Critique

Guy Ritchie. Si l’on se plaisait à railler dans ces pages le réalisateur de Snatch, Revolver ou RocknRolla, c’est parce que l’Anglais sait tendre la perche. Masquant sa mise en scène derrière des effets de styles redondants et une thématique proche des parades nuptiales de l’homo erectus, Ritchie aime aussi montrer – de préférence au ralenti – de beaux corps masculins musculeux luisants de sueur… alors que paradoxalement ou pas l’ex de Madonna (qui, rappelons-le, ressemble sous stéroïdes de plus en plus à un jeune ephèbe – pénis en option) est décrit par ses proches comme un homophobe primaire ! Ben tiens. Brad Pitt ou Toby kebbell, secs comme un coup de trique bandaient déjà comme des taureaux leurs pec’ dans sa filmo’ esbroufeuse. Foutez un sex-symbol viril devant la caméra de Ritchie, il vous le désape abracadabra. A l’instar – parce que oui, revenons-en à nos moutons – de Robert Downey Jr., alter ego anachronique d’un Sherlock camé pratiquant torse-poil le Ju-Jitsu en zieutant déjà avec appétit un Watson à la limite du mariage-couverture. Andrea Plunket, pique-assiette se réclamant (à tort) les droits de la série de Conan Doyle avait d’ailleurs à l’époque tapé du poing sur la table : “si tu continues à faire passer ma vache-à-lait et son moustachu de sidekick pour de grosses tarlouses, tu peux te foutre la licence au cul”. Ca n’a pas refroidi Guytou. Bien au contraire, le coquin. Du coup, Sherlock Holmes 2 : Jeu d’Ombres, sous ses atours de copié/collé louder s’avance tel : A/un cri d’amour lourdaud déculpabilisant à l’homosexualité masculine ; B/ une blague potache et un détournement je-m’en-foutiste du légendaire duo de Sir Arthur. Faites vos jeux (d’ombres, hein, bien sûr).

La ballade de Gay Ritchie

Que les fans du plus célèbre détective du monde passent leur chemin. Ils pourront davantage se tourner vers l’excellente version télévisée de Gatiss et Moffat avec Cumberbatch et Freeman. Comme précédemment asséné dans notre critique du premier volet introductif, la licence cinématographique détourne volontiers le matériau d’origine et s’inscrit dans le style du réalisateur alloué : focalisé sur la frime, une rythmique de dialogues vaudevillesque, un humour beauf-beauf, la stylisation des caractéristiques mentales (Holmes analyse la scène à l’aide d’une mémoire visuelle surhumaine) et physique (il organise en slow motion méticuleusement l’enchaînement de coups à porter à la manière, par exemple, d’un Splinter Cell ; l’ex-soldat Watson est un sacré sniper). Ce Sherlock Holmes 2 : Jeu d’Ombres dilue sur deux heures de vide aménagé la recette du précédent opus. Plus de lieux visités (Paris, Genève, Strasbourg,…), plus de personnages, plus de gunfights, plus d’explosions… Plus d’incompréhension, aussi, pour un scénario qui complique inutilement l’intrigue, s’obligeant à la rendre impalpable sous prétexte de la bataille intellectuelle de deux génies dont celui du mal, Moriarty. Ennemi juré de Holmes dans la série littéraire, censé crever avec Sherlock dans Le Dernier Problème, le Prof est campé par un Jared Harris (Mad Men) dont la finesse a du mal à transparaître ici. On imagine les scénaristes Mulroney jouer avec les personnages comme un gosse s’amuse avec son Monsieur (ou Madame) Patate : ils conservent beaucoup d’éléments du bouquin comme le clin d’oeil à La Dynamique d’un Astéroïde ou le fait que Watson croise une seule fois le bad guy, lors du climax, pour reporter comme il peut les derniers instants de Holmes ; de même, et sans trop spoiler, Mulroney & Mulroney (Paper Man) jonglent (hahaha) lors des derniers plans avec la demande des lecteurs à l’époque frustrés de voir disparaître leur héros. Bien vu. Mais pas sûr de lâcher une larme.

