Critique

Un film de Clint Eastwood est toujours un événement. Au fil d’une filmographie comportant nombre de chefs d’œuvres (Bird, Impitoyable, Mystic River, Million Dollar Baby…), l’éternel interprète de L’Inspecteur Harry s’est, en effet, imposé comme l’un des plus grands réalisateurs américains. Attendu par des hordes de cinéphiles, Gran Torino, dernier film de Clint Eastwood en tant qu’acteur, se devait donc de clore la carrière (d’acteur) de ce monstre sacré de la plus belle des manières. Consacré à l’unanimité (ou presque) par la presse comme l’un de ses plus grands films, Gran Torino est un drame poignant qui se pose sous bien des aspects en un film testament…

Vendu comme un vigilante movie bien old school (entre pose iconique d’un Eastwood tenant un fusil sur les affiches et bande annonce laissant présager de violents affrontements), Gran Torino navigue plutôt en réalité entre comédie et drame. Si la prestation d’Eastwood (grognements, mâchoires serrées et autres insultes) en vieux raciste réac est tout simplement hilarante, elle se veut également une véritable mise en abîme de la carrière d’acteur d’Eastwood qui, avec le personnage de Kowalski, se joue de son image et des figures de justiciers qu’il a interprétées auparavant. Mais, comme toujours avec le réalisateur, que ce soit sous les apparats du film policier, du western ou, dans ce cas, du vigilante movie, c’est avant tout le drame humain qui l’intéresse. Ainsi, Kowalski, pur produit WASP des années 50/60, est complètement perdu dans cette nouvelle Amérique multi culturelle aux valeurs qu’il ne reconnaît pas.

Mais l’évolution des USA et de ses valeurs est loin d’être le seul thème du film. Politiquement incorrect, Eastwood se joue des conventions et met en exergue le racisme latent, les relations tendues entre les différents groupes ethniques et leur difficile cohabitation. Le réalisateur tire à boulets rouges sur l’éducation et le manque de repères de la nouvelle génération, responsable selon lui d’une grande partie des maux de son pays. Gran Torino est également une magnifique réflexion sur la vieillesse, sur la quête de sens et de rédemption d’un homme à l’aune de sa vie. Impossible, donc, de ne pas effectuer de parallèle entre la carrière de l’acteur/réalisateur et le personnage principal, homme d’un autre temps devenant un héros malgré lui et s’interrogeant sur sa fin, son utilité et ses valeurs.

Sur un scénario d’apparence très simple, Eastwood réalise un film à l’humanité confondante, où la beauté de la mise en scène fait écho à la qualité de l’écriture. L’acteur mythique se permet même de mettre un terme à sa carrière en déjouant totalement les attentes du spectateur. Du très grand art malheureusement desservi par un casting pas toujours à la hauteur de la légende vivante et massacré par une version française abominable ! Vous pouvez néanmoins partir tranquille monsieur Eastwood, votre dernier film en tant qu’acteur est un violent coup de poignard en plein coeur…


A propos de l'auteur

Alex
Biberonné à l'animation japonaise et l'actionner 80's, Alex a passé son adolescence le nez plongé dans les comics Marvel et les yeux rivés sur les péloches horrifiques et fantastiques. Exigeant, souvent vulgaire, il navigue, depuis, entre les genres et ne prend plaisir qu'en aiguisant violemment sa plume tout en se roulant nu dans sa collection de figurines et DVD/BR...