Le Livre d’Eli

Le Livre d’Eli

Article publié le 27. jan, 2010 par Alex dans Cinéma, Critiques

Synopsis : Dans un futur proche, l’Amérique n’est plus qu’une terre désolée dont les villes sont des ruines et les routes autant de pièges infestés de bandes criminelles. Depuis des années, Eli voyage seul, se protégeant des attaques et se battant pour trouver de quoi survivre. Lorsqu’il arrive dans ce qui fut autrefois la Californie, Eli se heurte au redoutable Carnegie, un homme qui ne recule devant rien pour imposer sa volonté à la petite communauté qu’il contrôle. Eli fait aussi la connaissance de la très belle Solara et découvre que Carnegie compte bien étendre sa sombre domination à toute la région. Eli parvient à échapper de Carnegie, mais Solara l’a suivi... Même s’il est décidé à poursuivre sa route en solitaire, Eli comprend qu’il ne peut abandonner la jeune femme. Pour elle, il va prendre des risques qu’il n’a jamais pris pour lui-même. Mais Carnegie est sur leurs traces et alors que se profile l’inéluctable affrontement, Eli va prendre conscience qu’il a le pouvoir de faire bien plus que sauver une femme et sa propre vie : son destin est de redonner l’espoir, de sauver le futur en soufflant sur les braises d’une humanité qui n’attend que l’étincelle...

Film catastrophe

Mais où étaient donc passés les frères Hughes ? Depuis le très sympathique From Hell, les réals de Menace 2 Society avaient quelque peu déserté les plateaux, se contentant de produire la série Touching Evil (12 petits épisodes et puis s’en va…) ou, pour Allen Hughes uniquement, de passer de temps en temps derrière la caméra pour le petit écran. Recherchaient-ils un projet un tant soi peu original pour se remettre en selle ou faisaient-ils tout simplement face à un manque de proposition de la part de l’industrie US ? Si les raisons de cette absence restent assez vagues, toujours-est-il qu’au vu du budget – 80 millions de dollars tout de même, on est loin de la petite prod indépendante – difficile de se douter que les frangins n’ont ajouté aucune ligne à leur filmographie depuis 9 ans…
Aimant visiblement déjouer les attentes, les Hughes Brothers naviguent donc entre les genres et après le ghetto movie ou le thriller victorien, c’est au tour du post nuke de se voir offrir les faveurs de leur caméra ! Le hasard de la programmation cinématographique française ne faisant pas toujours bien les choses, Le livre d’Eli ne manquera pas d’être comparé à The Road, sorti il y a seulement quelques semaines sur les écrans de l’hexagone. Au métrage contemplatif et très réussi de John Hillcoat s’oppose pourtant cet actionner post apocalyptique à vocation uniquement crétino-bourrino-divertissante (quel joli néologisme…), n’entretenant strictement aucun lien avec l’adaptation du roman de Cormac McCarthy, si ce n’est, bien évidemment, le genre au sein duquel il s’inscrit.

Malgré plusieurs années d’inactivité, les réalisateurs savent toujours tenir une caméra. Très loin d’être parfait (ou bien même réussi), Le Livre d’Eli peut tout de même s’enorgueillir d’être plutôt bien shooté, ce qui est – avouons-le – finalement assez rare pour être souligné en ces temps de blockbusters finis à la pisse d’alcoolique. Le film débute même très bien, les Hughes installent une ambiance délétère (renforcée par la photo magnifiquement saturée), iconisent un Denzel Washington parfait et armé jusqu’aux dents, et livrent des scènes de bastons lisibles et parfaitement chorégraphiées qui doivent autant au western qu’au Chambara ou au comic book. Cool, non ?

