Esther
Article publié le 08. nov, 2009 par Pan dans Cinéma, Critiques
Synopsis : Après avoir perdu l’enfant qu’elle attendait, la fragile Kate voit ressurgir les douloureux souvenirs d’un passé qu’elle préférerait oublier. Hantée par des cauchemars récurrents, et décidée à retrouver une vie de couple équilibrée, elle fait le choix, avec son compagnon John, d’adopter un enfant. A l’orphelinat voisin, Kate et John se sentent étrangement attirés par une fillette, Ether. Mais Kate ne tarde pas à découvrir la face cachée de la " douce " enfant. Autour d’elle, personne n’a rien remarqué, et nul ne semble partager ses doutes et ses inquiétudes...
Fille indigne
Le flip en culotte courte
Quel est le nouveau visage de la peur au cinéma ? Les métamorphes gobeurs d’organes ? Les vers mutants explosifs ? Non, non. Les nouveaux bourreaux des nerfs, ce sont les enfants. Pas les ados rebelles qui attaquent à coups de couteaux derrière un masque rieur : la tendance est au gosse machiavélique. The Children brillait très récemment par son habile mise en scène, slasher intelligent à l’économie de moyen imparable ; Dorothy, Unborn, Joshua, Eden Lake proposait avec une qualité nuancée du marmot sadique en veux-tu en voilà. Bref, en ce moment, c’est Sa Majesté Des Mouches tous les jours au cinéma. Joel Silver était forcé de prendre la brèche. Le Producteur des Matrix et des Arme Fatale, épaulé d’un certain DiCaprio (!), utilise sa maison de production Dark Castle Entertainment pour nous pondre le massacre infantile de fin d’année. Pourtant, bizarrement ça empeste le film de commande bâclé et l’excitation tarde à poindre… Asseyez-vous, prenez vos copies : rappel des productions Dark Castle… Gothika, Les Châtiments, RocknRolla, j’en passe et des pires ; dont La Maison de Cire, fumeuse série B putride avec Paris Hilton. Ben tiens, il s’en bat l’aile de la qualité le Silver : il réengage Jaume Collet-Serra, exécuteur de la précédente bouse et ex-réalisateur de clips pour s’occuper du cas Esther ; et s’engage à nous faire peur. Effectivement, Esther fait peur à voir.
« Il ne peut plus rien nous arriver d’af-freux main-tenant »…
Dès l’apparition du logo Warner, le ton est donné. Elle apparaît, l’insigne immonde et tristounette, peinturlurée ainsi de vert et de rose fluo. On n’avait pas eu l’occasion de manger pire depuis Batman & Robin ; au cas où l’affiche n’avait pas assez appuyé sur ce point : cette fois, c’est sûr, le mauvais goût sera de la partie. Mais vu que l’on ne s’arrête pas à un infime détail tel que celui-ci, on continue. On subit. Car là, c’est le drame – mais pas comme on l’aurait souhaité. La première scène, atroce introduction cauchemardesque, perd son essence de « prologue suspens » pour tout spectateur n’ayant pas réduit sa culture ciné à Max Pécas. La mise en situation des personnages principaux s’étire en longueur, laissant largement le temps de dormir durant la première demi-heure. Oui, le père est vraiment cool même s’il a trompé sa femme il y a une décennie (Peter Sarsgaard, aussi mauvais que dans Flight Plan). Certes, la mère est mimi même si elle souffre d’un sacré trauma parental et qu’elle est portée sur la bouteille (Verona Farmiga, déjà face à un gosse dans Joshua, infiltrée par DiCaprio dans Les Infiltrés). Le fils est un rebelle, il joue à Guitar Hero all day long et tue des pigeons. La fille est trop-craquante-kikoo-lol parce que, en plus, elle est muette. C’est une famille formidable. Puis Esther arrive. Elle est différente, la petite. Elle est censée faire trembler… Pas de pot, la seule chose qui va foutre les jetons, c’est le déballage humiliant du scénario, abondamment gavé de stéréotypes. Entre la mère usée par la vie, qui cultive le rosier qui pousse grâce au cendres de sa fausse couche, le père qui joue au ballon avec ses enfants et la bonne sœur Abigail qui a le cœur sur la main (dans les deux sens du terme), on est assailli de clichés. Frissons. Si seulement cela ne concernait que le profil character…
On se moque ou on se tire ?
Car côté peur, la nullité – on ne parle pas ici de médiocrité – dépasse de loin les envies de meurtres de/provoquées par Esther. Entre les tentatives lourdingues d’humour où les acteurs tentent de faire ce qu’ils peuvent des dialogues issus de « Le Script pour Les Nuls » et les artifices pathétiques pour créer un semblant d’effroi, on est débordé par l’envie de mettre une claque à Isabelle Fuhrman (Esther) et aux mecs qui ont osé produire ce résidu de chiure de pigeon explosé. Le pire du pire réside dans la prétention imbuvable de Jaume Collet-Serra d’essayer de renouveler le genre en proposant l’utilisation de décor selon lui originaux et de tellement se viander… que la séquence devient risible. En témoigne cette scène dans laquelle le suspens tient en ce qui suit : l’exploration d’une petite fille d’une aire de jeux bourrée de gamins. Ridicule, trop longue, téléphonée et filmée comme on cadre Inspecteur Barnaby, ça tombe à plat comme la fille qui se croûte du haut d’un toboggan de 50 cm d’altitude et se brise la jambe avec un bruitage rigolo (merci les gobelets en plastique). Les passages de ce type dégueulent du (très) long-métrage, faussement gores, vraiment ringards, déclenchant au mieux un rire jaune, au pire un infini souffle de ras-le bol.
Quel incroyable navet, insulte au cinéma de genre et à l’intelligence du spectateur ! En usant de tous les pires clichés du cinéma d’épouvante et des plus éculés effets horrifiques, Esther échoue là où The Children excelle : dans sa mise en scène et son scénario. Ses dialogues et son rythme. Le film abuse des effets sonores assourdissants pour tenter de faire sursauter, utilise de pitoyables artifices gores pour tenter de dégouter le (déjà malheureux) public et use d’un minable et borderline humour : mort-de-rire, xptdr-double lol : papa se fait griller par sa fille en train de prendre maman dans la cuisine. Vexant, ennuyeux et ignoble du début à la fin, ridicule à chaque tentative d’effroi, Esther est en bonne place pour figurer sur le podium des pires invectives cinématographiques de 2009. Le film sort le 30 décembre 2009… Il était moins une.
Note : 




Réalisateur : Jaume Collet-Serra
Avec Vera Farmiga, Peter Sarsgaard, Isabelle Fuhrman
Durée : 2h03
Date de sortie : 30 décembre 2009










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