Critique
Comment l’exprimer sans jeu de mots prévisible : Dieu sait que nous la rêvions, cette vision d’un thriller cérébral, ce drame SF architectural griffé du réalisateur de l’inébranlable Dark Knight. Pire : nous l’idéalisions ! Pénétrer le cerveau humain lors du sommeil paradoxal, lorsqu’il bouillonne d’inconscience, pour soutirer des informations ou – c’est là tout le propos – inoculer une pensée… Putain, voilà une idée qu’elle-est-bonne ! Bénéficiant d’une campagne de communication prodigieuse et d’un budget à faire imploser le quota de ralentis (200M$) – succès du dernier Batman oblige, Christopher Nolan peut se disséquer librement le cervelet afin de concrétiser en bonne et due forme un scénario de malade mental – qu’il a lui-même écrit. En tant que cinéphile, peu de chances de cauchemarder, le Britannique traînant derrière lui une filmographie pas loin d’être parfaite (Memento, Insomnia, Le Prestige et… le second volet de sa [trilogie masquée). Si le résultat est visuellement séduisant, le subconscient d’Inception a-t-il quelque chose à montrer ? Autrement dit : au-delà de sa gueule d’amour, Inception en a-t-il plein la caboche ? Réponse inconsciente.
Impossible de nous tromper sur la marchandise : Ce septième long exhale Christopher Nolan. Lee Smith au montage, Wally Pfister à la photo, Hanz Zimmer lâche ses vents comme jamais (à la limite du recyclage sonore)… L’équipe du Prestige et du Dark Knight au complet, mesdames, messieurs. A l’instar des personnages du présent film et de leurs relations platoniques, Nono aime s’entourer d’une team de confiance, quitte à minimiser la prise de risque. Pas grave, la puissance sensitive qui se dégage d’Inception rappelle quelques envolées mégalos de Harvey Dent, le design lumineux métallique renvoie à l’enrobage du Prestige. L’image est impeccable, servie par une mise en scène tout en symétrie et ambiance variée superbement impersonnelle (nous naviguons en terre onirique), comme sortie d’un catalogue de mobilier de luxe. Paradoxalement (“un terme important”, dirait le jeune et agaçant Joseph Gordon-Levitt, sous-Heath Ledger), Chris Nolan pêche lors des séquences en extérieur, là où la conception architecturale est la plus permissive. Certes, voir Paris se replier tel un dé en papier fiche le tournis ; ce qui nous a perturbé fut la fâcheuse tendance du réalisateur à se transformer parfois en réalisateur de clip déraisonnable (la rue qui se défragmente durant le tête-à-tête entre Leonardo DiCaprio et Ellen Page) ou en amoureux sur-démonstratif d’un septième Art qu’il adule… en lieu et place de construire un véritable récit. Qui, issu de l’imagination d’un tel fou-fou, permettait toutes les folies les plus folles.
Son Prestige le transpirait, cette définition du cinéma comme forme d’Art total. Le propos d’Inception étant le rêve, Nolan ne peut s’empêcher la comparaison avec son moyen d’expression. “Pourquoi choisir ? Ici, on peut faire ce que l’on veut : du moderne, du classique” paraphrase Cobb, le névrosé personnage interprété par un DiCaprio apparemment épuisé d’avoir essuyé le même portrait que Shutter Island. Celui-ci relâche d’ailleurs la pression – chose qu’il n’avait pas fait depuis un bon moment. Il faut dire qu’il n’est peut-être pas servi comme il faut, l’homme au yeux menthe pure. Bien sûr, le scénario de Nolan coule sur une base enthousiasmante, il est donc juste de saluer l’initiative des amants Nolan (sa conjointe, Emma Thomas, est productrice du film) : Inception, c’est la narration décomposée de plusieurs couches de réalité pensant ses univers spacio-temporels comme autant de ruelles d’un labyrinthe, comme autant de couches rocheuses – l’action se déroulant en quatre temps tout en restant confiné dans un seul espace “réel”. Nolan maîtrise son sujet (huit ans de réflexion, ça peut aider) et nous balade pépère entre design créé par une Ellen Page amorphe en jeune architecte frigide et l’exposition d’un “plan sans accro” digne d’un Mission : Impossible ou d’un épisode de L’Agence Tous Risques. Classe. Alors qu’est-ce qui cloche, au réveil ?
