Critique

Homme à la connaissance cinématographique encyclopédique, Quentin Tarantino s’est imposé en l’espace de 17 ans de carrière et 8 films, comme l’un des réalisateurs contemporains les plus intéressants. Consacré comme le cinéaste postmoderne par excellence, Tarantino a construit l’ensemble de ses films sur des références à d’autres longs métrages qui ont nourri son insatiable appétit filmique. C’est d’ailleurs cette obsession référentielle immodérée, qui a connu son apogée avec le dyptique Kill Bill, qui oppose régulièrement les cinéphiles, certains ne considérant le réalisateur de Pulp Fiction que comme un petit malin pas franchement doué se contentant de plagier le cinéma des années 60 et 70…
Pourtant, n’en déplaise à ces détracteurs, et bien que le bonhomme déborde d’égo, difficile de nier qu’en plus de réhabiliter tout un pan du cinéma aux yeux du grand public et de la critique, il s’approprie toutes les références avec une maîtrise jubilatoire et s’est construit une œuvre extrêmement personnelle et identifiable. Mais revenons-en à ce Inglorious Basterds, projet mûri depuis de longues années par Tarantino et annoncé par l’auteur lui-même comme un futur chef d’œuvre. Accueilli plus que froidement lors de la projection cannoise, Inglorious Basterds laisse perplexe tant « la seconde guerre mondiale revue et corrigée par Tarantino » souffle le chaud et le froid et représente sans aucun doute la première grosse déception pelliculée de la part du père de Jackie Brown

La perspective de voir Tarantino s’attaquer au film de guerre avait tout pour filer une violente trique au chaland. Vendu comme une sorte de remake des 12 salopards d’Aldrich, Inglorious Basterds prend un malin plaisir à déjouer toutes les attentes du spectateur et ne peut finalement être étiqueté à aucun genre en particulier. Les basterds sont en réalité relégués au second plan et il faudra clairement repasser pour se taper le film de guerre complètement barré entrevu dans la bande annonce. Construit en cinq actes, le dernier Tarantino tient autant du western que du film d’espionnage ou de la gaudriole délurée. Si ce parti pris du réalisateur est loin d’être condamnable en soi, le problème est qu’Inglorious Basterds se révèle plus que bancal dans sa structure.

Tarantino tombe, en effet, dans le piège inhérent aux films construits en plusieurs parties distinctes, piège qu’il avait parfaitement su déjouer avec ses autres péloches, à savoir une partie moins intéressante que les autres. En effet, si le premier, hommage brillant au western, et le second chapitre, consacré aux basterds, sont véritablement jouissifs, le reste du métrage ne retrouve jamais cette maestria initiale et le spectateur ne sortira d’un profond ennui que lors d’un gunfight magistral dans un bar (oh cette gestion incroyable de la tension !) ou de quelques joutes oratoires comiques déclinées par un Brad Pitt parfait en bouseux du Tenessee ou un Cristoph Waltz, prix d’interprétation (mérité !) masculine à Cannes, tout simplement exceptionnel en chasseur de juifs polyglotte. Car, Inglorious Basterds est une nouvelle fois l’occasion pour Tarantino de faire montre de tout son talent de dialoguiste et de s’amuser avec la sonorité des différentes langues : anglais, allemand, italien, français. Malheureusement pour nous, à l’exception du premier chapitre, les différents échanges dans la langue de Molière sonnent complètement faux ! La faute à une Mélanie Laurent horripilante et à un Jacky Ido catastrophique, tout droit sortis d’un mauvais épisode de RIS police scientifique…

Film tout entier dédié au 7ème art, Inglorious Basterds multiplie les mises en abymes et fait du cinéma la seule arme capable de renverser le régime nazi.

Si tous les films de QT sont construits sur l’amour inconditionnel de son auteur pour le cinéma, Inglorious Basterds représente son ode la plus totale. Film tout entier dédié au 7ème art, Tarantino multiplie les mises en abymes (entre héroïne propriétaire d’un cinéma, film dans le film, actrice agent double…) et fait du cinéma la seule arme capable de renverser le régime nazi, se permettant au passage de réécrire l’histoire et de fusiller Hitler en 1944 ! Mais, contrairement à ces précédents longs métrages, Inglorious Basterds donne trop souvent l’impression au spectateur de privilégier le trip référentiel auto-suffisant plutôt que le récit !

Traversé de grands moments de cinéma, ce faux film de guerre au rythme précaire et à l’interprétation trop hétéroclite, est une déception à la mesure du cinéaste : immense ! Mais ne vous méprenez pas, soutenu par une excellente bande originale (entre morceaux d’Ennio Morricone et le Cat People de Bowie) Inglorious Basterds est tout de même très loin d’être un mauvais film et reste à des coudées au-dessus de toute la merde s’étant abattue sur les salles obscures ces dernières semaines, notamment grâce à la maitrise visuelle de Tarantino et sa déférence cinématographique fascinante !


A propos de l'auteur

Alex
Biberonné à l'animation japonaise et l'actionner 80's, Alex a passé son adolescence le nez plongé dans les comics Marvel et les yeux rivés sur les péloches horrifiques et fantastiques. Exigeant, souvent vulgaire, il navigue, depuis, entre les genres et ne prend plaisir qu'en aiguisant violemment sa plume tout en se roulant nu dans sa collection de figurines et DVD/BR...