Hors de Contrôle

Hors de Contrôle

Article publié le 20. fév, 2010 par Alex dans Cinéma, Critiques

Synopsis : Thomas Craven est un inspecteur vétéran de la brigade criminelle de Boston. Il élève seul sa fille de vingt-cinq ans. Lorsque celle-ci est retrouvée assassinée sur les marches de sa propre maison, personne n’a de doute : c’est lui qui était visé. Pour découvrir qui a tué sa fille, l’inspecteur Craven va devoir s’aventurer dans les milieux troubles où les affaires côtoient la politique. Il va aussi devoir découvrir les secrets de celle qu’il croyait connaître. Dans cet univers où chaque intérêt est supérieur, où chaque information vaut plusieurs vies, face à l’éminence grise du gouvernement envoyée pour effacer les preuves, la quête solitaire de Craven va le conduire au-delà de la pire enquête de sa vie, face à ses propres démons...

Papy fait de la résistance

Icône de toute une génération de cinéphages sevrée à la VHS pourrie dans les années 80/90, Mel Gibson semblait, avec le passage à la nouvelle décennie, devenu trop vieux pour ces conneries d’actionners. Constatation aussi évidente qu’empirique, le poids des années ne joue pas spécialement en faveur des acteurs, et, à partir d’un certain âge, les bons rôles à Hollywood se font aussi rares que les films réussis du teuton Roland Emmerich… Aussi, sentant le vent tourner et plutôt que de se retrouver à cachetonner Ad vitam æternam dans des prods de seconde zone (comment ça c’est déjà ce qu’il faisait ?), celui qui fût le célèbre Lt. Riggs décida de troquer son confortable costume d’acteur/star internationale pour la soutane de réalisateur.

Loin d’être un nouveau venu derrière la caméra, glanant même dès 1995 deux oscars (meilleur film et meilleur réalisateur) pour son Braveheart, Mel a, ainsi, imprimé sur pellicule sa passion du Christ en 2004 avant de mettre en boîte la chasse à l’homme Maya, Apocalypto, deux ans plus tard. Violent, gorasse et bien fendard le premier se faisait étonnamment annonciateur (messie ?) de la vague de torture porn qui a contaminé les écrans, tandis que le second, uppercut bourrin, impressionnait par la maitrise visuelle de son auteur. Bien servis par une controverse inutile, les films de Gibson ont remporté un joli petit paquet de pognon en même temps qu’ils se faisaient parfaitement représentatifs de l’œuvre personnelle, violente et barbare bâtie par leur réalisateur (son prochain long sera un film de vikings, les rédacteurs de Geek Culture en bavent déjà d’impatience)…

Mais, alors qu’on le pensait soigné de l’envie de faire le con devant la caméra, voici que l’acteur décide de sortir de sa retraite cléricale. Tous les amateurs de buddy-movies espéraient bien évidemment le voir reprendre du service dans un hypothétique et fantasmé cinquième volet de L’Arme Fatale, réalisé par Shane Black (scénariste de l’original avec qui il tournera d’ailleurs Cold Warrior cette année). Dommage pour nous, pour son retour sur l’écran l’acteur a préféré opter pour Edge of Darkness, adaptation d’une série britannique des années 80 sur fond de vengeance d’un père dont la fille a été assassinée. Quoi !? Un vigilante crépusculaire avec un Mel vieillissant qui botte des culs ? Plutôt deux fois qu’une ma bonne dame ! Sauf que le nom du réalisateur aurait du nous mettre la puce à l’oreille et calmer notre regain d’enthousiasme débordant ! Car, s’il ne fallait évidemment pas attendre grand-chose du tâcheron Martin Campbell, déjà à l’œuvre sur la série originale diffusée par la BBC, impossible néanmoins de ne pas être atterré devant l’étron nauséabond démoulé…