Et bien pas vraiment puisqu’après une première demi-heure vraiment surprenante, le film se plante dans les grandes largueurs et ne parvient même pas à assumer correctement son simple statut de divertissement. La faute à une action trop peu présente, en gros 4 pauvres scènes de 3 minutes maximum chacune pour un film d’1H50… Le climax résume à lui seul parfaitement ce constat peu reluisant. Encerclés par les bad guys dans une baraque pourrie appartenant à un vieux couple de cannibales (au demeurant forts sympathiques) qui possède assez d’armes à feu pour déclarer la guerre à un petit pays, et, nous dit-on, a piégé la maison de toute part, Denzel et la fade Mila Kunis (nous reviendrons plus tard sur sa « prestation »…) se font mitrailler la gueule de l’extérieur. What the fuck ?! Alors que le spectateur attendait légitimement un carnage barbare, explosif et sanglant, la scène est bouclée avant même d’avoir commencé. Et ce n’est pas le sympathique plan séquence (quoique artificiel et légèrement m’a-tu-vu) composant cette fusillade qui évitera la frustration et l’exaspération la plus complète…

Car, Le Livre d’Eli ne peut bien évidemment pas s’appuyer sur son scénario pour faire passer la pillule. D’une connerie sans nom, celui-ci brasse du vide et tombe dans la philosophie de comptoir dès qu’il tente le moindre développement. Aussi, le reste du temps, Denzel déambule avec sa grosse machette (si, si), Gary Oldman cabotine tel un jeune chien fou non castré et Ray Stevenson (Rome, Punisher : War Zone) a l’air d’un grand con. Et le film de tester notre résistance aux dialogues insipides et aux choix de production design minables et d’un autre temps. En effet, dans ce monde post apocalyptique ravagé, les personnages principaux ont les dents blanches, les cheveux propres et une belle paire de Ray-ban pendant que les autres sont sapés comme des clodos, ont les chicos pourris et se trimballent avec un masque de ski ridicule sur la trogne…

Mais au royaume de la bêtise cinématographique, la bimbo est reine. Ainsi, la très mignonne Mila Kunis (That 70’s Show) cristallise à elle-seule de nombreux défauts plombant le long-métrage. Restons objectifs, ce n’est pas uniquement de sa faute ! Oui, malgré un joli minois et un jean slim sur le cul, Mila joue comme une tanche, c’est un fait. Mais son personnage taillé à la serpe et visiblement écrit après une lobotomie frontale (ayant laissé des séquelles) dans le simple but de coller un sidekick sexy au héros, décline des répliques plus crétines les unes que les autres… Inutile et insupportable tout du long, la jeune Solara (son prénom dans le film pour ceux n’ayant pas pris la peine de lire le résumé…) arrive à en légitimer l’excision au sécateur rouillé ! Petit conseil au passage, n’abusez pas du pop-corn et des boissons gazeuses durant la séance au risque de tout vomir sur le cuir-chevelu du spectateur assis juste devant vous lors de la séquence finale, effarante de connerie et d’une ringardise extrême…

Vous vouliez du fun, un bon actionner sanglant bien bourrin ? Dans ce cas, évitez scrupuleusement Le Livre d’Eli, bande molle du slip trop peu généreuse dans l’action (mon dieu comme ce jeu de mots est lamentable) et handicapée par un scénario famélique, une interprétation hétéroclite ou un twist faisandé, grillé une heure avant le générique de fin. Divertissement qui ne s’assume pas, décevant malgré une réelle maitrise technique, le retour des frères Hughes derrière le combo est très loin d’être fracassant. Amateurs éclairés de post apo décérébré, jetez-vous donc plus volontiers sur Doomsday, tout aussi con, mais ô combien plus jouissif…

Note : ★★☆☆☆☆

Réalisateur : Albert et Allen Hughes
Avec Denzel Washington, Mila Kunis, Gary Oldman
Durée : 1h49

Date de sortie : 20 janvier 2010

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Alex

Biberonné à l'animation japonaise et l'actionner 80's, Alex a passé son adolescence le nez plongé dans les comics Marvel et les yeux rivés sur les péloches horrifiques et fantastiques. Exigeant, souvent vulgaire, il navigue, depuis, entre les genres et ne prend plaisir qu'en aiguisant violemment sa plume tout en se roulant nu dans sa collection de figurines et DVD/BR... Retrouvez Alex sur twitter

Une réponse à “Le Livre d’Eli”

