, T. Gilliam, S. Carrell, G. Orwell, N. Gaiman, P.T. Anderson, G. del Toro, TMNT (et alors ?), R. Bradbury, Farrelly Brothers, H.G. Wells, The Monty Pythons, T. Pratchett, E. A. Poe, S.Spielberg, C. D. Simak, etc. Pan, un être cohérent.