Capable du médiocre (Casino Royale) comme du pire (Vertical Limit, Le masque de Zorro et sa suite, etc.), Campbell n’avait pourtant pas un cahier des charges très épais (en gros : un vigilante à peu près correctement emballé avec un Mel vénère…) mais prouve sa confondante incompétence. N’apportant, comme à son habitude, aucun point de vue de mise en scène, il shoote Edge of Darkness avec le dynamisme d’un vieillard grabataire. Les deux scènes d’action qui nourrissent le film (et oui car Mel sort son flingue au moins deux fois…) sont torchées avec une ringardise sidérante. Afin de réussir à sortir le spectateur du coma artificiel, Campbell use de ficelles aussi grosses qu’artificielles. A l’image de cette scène où l’une des amies de la défunte (interprétée vraisemblablement par une comédienne à mi-temps) vient faire quelques révélations et se fait percuter par une voiture en sortant du véhicule de Craven. Et vas-y que je te sature l’effet sonore histoire de faire sursauter le spectateur atteint de narcolepsie depuis son entrée dans la salle, et masquer la totale prévisibilité du scénario ainsi que l’incapacité à appréhender le langage cinématographique autrement que par des effets de style éculés (j’ai bien écrit éculés)…

Si cela n’excuse en rien la mise en scène bas du front et pitoyable, Campbell est, il est vrai, bien peu aidé par le travail des scénaristes Andrew Bovell et William Monahan. Tenant plus du polar ampoulé que du vigilante musclé, Hors de contrôle verse dans l’enquête policière sans intérêt, car grillée dès la cinquième minute. Il faudra, en effet, faire preuve de beaucoup de mauvaise volonté ou disposer d’un cerveau atrophié à la bière pour ne pas deviner la fin de cette intrigue soporifique, également sclérosée par une caractérisation des personnages directement issue du Scénario pour les nuls édition 1973. Ainsi, le méchant (Danny « j’en fais des caisses » Huston) est très très méchant, la fille Craven était vraiment très très gentille, le flic, vieux pote du héros, est trop sympa pour être honnête, etc. Et Gibson d’interpréter le flic parfait qui ne touche jamais à l’alcool (heu…) ! Visiblement attiré uniquement par un gros chèque, Mel enclenche, qui plus est, le pilote automatique et a l’air de s’en branler royalement. Seul Ray Winstone (Les Infiltrés, Beowulf), moins amorphe que le reste du cast, livre une prestation convaincante.

Le guerrier de la route méritait indéniablement meilleur véhicule pour son retour devant la caméra. Avec sa conclusion en forme d’image d’Epinal écœurante, ce faux vigilante, indigent et anesthésiant, à l’électroencéphalogramme plat, atteint le stade ultime du renoncement artistique. Alors que sur le même sujet, Death Sentence assimilait les règles du genre pour mieux les dynamiter, Hors de contrôle n’est qu’une vague fumisterie mercantile. Certes, le cinéma est, depuis longtemps, devenu un business, mais oser vendre un produit aussi défectueux relève de l’escroquerie et du peu de considération de l’industrie à l’égard du spectateur. Et ce n’est pas deux pauvres lignes de dialogues citant grossièrement L’Arme fatale et La passion du Christ qui vont sauver les apparences et faire passer la pilule, en l’occurrence un puissant laxatif…

Note : ☆☆☆☆☆☆

Réalisateur : Martin Campbell
Avec Mel Gibson, Ray Winstone, Danny Huston
Durée : 1h57

Date de sortie : 17 février 2010

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Alex

Biberonné à l'animation japonaise et l'actionner 80's, Alex a passé son adolescence le nez plongé dans les comics Marvel et les yeux rivés sur les péloches horrifiques et fantastiques. Exigeant, souvent vulgaire, il navigue, depuis, entre les genres et ne prend plaisir qu'en aiguisant violemment sa plume tout en se roulant nu dans sa collection de figurines et DVD/BR... Retrouvez Alex sur twitter

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