Et là, c’est le drame… Le 23 mai 2010, six saisons et cent vingt-et-un épisodes plus tard, le show SF chapeauté par J.J. Abrams et Damon Lindelof se conclut sur un controversé double-épisode aux allures de patchwork tartufe : “The End”. Quelques pleurs, vomis sur l’écran plat et descente d’organes plus tard, point de déni : il faut faire le deuil ensemble. En guise de thérapie, GeekCulture réunit autour d’une bière et d’un thé nature deux invités de choix. Une passionnée, un spécialiste des séries télévisées. Bénédicte, ambassadrice de la communauté Lostie (NdlR : fan de Lost) sur le passionnant forum Lost-Forum.fr, le journaliste Guillaume Regourd de l’excellent magazine Générique(s) et GeekCulture reviennent sur l’île, ce qu’elle fut et ce qu’elle est depuis “La Fin”.
GeekCulture : Commençons par le début. Lost et vous : une grande histoire d’amour ?
Bénédicte : Il faut préciser que je suis une spectatrice compulsive : je participe également aux communautés de Battlestar Galactica ou House. Je couvre également des événements et réalise des interviews de personnalités du petit écran. Avec Lost, j’ai été accroc dès le début ! Dès la saison 1, m’ont attiré ce style narratif très original, le développement des personnages et, bien sûr l’aspect mystérieux de l’intrigue… Avec toujours l’envie d’en savoir plus. Ainsi, cela fait cinq ans que je participe activement sur [Lost-Island.net->http://lost-island.net/] et quatre ans en tant que modératrice.
Guillaume : Mon approche de la série est relativement compliquée voire, comme beaucoup, chaotique. J’ai énormément accroché à la première saison et me suis assez vite désintéressé, me disant que ce Lost allait m’ammener nulle part. Et puis… Je me suis rendu compte que, professionnellement, c’était une erreur de passer à côté du show de ABC ; que je ne pouvais pas prétendre parler de séries sans connaître celle qui faisait vibrer tant de personnes. Alors je me suis obligé à la regarder… pour finalement en tirer du plaisir. Je me suis régalé des saisons trois à cinq. Enfin, en regardant en même temps que tout le monde, j’étais bien content de pouvoir participer aux discussions – notamment à la rédaction.
Je ne suis pas un grand fan de Lost ; cette série ne m’a jamais bluffé. La production, de même que les scénaristes Lindelof et Carlton Cuse ne m’ont jamais épaté par leur écriture…. Tu restes toujours en dehors de Lost car tu les vois écrire ! Les mêmes reproches sont valables pour des séries telles que Dexter ou Desperate Housewives : on imagine très bien les mecs se dire : « qu’est-ce qu’on va leur mettre, cette saison ? ». Alors que dans des séries de très haut niveau, comme Les Sopranos par exemple, tu ne te demandes jamais ce qu’ils vont faire : tu suis sans te poser de question, tu prends comme ça vient. Tu as toujours ce recul sur Lost, celui-là même qui t’empêche de rentrer totalement dans l’intrigue.
Bénédicte : Je ne suis pas tout à fait d’accord. Certes, dans Desperate Housewives ou Dexter, on a l’impression d’avoir le scénario sous les yeux plutôt que regarder a série elle-même mais pour Lost, je n’ai jamais eu ce sentiment. Attention, tout n’est pas parfait ; je suis passée par de nombreuses phases de déception. La fin de saison 4, j’ai failli abandonner la série car on nous abandonnait dans l’expectative d’une explication.
Guillaume : Par ailleurs, attention, je reconnais ses indéniables qualités et surtout le fait qu’elle fut, de par son ton et son ambition, importante pour le paysage audiovisuel. Elle a hissé les esprits vers le haut sur une chaîne très grand public à des horaires de grande écoute.
GeekCulture : Comment est perçue Lost chez Générique(s), au sein d’une rédaction de professionnels de la série ?