Le concept brillant trouve rapidement ses limites : le cinéaste se révèle tellement bon conteur dans la première partie que l’on se surprend à piger immédiatement le principe de rêves emboîtés (rien de sale) et du processus d’extraction, inception, extraction, inception… (image libidinale ? Nolan n’est pas Cronenberg !). Dès lors, plus de surprise, tout n’est que dégustation. Attention, le plat, n’est pas dégueulasse ; il cale son homme ! … On l’attendait juste un peu plus relevé. Car clairement, la dernière heure se décompose. Quid de la réalité ? Leo fait dodo ? Inception se joue de twists convenus pour essayer dans les derniers instants de nous zigouiller les neurones. Même pas. On pense irrémédiablement au sous-estimé eXistenZ de David Cronenberg (1999). Première influence tout de même flagrante d’une série de films SF de référence. Outre l’inévitable comparaison avec Matrix quant au fonctionnement de la machine et l’évocation du statut “connecté” (si je meurs dans la Matrice, je meurs en vrai ?”), on ira chercher du côté de Total Recall (Verhoeven, 1990) pour la confusion entre réalité et souvenirs. Or, c’est le bijou d’Alex Proyas qui nous trotte dans la tête durant le périple urbain-Lego-mégalo d’une bande de rigolos qui, pris séparément ne déclenchent pas, holy crap, de réflexion intime ou sagace. Là ou Dark City (1998) – tortueux jeu d’esprit qui voit la ville se modifier selon les impulsions de quelques bulbes malades – poussait le concept jusqu’à toucher à l’ésotérisme et au métaphysique, Nolan se contente d’un drame conjugal étonnamment bateau. Why, God, why Inception échoue là ou The Dark Knight illuminait ? Alors que le second volet de “Baleman” apportait un soin tout particulier aux personnages, calquant ainsi l’ambiance et la mise en scène sur ses marionnettes – Nolan semble ici se désintéresser de ses héros. Il les oublie très rapidement au profit du concept de “réalité”, de spirale (échappée elle-aussi de Dark City), au profit d’une histoire d’amour potiche. Pour un film censé se dérouler dans la trogne de ses protagonistes, c’est tout de même le comble de ne pas ressentir une once d’empathie.
Christopher Nolan nous aura bien endormi avec son pitch tentaculaire et ses idées visuelles renversantes. Pure démonstration technique – dans sa prodigieuse construction physique et mathématique de l’esprit humain – Inception est la représentation emphatique de son créateur : un pur esthète de l’image qui cherche sans cesse à faire le lien entre le propos d’un film – malheureusement sans enjeu dramatique – et le 7e Art. Visuellement, impressionnante fantasmagorie, Inception écrase d’une titanesque ambition toutes les “productions à suites” frileuses du moment mais oublie ses personnages sur le trottoir, perd l’émotion en route. Batman Begins excepté, voici sans doute le travail le moins intéressant de la filmographie étourdissante du cinéaste prodige… Haut les cœurs ! Fermons les yeux, comptons les moutons qui suivront logiquement la tentative originale de Chris… Ils auront probablement raison. Quant à nous, arithmétiquement, une pluie de chauve-souris hante toujours nos songes.










Critique en tous points correcte. Nolan sublime l’image en noyant son poisson dans une eau d’une clarté étonnante. Nous on préfère la noirceur et les scénarios stratifiés du Chevalier Capé.
Et je réitère les références à eXistenZ, Matric ou Dark City. Malgré tout, le film reste bien au-dessus du lot commun. Mais venant de Nolan, on attend désormais la perfection. A venir donc…
On voit très bien que la toupie va s’arrêter.
faux, c’est fait exprès pour le suspens
Il faut arreter avec la toupie ou pas toupie, le totem reste sa bague….
