Critique

Cette chronique est sponsorisée par les Twinkies

De par sa distribution et le caractère étonnant de ce premier film de Ruben Fleischer, il est compliqué de mettre une étiquette sur Zombieland. Film de Zombie ? S’ils les undead font, par définition, le ciment et martyrs du scénario, on ne s’attarde point sur les origines de la pandémie. Road trip et fell-good movie ? La majeure partie du long-métrage prend ses marques sur la route et il y a bien Abigail Breslin, la petit Miss Sunshine. Buddy-movie ? … Woody Harrelson est un pote avéré. Teenage-Movie ? Jesse Eisenberg (Adventureland) et Emma Stone (SuperGrave) complètent le casting et infusent l’amour ado-mélancolique caractéristique et l’humour à fleur de peau. Difficile de caractériser Zombieland qui, dans un même temps est aisément définissable : Zombieland, c’est la liberté. Du plaisir en barre. Avec en fil rouge, une promesse exaucée : 1h30 de pétages de gueules de goules, dans la joie et bonne humeur. Revenant tel un écho : prendre le plaisir là où il est. Zombieland, le film qui, à la “crise”, lève bien haut son doigt. Ou ce qu’il en reste.

La pandémie zombifiante est irréfragable. D’est en ouest, la civilisation n’est plus, les cadavres jonchent le sol, les survivants ne se bousculent pas au portillon, se faisant griller les marschmallows sur des carcasses flamboyantes. On est pas bien là, détendus du gland? La cause de l’hécatombe, on s’en tape. Les morts mangent les vivants, c’est comme ça. L’important, c’est ce qu’il reste à faire. Survivre, déjà. Et Zombieland, prenant le partie des bouquins de Max Brooks (Guide de Survie en Territoire Zombie; World War Z), ouvre sur quelques règles essentielles indispensables aux êtres voulant conserver un Q.I. supérieur à 20. C’est le personnage de Columbus (on ne connaît pas son vrai nom mais qu’importe : liberté, on vous dit !), le mec un peu nerd, sympathique et ridicule – deux qualités qui vont ensemble généralement – qui nous explique les commandements basiques. Les conseils s’affichent en lettres à l’écran, distillant une mise en scène pêchue et immédiatement accrocheuse. Puis le générique balance la sauce… Cette introduction-là, mesdames et messieurs envoie du lourd. Plus poseur, tu meurs ; plus joussive tu… Bref. Enveloppée dans un ralenti aussi classe que frimeur, la distribution déboule façon powerpoint interactif tandis qu’en filigrane nous assistons à tout un panel d’attaques zombies aussi improbables qu’hétéroclites. L’écran-titre se brise en fragments de verre lorsque l’un d’eux projette une victime, un nom du casting s’effrite quand un pompier – futur décédé – arrose les lettres avant de se faire plaquer comme un rugbyman. Le ton est donné. La mort par morsure, ça assure (…). Zombieland, volontairement poussif, décalé, promet et procure un violent enthousiasme.

Zombieland, c’est la liberté. Du plaisir en barre. Avec en fil rouge, une promesse exaucée : 1h30 de pétages de gueules de goules, dans la joie et bonne humeur.

Car Zombieland, tel un jeu vidéo d’action (qui a dit Dead Rising ? ) est, en somme, un gigantesque bac-à-sable dont les terrains d’amusement sont les états américains et le point d’orgue prend forme dans un parc d’attraction-fantasme pour tueur de mort-vivant. Toutes les situations sont bonnes pour donner à voir ce que l’on attend : du zigouillage de zombie. Point barre (à mine). Plus la mort est spectaculaire, plus Zombieland marque des points. L’humour, mix entre le teenage-movie et le ton décalé d’un (bon) sitcom trouve la juste mesure grâce à l’arrivée d’une sorte de desperados en pays zombie, texan à grande-gueule, plus viril qu’une armée de rednecks issus de Hugh Jackman et Amélie Mauresmo. Fusil à canon scié en bandoulière, Woody Harrelson campe un Tallahassee évident. L’acteur cabotine à volo, parfait comme à son habitude, allant même jusqu’à devenir attachant (parfaitement, oui!) dans une scène de Monopoly chatoyant. Le duo Harrelson/Eisenberg, antithèse ambulante façon eighties, fonctionne à plein régime dès les premières notes composées sur une autoroute, sorte de partition parodique aux films de John Woo. Extra. Mais que serait un road-movie sans élan amoureux ? Génial dans Adventureland et Les Berkman se Séparent, Jesse Einseberg tente encore une fois d’emballer son opposée féminin, espèce de Bonnie Parker arnaqueuse et bad-ass mais pas insensible au seul charme qu’il reste sur cette planète. Emma Stone – à qui l’âge et le khôl n’ont pas fait de mal depuis SuperGrave – est absolument charmante sans en faire des caisses. C’est le propre de cette jeune génération d’acteurs, moins charismatique mais plus subtile et empathique dans les émotions extrêmes. Zombieland n’est pas qu’un goule-trap.

Si les quelques scènes de tendresse sont particulièrement réussies, l’action véritablement nerveuse et la tension étonnamment palpable dans les séquences-poursuite, Zombieland n’est pourtant pas exempt de défauts. Largement pardonnable – c’est un premier film, Ruben Fleischer ne parvient parfois pas à garder un rythme constant. A l’instar du final, Zombieland se déguste telle une virée en rollercoaster. Action/repos/vanne, etc. Si cette irrégularité (ou régularité excessive, au choix), n’entâche en rien le plaisir, on espère que la suite déjà prévue corrige les imperfections. Malgré tout, impossible de ne pas crier notre amour devant tant de générosité. Ce bijou d’entertainment, se permet même l’insertion hilarante et déphasée de la guest-star désormais officielle de toute production toquée. On taira le nom par souci de surprise. La cerise sur le gâteau.

Zombieland a tout compris : plutôt que distiller de la métaphore politique (Romero) ou de mâcher les codes du films de goules pour nous faire marrer (Edgar Wright – Shaun of the Dead), le film vitamine C de Ruben Fleischer se libère de toutes contraintes pour garder en vue l’objectif premier : l’entertainment à son paroxysme. Zombieland, généreux et jouissif comme un bon jeu d’arcade, ne se regarde pas la batte, totalement au service de son public, n’oubliant pas de foutre les jetons et de décharger un barillet de bonne humeur et de bon esprit sur la morosité ambiante. Un exploit. Carpe fuckin’ diem !


A propos de l'auteur

Pan
Torché à la littérature fantastique, Pan est un animal mystique voire pervers. Il se réfugie très tôt dans la jungle vidéo-ludique puis le cinéma. Journaliste vaporeux, Pan lit toujours mais toujours un peu moins de fantastique, feuillete pas mal de BD, se désocialise faute aux séries TV. Il ne peux s’empêcher de citer quelques noms dont la simple évocation illumine son regard de Carlin : R. Matheson, J. Depp, W. Anderson, A. Moore, S. Raimi, V. Price, T. Gilliam, S. Carrell, G. Orwell, N. Gaiman, P.T. Anderson, G. del Toro, TMNT (et alors ?), R. Bradbury, Farrelly Brothers, H.G. Wells, The Monty Pythons, T. Pratchett, E. A. Poe, S.Spielberg, C. D. Simak, etc. Pan, un être cohérent.