Critique
Devenu l’incarnation de la révolution, Ernesto « Che » Guevara, fut un personnage complexe, bien loin de l’image idéalisée ancrée dans une grande partie de l’inconscient collectif. Si Walter Salles s’était intéressé à la jeunesse de ce médecin argentin dans l’intéressant Carnets de Voyage, Soderbergh (Erin Brockovich, Ocean Eleven…) préfère, quant à lui, revenir sur la conquête de Cuba puis sur l’exil bolivien du Che. Scindée malheureusement en deux parties pour l’exploitation salles, cette œuvre de plus de quatre heures n’en restait pas moins alléchante tant la vie de cette icône révolutionnaire s’avère passionnante et présente des aspects troublants et ambigus. Mais, le biopic est un genre compliqué et rares sont les réalisateurs relevant la tâche avec brio (Michael Mann, Tim Burton…), et avec le diptyque Che, Soderbergh, réalisateur pourtant oscarisé avec Traffic, prouve qu’il ne fait clairement pas partie de ces derniers…
Récompensé à Cannes, Benicio Del Toro porte le film sur ses épaules et incarne à la perfection cet homme physiquement fragile mais idéologiquement jusqu’au boutiste. Les seconds rôles ne sont, par ailleurs, pas en reste, les interprétations de Demian Bichir et Rodrigo Santoro (respectivement Fidel et Raul Castro) s’avérant réellement troublantes de véracité. Mais l’excellente interprétation ne suffit pas à sauver cette œuvre très attendue de la médiocrité. Adaptant une narration non linéaire, Soderbergh suppose une certaine connaissance de la révolution cubaine et de l’Histoire de l’Amérique latine en générale de la part du spectateur, et rate, ainsi, clairement sa cible : mettre en lumière un pan de l’Histoire contemporaine (de façon accessible) via l’une de ses figures les plus emblématiques.
Mais, au-delà de cette narration éclatée difficile d’accès pour le spectateur ne possédant pas les références historiques nécessaires, c’est bien en termes de mise en scène que cette première partie sombre totalement. En effet, utilisant la caméra à l’épaule et les séquences noir et blanc mal cadrées afin d’accentuer l’aspect documentaire du film, Soderbergh saborde totalement la lisibilité de son métrage (ou quand la volonté de véracité annihile toute ambition formelle…). Privilégiant le naturalisme au spectaculaire, choix artistique loin d’être condamnable en soi, Che souffre d’un total manque de rythme et s’avère très ennuyant. Anti-spectaculaire au possible alors que les affrontements entre guérilleros et membres de l’armée de Batista laissaient envisager des séquences brutales et sanglantes, chaque scène d’action (à la gestion de l’espace complètement inexistante) est désamorcée par l’utilisation d’une voix off envahissante.
Mais cet échec formel s’accompagne également d’un traitement très moyen sur le fond. Idéalisé à outrance, le Che est un révolutionnaire parfait qui tout au plus condamnera à mort des traitres assassins et violeurs. On est très loin du biopic critique et approfondi auquel on pouvait s’attendre, le film ne s’éloignant jamais de l’effigie lisse et idéologiquement inattaquable imprimée sur les t-shirts. Grande déception, cette première partie, qui ne possède ni début ni fin, n’est sauvée que par sa brillante interprétation, sa splendide photographie et quelques séquences intéressantes. Espérons seulement, que la seconde partie apportera un contrepoint intéressant, que ce soit en termes idéologique ou de mise en scène.









