Critique
Énorme star dans son pays d’origine, très célèbre all around the world, Nemi était jusqu’alors presque inconnue chez les frenchies. Rattrapage : Créée / scénarisée / dessinée, il y a une dizaine d’années par Lise Myhre et diffusée en masse dans la presse et autres sous forme de mini-strips, la glaciale gothique norvégienne a le droit à son (ce)recueil. Il sort chez Milady et ça plaira beaucoup tant à l’impertinente lady qu’aux doux rebelles à tendances sarcastiques. A pleins d’autres aussi : gothique, c’est passe-partout.
Ce Tome 1 regroupe donc un certain nombre de strips comiques parus à droite et à gauche (surtout à gauche). Construit comme des sketches d’une à quatre cases, Nemi nous plonge dans son univers, pas si différent du notre puisque son quotidien. L’alter-ego éponyme de son auteure prend souvent la vie pour ce qu’elle est (absurde) et les autres pour ce qu’ils sont (l’enfer). On observe donc des séquences de tous les jours mais commentées de manière acidulées par Nemi.
Maniant le je-m’en-foutisme et le sarcasme avec beaucoup de doigté, Lise Myhre/Nemi parviennent très souvent à nous arracher un sourire. Pas d’éclats de “lol” mais une profonde empathie pour cette dark Daria qui dit tout haut ce que l’on pense tout bas. Jeune femme qui se marginalise délibérément, Nemi est une fausse-rebelle au grand cœur qui se moque de ses congénères comme d’elle-même. dès lors, les sujets ratissent large : drague, maternité, binouse, philanthropie, etc.
C’est non sans une bonne dose de dérision que Lise Myhre aborde certains aspects éminemment paradoxales des normes, us et coutumes ; dans ces conditions, l’humour est parfois subtil et mignon.
- Une copine de Nemi lit un comic-book : Pourquoi les super-héroïnes sont si rares ? On dit que la BD reflète la réalité… C’est vrai que les mecs se concentrent plus sur leurs objectifs… alors que les nanas pensent plutôt aux mecs.
- Nemi : Bof. Ca veut juste dire que c’est presque toujours des mecs qui écrivent les histoires
- Peut-être… Tu voudrais être qui si tu étais une héroïne de BD ?
- La copine de Batman. Direct.
Ô joie, Nemi est bourrée à craquer de références (entre autres) – qui excluront d’ores-et-déjà ceux qui ont préféré avoir une vie sociale plutôt qu’avoir lu a biographie de Stan Lee. Apparemment amoureuse du Seigneur des Anneaux, qu’elle cite plusieurs fois, Myhre fait intervenir des figures estampillées geekos qui plairont à certains et emmerderont profondément les autres. Super-héros, légendes scandinaves, extra-terrestres, Simpsons, etc. se mêlent à l’humour très (trop?) ciblé d’une BD imaginée pour être lue sporadiquement.
Car un certain nombre de petits défauts empêchent d’accrocher totalement à ce recueil. Le format de compilation, déjà. Sans doute très agréable à lire une fois par jour dans son journal, Nemi ne tient pas la lecture de plus de 25 pages. Mais pourquoi (air horrifié)? La faute à une deuxième faiblesse : le dessin. Oui, “c’est important”, direz-vous. Exceptée la protagoniste (et encore), le reste des personnages éclatés sur fond fluo se révèlent bâclés, comme si ils ne servaient à rien d’autre que justifier Nemi. Compréhensible dans la logique de parution quotidienne, il est tout de même étrange de ne pas avoir retravailler les couleurs et traits grossiers pour coller avec son statut de livre et non plus de comic-strip.
Directes et efficaces, politiquement incorrectes mais pas subversives, ces mises en situations d’une cynique comme les autres méritent que l’on s’y penche… à faible dose. Attachante, Nemi n’est malheureusement pas une fille facile et ce premier tome ne se lit pas d’une traite ; ce qui n’est pas un tort : on pioche et on y revient. Comme un paquet de clopes ou une bouteille de whisky. C’est donc la bande-dessinée idéale du moment ; à caler aux toilettes après les fêtes ou dans la file d’attente de la FNAC en période de Noël.
Note : Lisa Myhre a appelé son fils Storm… Lorsque l’on appelle son fils Storm, on est forcément une auteure cool.









