Critique

Les tresses et les culottes de poils, enfin tendances cet hiver ! McT, réalisateur du sous-estimé 13e Guerrier doit être comblé : les Vikings reviennent en force au cinéma. Et le fumet de phoque dépecé qui s’échappe de ces productions n’a jamais senti aussi bon. Après le nébuleux Valhalla Rising, Le Guerrier Silencieux et en attendant le nouveau Mel Gibson, Dreamworks pose son film d’animation derrière les enceintes rongées d’un village scandinave. Histoire de coller avec les standards du divertissement tout public – Alex me laisse l’honneur de la chronique : on ne verra nul membre broyé par un marteau de guerre – un évènement fantastique vient bousculer le quotidien des marins tueurs d’anglais. Inutile de faire durer le suspens plus longtemps en dépit d’une surprise bien gardée par le titre : aussi incroyable que cela puisse paraitre, les Dragons seront au cœur de Dragons. Comédie familiale puisée dans le bouquin de Cressida Cowell (2003), la dernière création de Chris Sanders et Dean DeBlois, papas de Lilo et Stitch, use de la 3D pour nous faire marrer et nous tirer une larmichette au passage. Hot in here ! Tout naturel : à Geek Culture, pour tout ce qui concerne les douces créatures dotées d’une queue et de longs ongles, on ne fait point la fine bouche.

Dragons, comme souvent, c’est d’abord un livre pour enfant. Une fable dans laquelle Cressida Cowell explique aux enfants comment dresser un postilloneur de feu (How To Train Your Dragon en V.O.). Dreamworks et les réal’-scénaristes s’en inspirent dans les grandes lignes pour l’enrichir d’un bestiaire largement plus conséquent et d’un contenu vachement plus dans l’air du temps : la tolérance. On peut volontiers avouer, sans trop risquer l’anachronisme, que les Vikings ne sont pas entrés dans l’histoire pour la finesse de leur talents diplomatiques. Les voilà ici, combattant les bestioles affamées sans chercher à découvrir la raison de leurs intrusions. La compréhension de l’autre, le domptage de l’étranger fait partie du coeur (de dragon) du film d’animation. Enveloppé dans un chiasme, Dragons crache une double épreuve de découverte mutuelle, d’affrontement culturel et générationnel : entre la bête et le jeune garçon (Jay Baruchel, Tonnerre sous les Tropiques), entre celui-ci et la figure paternelle (Gerald Butler, 300). Ce dernier, chef du village caricatural à la progéniture frêle et geek avant l’heure, commet une double erreur : mal connaître un ennemi qui n’en est pas un, « la Furie », réputé le plus dangereux des reptiles ; qui se révèle par la suite et grâce à Hiccup (Harold), le héros, juste un gros chat ailé avec un sérieux penchant pour le fire fart. Apprendre la différence aux gamins, ça ne fait pas de mal.

Animal central du film, le surnommé Krokmol (Toothless), un dragon agile et intelligent mais privé de gouvernail naturel à cause d’une blessure à la queue (ouch!), frappe fort dans le pathos, le quadrupède se découvrant violemment émouvant au contact du jeune homme. Les meilleurs scènes du film résident donc sans nul doute dans cette phase de gestes fébriles et de domptage. A l’instar d’un bon gros Sauvez Willy ou d’un classique Croc-Blanc, Dragons raconte avant tout une l’amitié muette, pure et directe. Parfois cruelle et terrible… Mais souvent ébranlant. Magnifiés par des séquences aériennes de haut vol, les premiers voyages à dos de lézard font passer les ballades d’Avatar pour un décollage de perdrix. Pas forcément appuyées par la 3D relief légitime mais pas indispensable, les escapades grisantes font oublier cette foutue pesanteur au profit d’un sentiment de liberté agréable et exutoire. Ça donnerait presque envie de lâcher une larme. Ce que votre serviteur n’a évidemment pas failli faire à quatre reprises… Snif.

Bon, chipotons – sinon notre image de marque en prendrait un coup, rappelons-le : nous sommes de viles ordures, précisons que si une relation d’amitié entre un enfant et un gros bestiaux ne vous touche pas (1), Dragons n’offrira probablement rien pour combler votre monstrueux appétit de guerrier nordique. A quelques jouissives exceptions près (clin d’œil sur le sexe, le passage à l’âge adulte), le long-métrage tape moins dans le subversif permanent qu’un gros Shrek – du même studio – ou qu’un Wall-E de Pixar ; même si les derniers instants promettent un sursaut scénaristique fort original, par conséquent tout à fait surprenant de la part d’un dessin animé. De plus, le détachement et le ton plutôt adulte du casual est renforcé par un casting vocal hétéroclite nerdy ; à commencer par les geeks Jonah Hill et Christopher Mintz-Plasse de SuperGrave, l’Ugly Betty America Ferrera ou Kristen Wiig d’Adventureland.

Adepte des montures peu farouches, tendez l’oreille ! Sans prétention et avec un classicisme assumé (scénario, design), Dragons tire tout de même son épingle du jeu 3D. Sans jamais casser le rythme humoristique – indissociable au genre, sans se perdre dans la morale sous-jacente, le film de Sanders et DeBlois se permet quelques séquences planantes, tendres dont on a rarement senti la sensibilité dans un conte calibré « trois ans et plus ». Avec simplicité et une réalisation sans éclat, il dépeint une relation Homme-animal bouleversante – mais pas seulement à destination du public d’Alexandra Ledermann DS – pour ensuite déployer quelques séquences de voltige à fort potentiel épique. On ne l’attendait pas, et surtout pas aussi flambant, Dragons prouve que sobriété rime parfois avec réussite.

(1) Bien relire cette phrase avant de poursuivre GeekCulture en justice.


A propos de l'auteur

Pan
Torché à la littérature fantastique, Pan est un animal mystique voire pervers. Il se réfugie très tôt dans la jungle vidéo-ludique puis le cinéma. Journaliste vaporeux, Pan lit toujours mais toujours un peu moins de fantastique, feuillete pas mal de BD, se désocialise faute aux séries TV. Il ne peux s’empêcher de citer quelques noms dont la simple évocation illumine son regard de Carlin : R. Matheson, J. Depp, W. Anderson, A. Moore, S. Raimi, V. Price, T. Gilliam, S. Carrell, G. Orwell, N. Gaiman, P.T. Anderson, G. del Toro, TMNT (et alors ?), R. Bradbury, Farrelly Brothers, H.G. Wells, The Monty Pythons, T. Pratchett, E. A. Poe, S.Spielberg, C. D. Simak, etc. Pan, un être cohérent.