Critique
Livrer un actionner sur papier glacé aussi jouissif que sur grand écran. Tel était le pari risqué mais relevé haut la main par les auteurs du premier tome de Reign. A l’heure ou le grand écran rechigne à nous offrir des œuvres burnées et correctement emballées (l’actionner n’est plus forcément en odeur de sainteté cinématographique), Téhy et Cara se font les chantres d’un retour aux valeurs d’un autre temps. En gros, Reign ça pue le sang et la poudre et c’est tant mieux ! Référentiel et gonflé aux hormones, Reign n’était finalement qu’une mise en bouche pour le duo créatif qui commence, avec ce Seconde chance, à réellement poser les bases de son intrigue, mais sans jamais se départir de sa ligne directrice : Tout doit exploser !
Reign pourrait s’appréhender comme l’enfant illégitime et turbulent du cinéma et de la télévision. Car, sans revenir de manière exhaustive sur les influences des auteurs (de Terminator en passant par Die Hard et l’inévitable 24), Téhy et Cara connaissent leurs classiques et multiplient les références tout en prenant soin de les adapter aux impératifs inhérents (cadrage, rythme…) à une bande dessinée. Un tout petit peu moins prolifique en termes de cases explosives que l’album précédent, Seconde chance dispose les différentes pièces de son histoire sur l’échiquier.
Car, malgré une vocation bourrine affichée et revendiquée, le scénario se révèle plutôt dense et intéressant. Mixant attaques terroristes, complots et nouvelles technologies, Téhy s’attaque de front à l’Amérique post 11 septembre et son obsession sécuritaire. Si le personnage d’Elisha Baekinski volait déjà la vedette à Adam Nexe au cours du premier tome, Seconde chance la consacre clairement comme le personnage principal, ce qui ne sera pour nous déplaire, la bougresse regorgeant de charisme !
Toujours aussi agréable à l’œil grâce au trait précis et détaillé de Cara, Reign se dévore allégrement malgré un retournement de situation final ultra prévisible et une ou deux cases pas forcément très heureuses où Elisha se livre de manière un peu artificielle sur ses émotions, dans le simple but de faire comprendre au lecteur les motivations de cette machine à tuer. Ces défauts mis à part, Seconde chance est un véritable flamming shot de vodka redbull, la série Reign, s’imposant, comme un concentré hautement instable de C4 dont on espère entendre retentir la prochaine déflagration très rapidement.