En même temps, l’image avec les enfants (mais qui ne se retournaient pas) il l’a déjà vue 7 ou 8 fois pendant ses rêves… s’il était dans la réalité, la rencontre serait forcément différente. Des rêves prémonitoire à ce point-là , c’est un peu gros quand même.
Autre chose, on nous explique dans le film qu’une des caractéristiques propre au rêve, c’est le passage d’un lieu à un autre, directement… or la scène est très « liée », de l’aéroport à la maison de Cobb.
Je reverrai le film en DVD dès que possible, mais je suis à peu près persuadée que cette dernière scène contient d’autres indices qu’il s’agit d’un rêve, comme un clin d’oeil du cinéaste nous faisant vérifier la leçon qu’il vient de nous donner pendant deux heures…
Du coup je considère, jusqu’à plus ample informé, qu’il nous a bien donné « sa version » à la fin, à charge simplement pour nous de la décrypter… sa version, mais aucune explication bien sûr.
En tout cas j’ai bien aimé… ça m’a donné envie de recommencer à m’entraîner au rêve lucide, qui est un truc assez marrant (mais dur à obtenir – et à conserver, parce qu’il faut rester assez concentré sur son objectif). Il y a des techniques connues, sans danger ni drogues, qui permettent de prendre plus ou moins conscience qu’on est en train de rêver (et donc par exemple de s’envoler, etc.)
Je trouve ta critique bien severe. Effectivement les inspirations sont evidentes, les references communes aàƒâ€šà‚ plusieurs films de SF, mais au-dela d’une sensation de longueur, Nolan n’a pas reussi a me decrocher. Son scenario est haletant au possible, les effets speciaux ne sont justement pas gratuits comme dans bon nombre de blockbusters americains et malgre l’imbrication des histoires, Nolan ne nous perd pas. Magistral en ce qui me concerne et je trouve toujours admirable que des ecrivains, scenaristes, conteurs puissent ecrire ce genre d’histoires que peu d’entre nous ne seraient capables d’ecrire. Et juste pour ca, je suis impressionne.
Premier passage sur ce site et j’avoue être bluffé par la qualité des critiques comme des commentaires. Chapeau.
Je suis toutefois de l’avis de Bruno (par exemple), ce Nolan approche la perfection et vous semblez perdre un peu de discernement à chercher la noirceur de Batman (voire memento).
Le vrai tour de force, et le paradoxe de l’époque, n’est-il pas de réaliser (encore) de si bon films avec autant d’argent et de pression ? Après si on veut pinailler : scène o๠DiCaprio raconte comment il a « enfermé » Cotillard dans le rêve (plan sur la toupie dans le coffre) peut-être un peu trop accelérée. Quant aux personnages, on ne peut dire que l’on s’y « attache » pour autant ils se complètent bien et la révélation qu’est Joseph Gordon-Levitt est un pur bonheur qui laisse sur place les Hommes-en-Noir de Matrix (eux bien froids et superficiels).
A ceux qui ne l’auraient pas vu, je conseille ce film.
Bravo àƒÆ’à‚ Nolan : non seulement le film est bon mais il nous fera chercher un temps certain pour arriver àƒÆ’à‚ capter toute l’àƒÂ©tendue de ses profondeurs. A savourer en tant que tel et sans comparaison.
Personnellement ce film ne m’a pas ennuyé du tout, mais il ne m’a pas transporté non plus.
J’aurais tendance à croire que le film se termine dans un rêve, mais alors que reste-t-il de réel ?..
La toupie tombe ou pas ?.. Ce qui me frappe c’est que DiCaprio « choisit » de ne pas s’en préoccuper, alors que durant tout le film la première chose qu’il fait en se réveillant c’est faire le test, anxieux. Il choisit soit de croire qu’il est dans la réalité, soit d’accepter qu’il est dans un rêve.
Pour moi cela raisonne avec la fin de Memonto, Guy Pearce se réinvente une vie fictive.