Guillaume : Lost est clairement l’une des séries préférée de la rédaction… Enfin, peut-être devrais-je employer l’imparfait ? Rires. Cette saison 6 va probablement changer la donne. Chez Générique(s), on adore les classements et Lost risque de sérieusement se casser la gueule. On a même tendance à remettre en cause l’ensemble du show, à se demander si elle a finalement été si importante que ça dans l’histoire des séries.
GeekCulture : Guillaume, tu disais tout à l’heure que Lost vivait au-delà du carcan du simple show. L’aspect comunautaire fut terriblement important pour la série…
Guillaume : On ne pourra jamais enlever à Lost l’incroyable source de débat autour de la série.
Bénédicte : C’est la raison pour laquelle je me suis rapidement inscrite sur un forum ! Lost n’est pas simplement une série que l’on regarde : il faut forcément en discuter.
GeekCulture : Des tas de blogs, sites, forums, hébergaient de véritables théoriciens, allant de l’hypothèse la plus farfelue à la plus crédible…
Bénédicte : Sur le forum, énormément de membres investissaient un temps monstrueux à discuter de la série. Lost était pratiquement devenu leur vie. Ils passaient des jours et des jours à élaborer des théories, en évoquant toutes sortes de connaisances extrêmement pointues.
GeekCulture : D’ailleurs…la fin n’a-t-elle pas été imaginée par un fan ?
Bénédicte : L’une des théories majeures était que l’île était le purgatoire… alors que c’est exactement l’inverse : à la fin de la série, on s’aperçoit que ce qui se passe sur l’île est réel ; et que le purgatoire – la salle d’attente de la mort – concerne les sideways (la réalité alternative). Ils y avaient pensé… mais pas de la bonne manière.
Guillaume : La façon dont les scénaristes l’ont imaginée…. c’était introuvable. Et je pense qu’il y avait un réel désir sadique de leur part. Sinon, de manière purement formelle, beaucoup avait déjà anticipé l’ultime plan : l’oeil qui se ferme.
Bénédicte : Oui, la série commençant par l’oeil de Jack qui s’ouvre, nombreux sont ceux qui l’espéraient en guise de joli clin d’oeil (sic). Des fans ont été jusqu’à réaliser un montage mêlant la première scène – Jack courant dans la jungle – et la dernière. C’est le même plan, celui avec la chaussure…
GeekCulture : La même chaussure ?
Bénédicte : Rires. La même chaussure.
GeekCulture : À propos de pieds, que pensez-vous du casting de Lost ?
Guillaume : Je trouve le casting assez mauvais.
Bénédicte : Rires. Je trouve qu’il y avait tout de même des comédiens de talent dans la série : Emilie de Ravin (Claire), Elisabeth Mitchell (Juliet), Dominic Monaghan (Charlie), Daniel Dae Kim (Jin-Soo)… Après, c’est vrai qu’Evangeline Lily, très bonne sur certains points (NdlR : nous sommes d’accord), manque vraiment de présence. En tant que personnage féminin principal, c’est gênant.
Guillaume : La série fait la grave erreur de ne pas exploiter les forces de son casting. La saison 6 illustre tout à fait cette idée. Lost a deux comédiens très haut dessus du lot : Michael Emerson (Benjamin Linus) et Terry O’Quinn (John Locke). La dernière saison fait carrément l’impasse sur leurs personnages ! C’est dingue de se concentrer sur les acteurs les plus mauvais – ou pas concernés ! Naveen Andrews, par exemple, passe son temps à donner des interviews dans lesquelles ils déclare que ça le fait chier de jouer dans Lost. J’ai envie de dire : « te force pas, mec ».
Bénédicte : Jusqu’à la saison 5, Sayid (Naveen Andrews) était là pour le côté punchy (NDLR : pour les quotas aussi, non ?). Il est devenu parfaitement inutile. Emerson disposait d’un personnage complexe et riche. Avoir voir fait l’impasse sur lui est abhérent et incompréhensible. Écoutez-le en interview : cet acteur adore la série et son personnage !