  1. Gemini

    21. août, 2010

    Entre nous, je sais trop quoi penser du Livre d’Eli. D’un côté, je l’ai trouvé excellent, et d’un autre, je ne peux certainement pas le cautionner. La première chose qui m’a frappé dans ce film, c’est la réalisation. Ou, plus exactement, les influences qui transpirent par tous ses pores. Cela pourrait être du Quentin Tarentino, à ce détail près que là il ne s’agit pas de reproduire des scènes (et de réutiliser des musiques de Ennio Morricone et Luis Bacalov), mais bien de fondre dans le style des réalisateurs les oeuvres cinématographiques qui les ont marqué. Résultat : outre le léger aspect série B propre à tout bon film post-apocalyptique (avec les inévitables cannibales), Le Livre d’Eli tient beaucoup des westerns spaghettis et du cinéma d’arts martiaux asiatique, notamment celui de Hong-Kong ; cela se traduit par l’atmosphère que dégagent certaines scènes (en particulier celles en ville), la chorégraphie des scènes d’action (même s’il serait plus juste de parler de scènes de combat), ou encore des personnages qui se mettent à siffloter des airs tirés des films de Sergio Leone, sans parler de l’affiche du film Apocalypse 2024 qui fait une apparition discrète. Je me souviens m’être dit que le réalisateur était sûrement un gros geek ; c’est lors du générique de fin que j’ai aperçu les noms des frères Hughes, ce qui a confirmé cette impression. Enfin, je suppose qu’ils sont geek¦ Disons que, dans la mesure où ils ont transposé From Hell au cinéma, il y a de bonnes chances qu’ils le soient. Bref, tout cela pour dire que ce petit côté western/HK est fort agréable (en tout cas plus que le western sukiyaki de Takashii Miike), d’autant que cela donne un excellent rendu à l’écran. D’un point de vue purement technique/cinématographique, je considère ce film comme une réussite : l’ambiance est pesante, les quelques scènes d’action nerveuses tout en restant parfaitement claires, c’est superbement filmé et l’affrontement dans la ville fait penser aux meilleurs représentants du western spaghetti. Nous sentons qu’il y a un budget par derrière, et qu’ils ont eu la possibilité de réaliser un long-métrage de qualité. Et niveau acteur, l’opposition Denzel Washington / Gary Oldman fonctionne à merveille, les deux nous offrant d’excellentes prestations. Non, vraiment, rien a redire sur tous ces points. Là où le bas blesse, c’est au niveau du placement produit. Je ne parle pas des publicités furtives pour des marques de téléphones portables (dans le désert post-apocalyptique ?) ou de chaines de restaurants (?), mais du prosélytisme marqué en faveur de la Bible. Mais alors vraiment très marqué, le prosélytisme. Le message est à ce point exagéré et biblique qu’il en perd toute crédibilité ; rien qui ne devrait défriser un catho intégriste, malheureusement je ne suis ni catho ni intégriste ¦ Si ce sont des groupes évangéliques qui ont financé ce film, je comprends mieux d’o๠viennent ses moyens techniques. Toujours est-il que, dépassé le stade du « un homme seul dans un désert post-apocalyptique  », le scénario se rattache entièrement à cet aspect religieux exacerbé, dont le but est de nous faire comprendre que la Bible c’est bien, même si certains détails laissent à penser que c’est un peu à cause d’elle que le monde est dans la merde… Il y a bien une tirade nous ventant ses effets sur les simples d’esprit, mais à part à§a, elle n’a que des qualités. J’ignore si ce sont les considérations personnelles des réalisateurs ou celles de leurs sponsors, mais cela devient vite saoulant, d’autant que je ne regarde pas un film pour voir à§a. Le résultat en perd une bonne part de rédibilité, tant le message devient exagéré à l’extrême. Dommage. Très dommage. Je pense que Le Livre d’Eli mérite d’être vu  » pour ses qualités techniques, le jeu de ses acteurs, et sa réalisation efficace  » mais en ayant conscience de son contenu, lequel ne plaira pas à tout le monde.

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