Critique
Au départ édité par Semic, Powers est désormais sous le giron de Panini Comics, qui avec la sortie de ce quatrième tome met fin à quatre années d’attente fébrile, la publication du tome 3 remontant déjà à 2004. Pas franchement très connu en France, Powers fait pourtant partie des comics les plus intéressants publiés outre atlantique et a, notamment, permis à ses auteurs de se faire une place au sein du petit monde de la bande dessinée américaine. Brian Michael Bendis est, en effet, devenu l’un des scénaristes les plus prolifiques aux Etats-Unis, et travaillé sur des séries aussi prestigieuses que Dardevil, Secret Wars ou Ultimate Spider-Man. Le dessinateur Michael Avon Oeming, quant à lui, s’est vu discerné un Eisner Award en 2001 pour son travail sur Powers ! Autant vous prévenir de suite, Powers est une grande claque dans la gueule dont il est tout simplement impossible de se remettre.
Accessible aux néophytes, ce quatrième tome peut se lire sans avoir ouvert les 3 volumes précédents ou même n’avoir jamais entendu parler du comics créé par Bendis et Oeming. Panini a d’ailleurs eu la (très) bonne idée d’inclure en début d’ouvrage une petite introduction à l’univers de Powers, ainsi qu’un résumé des volumes précédents. Bendis ancre, donc, son histoire dans un monde où les super-héros font partie intégrante de la vie quotidienne et analyse les actes de ces derniers via le prisme de deux inspecteurs de la brigade criminelle. Ainsi, le scénariste dynamite complètement les attentes du lecteur en s’intéressant davantage aux enquêtes et aux vies de Walker et Pilgrim qu’aux super-héros en eux-mêmes. Violents, cupides ou la limite de la folie, ces derniers sont d’ailleurs bien loin de l’image lisse et propre communément propagée par le comics américain. Réputé pour être un excellent dialoguiste, Bendis fait également montre de tout son talent au travers d’échanges truculents.
Par ailleurs, il est de notoriété publique que Brian Michael Bendis livre des scénarios extrêmement précis aux dessinateurs avec lesquelles il travaille. Il va sans dire qu’il est ici servi à la perfection par le dessin d’Oeming. L’osmose entre les deux auteurs (collaborateurs depuis longue date…) opère, en effet, magistralement, et dès les premières pages, le découpage bluffant, l’exceptionnel sens du cadrage et l’hallucinant travail sur les ombres et la couleur noir sautent aux yeux. Le trait si particulier et personnel d’Oeming, épuré, minimaliste et enfantin (on pense souvent à l’excellent série animée Batman de Bruce Timm), contraste parfaitement avec la crudité des dialogues, le sordide de certaines situations ou bien encore l’horreur de certaines cases. Fortement inspiré par le film noir et les fictions criminelles en général, Powers : Super-Groupe est bien plus qu’un excellent comics et fait partie de ces œuvres trop rares qui transcendent leur medium d’origine pour mieux en redéfinir les règles et hantent pendant longtemps l’esprit du lecteur.