Le coming-out de Gay Ritchie

Visuellement, s’il faut saluer l’ambiance aseptisée carte postale du XIXe siècle – pas dégueu’, nous sommes en terrain connu : mouvements lourdauds, cuts incessants, etc. Les ralentis, peu nombreux finalement, sont relativement bien foutus… Exceptée l’improbable séquence de fusillade dans la forêt, interminable bouillie blindée de CGI baveux. Nous n’allons pas épiloguer sur le statut de potiche de Noomie Rapace (elle est charmante, hein, mais bon…), le jeu figuratif et attendu de Bob junior, l’indolence du bousin simple couvert d’enchaînement de scènes d’action amusantes mais sans âmes. Non, non. Ce qui nous a plu et fait nous gausser, c’est bien le point de vue adopté en prologue, martelé avec la conviction du chantier des Village People : Holmes et Watson, Watson et Holmes. Jeu d’Ombres est bien la confirmation de la volonté de Ritchie de proposer une relation bien plus qu’amicale entre les deux compères. Regards, positions aussi subtiles qu’un boulard (Sherly grimé comme une femme se retrouve pris en missionnaire par un Watson grimaçant) sans compter sur la dépression pré et post mariage du Docteur et son compère. Si la fin est pas mal foutue, sorte de chant du cygne sodomite, le traitement de leur potentielle attirance (c’est vrai, après tout, pourquoi pas ?) parasite presque un récit qui aurait mérité quelques coupes. Genre trente minutes. Le reste, Alex et votre serviteur l’auraient goulûment apprécié uncensored en director’s cut.

Deuxième shot des galipettes uranistes du Baker Street fighter de Guy Ritchie ; on conserve l’esprit et on injecte une bonne dose de Dollars en sus. Résultat : les amateurs du premiers épisodes prendront leur panard (kikoo lol, Robert Downey Jr. se déguise en femme), les détracteurs pesteront à raison contre l’intangibilité d’un scénario absolument débile et les pisse-froid – nous, hein – n’y verront rien d’autre qu’un blockbuster faussement british, vraiment con, pas drôle pour un shilling, parfois très moche mais malgré tout pas déplaisant et joyeusement bordélique pour peu de s’amuser des énormes fautes de goûts de Ritchie et de son indécrottable dada qu’est d’animer l’amitié masculine entre deux ralentis et suggestions homosexuelles. Se pose la question à laquelle on croît connaître la réponse : soit Guy Ritchie, homophobe comme pas deux, a volontairement détourné les persos de Doyle en les targuant d’une relation ambiguë ; dans ce cas, c’est limite scandaleux. Soit tout cela n’est issu que la l’imagination de votre serviteur. auquel cas, et vu la réputation de l’ami Gay, c’est très drôle. Bref, si l’on peut dire, Sherlock Holmes 2 : Jeu d’Ombres nous en touche une sans faire bouger l’autre. “C’est pas désagréable” se surprend-on à penser…


A propos de l'auteur

Pan
Torché à la littérature fantastique, Pan est un animal mystique voire pervers. Il se réfugie très tôt dans la jungle vidéo-ludique puis le cinéma. Journaliste vaporeux, Pan lit toujours mais toujours un peu moins de fantastique, feuillete pas mal de BD, se désocialise faute aux séries TV. Il ne peux s’empêcher de citer quelques noms dont la simple évocation illumine son regard de Carlin : R. Matheson, J. Depp, W. Anderson, A. Moore, S. Raimi, V. Price, T. Gilliam, S. Carrell, G. Orwell, N. Gaiman, P.T. Anderson, G. del Toro, TMNT (et alors ?), R. Bradbury, Farrelly Brothers, H.G. Wells, The Monty Pythons, T. Pratchett, E. A. Poe, S.Spielberg, C. D. Simak, etc. Pan, un être cohérent.