Ne faut-il pas avoir du cran pour oser dévoiler au monde entier son objet de collection le plus inavouable et, dans un même temps, le plus intime. Nous ne parlerons pas d’item de forme phallique destiné au plaisir de ces demoiselles (ou messieurs) insatiables. L’objet de fanboy évoqué sur ces terres ne peut boucher aucun orifice de type humanoïde. Mais l’on s’égare.
Il est temps de crier à la face du monde la licence injustement traitée par-dessus la jambe dont les tôliers de ce site font leur maximum pour défendre son statut de série malmenée. Oui, mesdemoiselles (ou messieurs), nous allons profiter de cette nouvelle rubrique pour défendre Les Tortues Ninja.
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Il aura fallu beaucoup d’abnégation pour mener ce second Geek Item… Un peu de courage aussi. Braver la honte qui pave le chemin des mutants depuis une vingtaine d’années. Presque certain que la moitié du lectorat de GeekCulture s’est enfui, direction de plus verts paysages tant l’univers des reptiles masqués s’est attiré le dédain du public en un quart de siècle d’existence. Cela suffit. Tels des Martin Luther King pop, militons pour la reconnaissance et la (re)découverte d’une saga d’emblée étonnante mais promise très vite à l’essorage marketing et à la décadence (très) grand public. Car entre Teenage Mutant Ninja Turtles (TMNT) – remarquez la subtilité nominative du titre original – et vous, c’est une affaire partie sur de mauvaises bases.
Un peu d’histoire. Le destin n’est pas qu’une immense arnaque neuroleptique : les Tortues Ninjas sont pratiquement nées le même jour que votre humble et fébrile serviteur. On vous l’accorde : on s’en fout. Enfants du pastiche, démoulées par le cerveau beauf de Kevin Eastman et les mains à trois doigts de Peter Laird, Les Tortues Ninja est pensé comme un one-shot parodique des comic-books qui cartonnent en 1984. À savoir : Frank Miller et, particulièrement, son fameux Ronin. Le récit d’un Samouraï damné du XIIIe siècle destiné à combattre l’objet de sa condamnation au XXIe siècle. Eastman et Laird se marrent volontiers du premier degré de l’entreprise et décide de caricaturer avec le plus grand des sérieux ces fresques mégalomaniaques. Les Tortues Ninja, c’est Ronin avec une carapace. Mirage Studios dit banco pour quatre tortues de Floride transformées en humanoïdes suite à la contamination au Mutagène, un liquide bourré de radiations. Même chose pour un vieux rat errant, qui passait par là sans doute pour débusquer une soupe de reptiles avant l’heure. Le nuisible a une histoire : c’est l’ancien animal de compagnie à l’intelligence surdéveloppée d’un grand maître japonais d’arts martiaux (Hamato Yoshi). Seul, il se baptise Splinter, décide de prendre sous son aile et d’élever le quatuor de tortues mutos… Il leur apprend à chacun le ninjutsu et les nomme d’après les grands peintres de la Renaissance : Leonardo, Raphaël, Donatello et Michelangelo. Bien sûr, le comics originel singe l’ultra-violence des Miller’s like et blinde de références-à-la-con leur récit (la Marvel se prend quelques taquets). Nous vous conseillons de vous procurer le comic-book import scénarisé par Eastman et, surtout, crayonné par le très inspiré Laird.
Ces derniers géniteurs, bien décidés à se faire du pognon tant qu’ils le peuvent, vendront plus tard leur bébés au plus offrant et prostitueront la série hautement enthousiasmante (les arcs narratifs ne manquent pas – v. la relation fraternelle des Tortues, leur manque de repères sociaux et la terrible condition de leur espèce unique), huilant l’horrible engrenage : infantilisation jusqu’à réduire un formidable pitch en une avalanche de dessins animés (assez varié pour plaire aux plus jeunes), OAV, longs métrages foireux (quoique le premier opus lance de belles pistes), jeux vidéo (TMNT IV : Turtles in Time sur SNES déglingue), crossovers et mille produits dérivés…
Outre moults déclinaisons plastocs Bandaï, l’illustre NECA (National Entertainment Collectibles Association), machinerie US de goodies, a eu la bonne idée de sortir à un prix raisonnable une collection plutôt recommandable puisque s’inspirant du design original de la série des eighties : les couleurs unies sont respectées (les deux pères de TMNT avaient eu la subtilité de ne pas coloriser les bandanas des tortues pour que le lecteur les identifie via leur personnalités… d’autant que la BD était en noir et blanc), les proportions, les mimiques également. Le plus intéressant restent la finesse des peintures et des détails puisque fidèles à la patte de Laird : un trait appuyé à la limite du cradingue.
Mise à part trônant sur le bureau de votre serviteur, il est relativement coton de trouver le coffret – préférable à l’individuel – regroupant les Dodo, Léo, Raphy et Mickey. Les plus habiles n’auront pas de mal à le commander direct des States, facilement sur le web, pour une quarantaine de pesetas. NECA a eu la bonne idée de proposer une Black & White Boxed (series1.5) pour les foufous souhaitant s’essayer à la peinture ou simplement les vrais de vrais désirant se tripoter sur les répliques exactes du bouquin de 1984.
C’est sûr, nous n’avons pas fini de pleurer sur le gâchis artistique de cette série bien plus irrévérencieuse et mature que les mecs en costard-cravate ont essayé de nous faire avaler sous forme de pizzas-suppositoires. En matant, à l’instant même de l’écriture de ces lignes, ces fantastiques figurines NECA, on se dit que l’histoire mériterait d’être foutrement réécrite. Chapitre 1 : Raphael…









