Highgate

Highgate

Article publié le 01. oct, 2009 par Pan dans BD - Comics, Critiques

Synopsis : Londres, quartier de la City au petit matin... 6 joueurs de l’équipe de foot d’Arsenal sont retrouvés morts, totalement vidés de leur sang. Sous le choc, les dirigeants du club, la presse et l’opinion publique exigent un coupable, vite ! À Scotland Yard, les inspecteurs ne se bousculent pourtant pas : pas de témoin, pas de suspect, pas d’indice. Ils savent par expérience qu’une affaire comme celle-là peut détruire une carrière. Le chef de la police désigne alors un homme qui n’a rien à perdre : ce sera James Harbor. L’ex- fin limier, aujourd’hui gratte-papier aux archives des affaires criminelles, retourne sur le terrain !

Anémie

Associer le massacre d’une demi-équipe de footballeurs d’Arsenal avec l’affaire authentique du Cimetière de Highgate, il fallait oser. Et en one-shot s’il vous plaît !

Lieu de pèlerinage pour mages noirs, le quartier londonien de Highgate s’est rendu célèbre en partie grâce au Dracula de Bram Stoker mais a particulièrement attiré l’attention depuis les évènements étranges et vampiriques raccordés à ce lieu maudit dans les années 70. Dans la bande-dessinée, on se prépare à s’immerger dans l’un des théâtres les plus célèbres de l’irrationnel, un contexte forcément propice au paranormal et au frisson. Les auteurs se doivent d’assurer. La pression.

Highgate commence très bien : il était temps de laisser le vampire s’attaquer à ces ingrats coureurs sur gazon (pardonne-moi, Alex). Le prologue glisse comme dans du beurre ; le duo Betbeder (scénario) et Crosa (dessin) se met doucement en place, avec finesse, dévoilant un dessin séduisant aux multiples influences. Et puis les répercussions envisageables, financières comme médiatiques, de la mort des joueurs d’Arsenal mettent l’eau à la bouche (façon de parler, bien entendu). On imagine la suite du récit quelque part entre un thriller surnaturel et un conte sensuel si haletant et gore qu’il nous fera baver sur cette superbe couverture des éditions Soleil… Raté.

Lorsque les bases sont posées, le héros s’impose. Et patatras. James Harbor, ténébreux détective rebelle et cousin éloigné du Pete Wisdom de Marvel, débarque à force de cravate noire, imper’ et cheveux gras. Pas de quoi nous déplaire… jusqu’à ce qu’il éternue des répliques échappées d’une parodie de téléfilm policier allemand. Le pauvre ne supporte pas la vue du sang (heureux hasard ?), déteste les journalistes et pense aux familles des victimes avant tout. « C’est envers eux que j’ai des obligations. Les autres, c’est accessoire », crache-t-il, le regard pénétrant. Bien reçu. Pas vraiment fouillé voire ridicule, il ne nous emporte pas dans cette histoire complexe. On avait pourtant besoin de quelqu’un pour nous prendre la main sur ce coup-là. Car les raccourcis sont nombreux ; et la trame sinueuse.

On vous le répète, c’est un one-shot. Il faut aller vite mais pas trop… sous peine de compliquer les choses et perdre complètement le lecteur. Les pieds dans le plat, Bedbeder torche et simplifie au maximum les dialogues, situations et personnages, faisant glisser les joutes verbales et la mise en scène vers la caricature d’un autre âge. Les goules sont des canons lesbiens, les prêtres sont exorcistes et couillus, le protagoniste est un rebelle au grand cœur, lisse comme une peau de vampire repu. Les victimes du prologue sont vite oubliées au profit d’un flashback soporifique conté par le révérend Lancester. Le package est ennuyeux, bavard et confus mais néanmoins pavé de bonnes intentions. L’enfer aussi, me direz-vous.

Même si les vampires ont la cote, on ne peut pas se contenter de reprendre les bases de Stoker, encore et encore, sans craindre l’anémie. Le manque d’investissement des deux auteurs – mais pas de talent (Betbeder écrit correctement, Crosa est plutôt doué) – transforme les évènements de Highgate en banalité narcotique. Si ambitieuse qu’elle en devient stéréotypée, la bande-dessinée a les crocs plus gros que la bouche mais s’en sort tout juste grâce à un dessin vraiment pas vilain. Si Highgate est le début d’une saga – sait-on jamais – il faudra nous donner un peu plus qu’une légende urbaine sous forme d’update, gentlemen…

Note : ★½☆☆☆☆

Date de sortie : 23 septembre 2009

Editeur : Soleil

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Pan

Torché à la littérature fantastique, Pan est un animal mystique voire pervers. Il se réfugie très tôt dans la jungle vidéo-ludique puis le cinéma. Journaliste vaporeux, Pan lit toujours mais toujours un peu moins de fantastique, feuillete pas mal de BD, se désocialise faute aux séries TV. Il ne peux s’empêcher de citer quelques noms dont la simple évocation illumine son regard de Carlin : R. Matheson, J. Depp, W. Anderson, A. Moore, S. Raimi, V. Price, T. Gilliam, S. Carrell, G. Orwell, N. Gaiman, P.T. Anderson, G. del Toro, TMNT (et alors ?), R. Bradbury, Farrelly Brothers, H.G. Wells, The Monty Pythons, T. Pratchett, E. A. Poe, S.Spielberg, C. D. Simak, etc. Pan, un être cohérent. Retrouvez Pan sur twitter

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