Critique
Réalisateur de l’excellent 28 semaines plus tard, Juan Carlos Fresnadillo s’est fait un nom en enterrant joyeusement et avec la manière le premier volet, pourtant très sympa, du tryptique (28 mois est toujours dans les tuyaux) zombiesque de Danny Boyle et Alex Garland. Un succès qui lui vaut d’être rapidement courtisé par les sirènes hollywoodiennes. Un temps sur l’adaptation de Bioshock (à laquelle il semble toujours lié d’ailleurs, mais les studios ne se pressent pas au portillon pour filer des ronds à un Gore Verbinsky – producteur sur ce coup – bien décidé à écoper d’un classement “R”) dernièrement sur le reboot de The Crow (bon là par contre, c’est mort, il a plié bagage en octobre), l’espagnol a bien dû s’occuper (et bouffer) et, en attendant le voyage à Rapture, s’est naturellement tourné vers Intruders, film basé sur une idée originale de… lui-même (la classe, et puis ça change des remakes, reboots, prequelles, etc.) mais adaptée par Nicolás Casariego et Jaime Marqués. Une prod’ hispanique tournée dans la langue de Shakespeare avec un cast pas piqué des hannetons : Clive Owen (Les fils de l’homme), Carice Van Houten (Black Book, Black Death) ou encore Daniel Brühl (Inglorious Basterds). Un pitch mi intriguant, des acteurs solides, un réal prometteur, y’a pas à dire Geek Culture y croyait. Enfin Pan surtout. Et Intruders remplit son contrat. A condition de ne pas avoir maté de fantastique depuis 20 piges par contre. Parce que sinon ça risque seulement de t’en secouer une sans décoller l’autre du siège.
Les bons contes font les bons amis
Plombé par un twist largement éventé par la bande annonce (bravo les mecs) ou bien même par le synopsis pour les plus attentifs, on ne peut pas vraiment dire qu’Intruders tape dans l’originalité. Car, même sans rien savoir du métrage (votre serviteur se rendant à la projection sur l’unique présence de Fresnadillo derrière cette prod à 13 millions de $ par exemple), faudra quand même y mettre de la mauvaise volonté pour ne pas piger de quoi il retourne et quel est le lien – au-delà du monstre encapuchonné – unissant les deux intrigues. En appliquant une dichotomie spatiale à une structure finalement très linéaire (c’est plus balisé qu’une piste d’atterrissage à Roissy) en trois actes, Casariego et Marqués cherchent ostensiblement à la jouer remue-méninges. Sauf que ce matériel alambiqué, faussement intelligent, écrit à 4 mains, déjà vu en mieux 10 fois au bas mot, n’a pas vraiment les moyens de son ambition roublarde (c’est fondu d’incohérences) et, au mieux, peut seulement espérer surprendre le public sénile de Scènes de ménages. Heureusement, Fresnadillo, sans renouer avec le savoir-faire de son 28 semaines, torche un truc plutôt correct, très classique dans sa facture, en même temps qu’il s’amuse avec les peurs enfantines (l’obscurité notamment). Pas de jump scare foireux, une caméra portée employée avec parcimonie (léger scorie de son précédent), et une véritable habileté à créer des scènes de flippe avec que dalle sinon une gestion de l’espace appliquée et une lumière intéressante. A part ça, Clive est pas mal, Brühl à chier et on voit les boobs de Carice. C’est toujours un plaisir. Aussi, en dépit de sérieux problèmes d’écriture, le tout aurait même pu se laisser suivre sans trop de mal un dimanche après-midi à la téloche si les deux scénaristes n’avaient pas cherché à sans cesse replacer leur intrigue sur le terrain de la psychologie de comptoir, alourdissant le propos tout en jettant l’opprobre sur l’imaginaire. Et ça c’est moche. C’est même un coup à nous énerver Fabien.
Conte à rebours
Le concept introduisant Intruders est pourtant loin d’être dénué d’intérêt : les contes inventés par/pour nos (charmantes) têtes blondes prennent vie et viennent les taquiner. Sauf que tout se délitte très vite. Alors que Le Labyrinthe de Pan ou même récemment Sucker Punch (mêmes si les deux métrages diffèrent totalement de par leur approche et leur sensibilité) ont porté l’imaginaire au pinacle, les personnages s’émancipant et s’affranchissant du poids du réel grâce à l’imaginaire, Intruders s’acharne à ne le traiter que sous l’angle d’un symptôme, reléguant son rôle dans la construction de l’enfant et de l’humain en règle générale au rang de maladie psychologique qu’il faut soigner. Bah mes cochons… Grosso merdo, les histoires racontées à vos mômes pour les protéger peuvent les tuer. Le seul moyen de les soigner c’est de dire la vérité aux morpions quand bien il faut avouer à votre fils unique qu’il est une engeance de connard qui a essayé de dézinguer maman. Jamais l’un des deux chiards ne sera amené à affronter ses peurs, à prendre ses responsabilités, à maitriser son imaginaire. Non, le salut ne pourra exister sans une aide extérieure (une psychologue pour enfants notamment) tangible. On a connu traitement plus subtile…
Pas grand chose à dire de ce Intruders. C’est pas bien écrit, prévisible, pas trop mal shooté, bourré de clichetons, con-con et, sous ses accents de pseudo modernité, complètement rétrograde quant à sa conception de l’imaginaire. Mais y’a carrément pire et on sort simplement de la salle avec l’impression d’avoir claqué 1h40 de vie. Et 10 boules. Voilà voilà.