Ce film est excellent, le meilleur que j’ai vu depuis longtemps. Il faudrait que je le revois, mais ne dit-il pas que sa femme faisait tourner tout le temps la toupie, et non qu’elle tournait toute seule ? Auquel cas, la fin serait réelle et la toupie « animée par l’esprit de sa femme » ???? Je trouve aussi très étrange que ses enfants soient inchangés….
Sans rentrer dans aucun débat, comme j’ai beaucoup aimé, j’ai fini par lire tout et son contraire. J’aime beaucoup le mot « Dégustation » que vous utilisez car c’est exactement ce que j’ai fait pendant 2h30.
Histoire de prolonger un peu le rêve, et le voyage pourquoi pas, je viens de dégoter cet article : http://www.tripteaser.fr/blog/les-l...
Ps : Natalia, les enfants ont changé (il faut que tu revoies le générique !)
ké trol OPi !
suis sur il a meme pos vu le film. no life va !!! s’toi la toupie !
Memonto ???? pfffff c Memento, apprends à écrire
J ai enfin vu le film, et j ai trouve en lui une magnifique ode au processus creatif (plus que sur le principe du reve) ; pour moi, Christopher Nolan s est pose devant une feuille de papier, ne trouvant pas l inspiration se sera demande comment une idee apparait, et en fouillant cet aspect aura trouve l essence de son film. J accroche. Visuellement, ce film impressionne. Malgre les limites des FX, il arrive a nous concocter un monde qu il modifie dans d importantes proportions ; pas autant que dans Perfect Blue, mais l animation permet de realiser certaines prouesses. La oàƒÆ’à‚¹ se situe un veritable probleme, c est que le realisateur privilegie l action et les scenes impressionnantes au detriment, parfois, de son excellent concept de base, et sa gestion du temps d un « niveau » a l autre change sans cesse juste parce qu il en a besoin pour obtenir les scenes qu ils souhaitent ; je trouve cela particulierement visible avec le combat dans le couloir tournant, celui-ci bougeant anormalement vite par rapport aux evenements du niveau superieur… Surtout, certains m avaient vendu un scenario « parfait », ce qui est loin d etre le cas. Les fans les plus extremes te trouveront probablement toujours des explications – se basant sur le dyptique reel/irreel – aux points litigieux du scenario, mais pour moi, cela revient a voir plus loin que les idees de Nolan, et surtout de justifier ses erreurs. Quant a la derniere scene, je considere que le coup de la toupie n est qu une technique fourbe de Nolan pour nous obliger a nous demander si la toupie tombe ou pas. Reponse : le realisateur lui-meme n en a aucune idee, ce n est qu un principe totalement artificiel pour ajouter a son film une profondeur qu il n a pas forcement. Il ne faut pas tomber dans le piege.
Je fais des reproches, mais j ai tout de meme apprecie. Beaucoup de sequences impressionnantes, un bon concept de base (malheureusement pas toujours bien utilise), j ai passe un bon moment de cinema. Mais pas au point de le placer 3eme au top IMDB.
C’est un film que j’attendais depuis que j’en avais entendu parler pour la première fois. Non seulement car Nolan est un (si ce n’est le meilleur) excellent réalisateur, mais aussi car le sujet est universel. La signification des rêves, leur utilisation, leur manipulation. Et lorsque je suis allé le voir au cinéma, j’ai pris mon pied comme jamais auparavant. Toute l’équipe nous offre avec Inception 2h22 de pur bonheur visuel, scénaristique, et survitaminé. Quid de l’histoire d’amour ? Elle n’est pas désuète ni inutile, et permet justement d’apporter la légèreté et la simplicité nécessaires à la bonne digestion du long métrage par le grand public, du moins d’après moi. Non, rien n’a été laissé ni fait au hasard dans ce film (comme c’est le cas de tous les Nolan), qui ouvre la porte du 7è art vers de nouveaux horizons. J’ai juste une hâte folle de savourer les films dont il nous fera cadeau dans les prochaines années.