Critique
Fidèle asticoteur estival de nos zygomatiques, Judd Apatow, tel une méduse aoûtienne vient échouer sur le sable son énième buddy-movie aux allures de spin-off opportuniste. Malgré tout, c’est avec un plaisir non dissimulé, peut-être naïf, que l’on retrouve deux des personnages inaugurés dans la comédie Sans Sarah, Rien Ne Va (2008). La sympatoche bobine emplumée – et interprétée – par Jason Segel, géant au grand coeur de How I Met Your Mother, mettait en scène le hold-up de sa girlfriend par une personnification du cool, cokée et barjo. Toujours sur le coup mais cette fois seulement au plumeau, Segel fait de cet Appolon de petite vertue, véritable bombe comique nommée – judicieusement – Aldous Snow, le personnage central de American Trip. Pastiche de Brit’ star plus pop-dope que rock, dandy maniéré comme une chanteuse égyptienne, Russel Brand peut libérer son double borderline maintes fois essoré dans de nombreux sketches couillus typés Funny Or Die. Pour l’accompagner, un indémodable antagoniste mais tout aussi anti-héros tente de tenir le discours raisonnable du film, le nerd pansu Jonah Hill – un habitué de la troupe puisque présent dans toutes les réalisations Apatow (40 Ans…, En Cloque…, Funny People) et une paire de ses prod’ (SuperGrave ou Walk Hard). Placé au centre de ce second métrage du britannique Nicholas Stoller (le premier étant Sans Sarah…), Get Him To The Greek – depuis Very Bad Trip la stupide traduction francophone anglaise (!) est aux “Trip” pour un American Trip qui n’a rien de “Trip” et pas grand chose d’”American” – choisit naturellement de bâtir son récit dans le monde de la production musicale. Fais péter l’ampli, Aldy.
Clients de vulgarité polysémique et caricature pousse-crotte, servez-vous. A défaut d’un scénario à multiples dimensions et d’un rythme percutant – on déplore un Stoller éparpillé – American Trip turbine à deux forces indéniables : son pitch limpide – un fan dispose de 72h pour ramener son idole déchue au Greek Theatre de Los Angeles – et Aldous Snow, archétype qui se confond largement avec son interprète Russel Brand. Il faut dire qu’à côté de son avatar médiatique perché, maniéré et anglais jusqu’au bout des ongles, la vie du bonhomme dépasse largement la fiction. Présentateur (dé)culotté – le mec se fait jeter de MTV pour s’être déguisé en Ben Laden – comédien de scène ou acteur, Brand est licencié dès qu’il pose la Santiag et la seringue un peu trop loin du politiquement correct. Absolument brillant lors des phases comiques, on le découvre plutôt touchant alors que American Trip lui déploie un autobiographie à la limite de la confession rédemptrice. À mille lieux de son modèle original (Sans Sarah rien ne Va, écrit par Jason Segel – pour les deux du fond qui n’auraient pas suivi), la comédie joue des ponts entre Aldous Snow et son double de Russel Brand, stéréotype de rock-star without a cause. Pour contre-balancer, et après un prologue de furieux (clip à-la MTV intitulé African Child… Tout est dit), Get Him To The Greek – appelons un chat un chat – présente notre modèle d’identification en la personne de Jonah Hill. Le petit gros ubiquiste adepte des Wayfarer et du Apatow assure totalement dans son premier rôle-titre. Parfait dans la peau du stagiaire qui fonctionne à la passion plutôt qu’à l’opportunisme des grosses boîtes de disques US, Hill nous gratifie d’un jeu sans cesse sur le fil, prêt à se vautrer dans le pathos ou la paillardise sans perdre de vue l’objet principal : l’exaltation est moteur de création.
American Trip (AT) n’est pourtant pas exempt d’un manque de rigueur d’autant plus visible que les phases purement comiques rayonnent. Davantage accumulation de situations cocasses, le métrage se rapproche du film à sketches plutôt que des traditionnelles productions Apatow ou même Sans Sarah, Rien ne Va. Lorsque Stoller tente de structurer le récit, American Trip se fourvoie et laisse s’échapper la cohérence et le message pour trentenaire pourtant séduisant. Nonobstant, ne crachons pas dans l’héro : AT offre de fulgurantes gaudrioles dantesques, égratignant au passage l’industrie musicale US (génial tendre foutraque – si, si – incarné par un Puff Daddy déchaîné). Jason Segel pose un regard désabusé sur la soupe éjaculée par la radio américaine, forcé d’aller écouter de la star britannique au rabais (Aldous Snow). Cette vindicte sous-jacente nous fait rapprocher AT des critiques acides et malicieuses de Ben Stiller (Zoolander, Tonnerre Sous les Tropiques) qui adore autant qu’il conspue la machine ici aussi ridiculisée. On remarque d’ailleurs une autre similitude avec la filmo du réalisateur-acteur : la présence de vedettes dans leur propre rôle. Ainsi se succède Katy Perry (l’officielle de Russell Brand), Christina Aguilera, Pink ou même Tom Felton en comédien étouffé par son rôle du Drago Malefoy de la saga Harry Potter . Une manière déguisée de faire comprendre que l’on peut draguer la sphère médiatique sans pour autant avoir envie d’y introduire son appendice (buccale). Par défi ou vendetta. L’élément le plus symptomatique de American Trip se révèle en Rose Byrne ; l’Australienne, cantonnée aux oeuvres dramatiques (la série Damages, 28 Semaines Plus Tard, Sunshine), illumine de sensualité et de trivialité. En compagne inaccessible de Aldous Snow, Byrne affiche un contre-emploi d’une insolence sans nom. Ah, si : “bite”, “poil” et “suce”. Pouce levé, GeekCulture aime ça.
Dans sa structure académique en forme de romance débridée et choc des personnalités – classique effet miroir entre les deux protagonistes, l’un déjanté aspirant au calme, l’autre embourbé dans la routine désirant se faire griller les roustons sur un solo de Mars Volta – American Trip n’a d’à côté de la plaque que son titre racoleur. Envoyant l’un des prologues les plus fendards depuis des lustres, la comédie n’a ni la puissance comique des pointures du genre (les masterpieces estampillées Will Ferrell, les traces de pneu de Ben Stiller, etc.), ni la tendresse inhérente au buddy-movie ; mais, a contrario du héraut cool qu’il éclaire sous toutes les coutures, elle n’en a pas la prétention. Flirtant davantage avec les réalisations Apatow plutôt que ses productions, le second film de Nicholas Stoller promet une avalanche de couillonnades à défriser la toison pubienne (le threesome, la planque anale, le pétard vicelard, etc.) superbement servies par un duo d’acteur qui en a dans le slip kangourou. Haut les membres, pauvres Français avons failli passer à côté : entamer la rentrée en saccageant une chambre d’hôtel rend gueule de bois plus supportable.









