Critique
Une iconographie reconnaissable entre toutes, un style iconique unique et une source d’inspiration inépuisable pour toute la fantasy et la science-fiction moderne ! Des illustrations du Conan d’Howard au Death Dealer, les toiles de Frazetta ont autant marqué l’imaginaire collectif qu’elles ont influencé les dessinateurs, scénaristes et réalisateurs… Quel geek ne s’est jamais abandonner à contempler des heures durant les illustrations du maître et à laisser divaguer son imagination jusqu’à vouloir se perdre dans les mondes fantastiques dépeints par l’artiste ? Si son célébrissime Death Dealer avait déjà eu les honneurs de l’adaptation dessinée en 1995 et plus récemment (en 2007) chez Image Comics sous le trait de Nat Jones, c’est quatre autres toiles qui se voient aujourd’hui explorées grâce aux Mondes Fantastiques de Frazetta. Toujours publiée chez Image Comics outre atlantique, c’est, à l’instar de la VF du Death Dealer, nos amis de Milady Graphics qui se chargent de faire découvrir cette série pour le moins atypique aux lecteurs français.
Quatre scénaristes et quatre dessinateurs, pour autant de toiles et d’histoires courtes extrapolées. Pas évident de créer un squelette de scénario à partir de la seule peinture de Frazetta. L’exercice de style est même plutôt casse gueule ! Car, rendre hommage au coup de pinceau inimitable de Franky, tout en prenant soin de ne pas singer le style graphique du bonhomme et de replacer l’illustration au sein d’une intrigue intéressante possédant sa propre identité visuelle, a quand même tout du pari trop ambitieux et risqué. Surtout que des hordes de fans se tiennent prêts à invoquer Crom et sortir épées et grosses haches à la moindre trahison. Mais, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire paraît-il…
La tête sur le billot, les auteurs se savaient donc attendus au tournant. Réussissent-ils pour autant à éviter la décapitation sommaire ? Fatalement inégales, les quatre histoires courtes (25/30 pages maximum chacune) composant ce premier album se laissent parcourir facilement même si elles souffrent toutes d’un évident problème de rythme imposé par le format. Utilisé par la première de couverture, le Swamp Demon est le premier à connaître le baptême du feu. Partageant le même scénariste que la série consacrée au Death Dealer (Joshua Ortega), Swamp Demon se veut une sorte de préquelle à cette dernière et baigne donc naturellement dans une ambiance dark fantasy très réussie. De son côté, Dark Kingdom nous dévoile une partie de la légende de Morden le rouge, conan-like qui botte le cul à un dragon et sa progéniture qui ont eu le mauvais goût de venir becter les femmes et les enfants du village de Morden… Au programme, dessin anecdotique et récit convenu sur lequel le lecteur passera très vite.
D’un tout autre niveau, Creatures est l’exemple parfait du scénario au potentiel incroyable qui mériterait d’être développé sur au moins un album complet. Rick Remender imagine un Theodore Roosevelt qui, en plus d’être le président des Etats-Unis, est le leader d’un groupe d’experts du paranormal comptant dans ses rangs Edgar Rice Burroughs. Et Teddy de se mettre sur la gueule avec des dieux Mayas ou des aliens dans un univers steampunk très sympa. Creatures bénéficie, qui plus est, du talent de Peter bergting, dont le style (sur cet album) rappelle immanquablement Mignola (mais il est partout ce Mike…). On ne s’attardera pas en revanche sur Dracula meets the Wolfman, banale histoire de vengeance séculaire créée par le pourtant excellent Steve Niles (30 jours de nuit), desservie, il est vrai, par le dessin de Francesco Francavilla, dont le style « encrage au pinceau poussé à son paroxysme » a déjà connu meilleur écrin pour s’exprimer…
Il y a donc à boire et à manger dans ce premier album (agrémenté d’une cinquantaine de pages de croquis, crayonnés, illustrations et autres morceaux de scénarios) prenant pour postulat de départ les toiles de Frank Frazetta. Loin d’être un album incontournable, Les Mondes Fantastiques de Frazetta n’est pas non plus désagréable à lire, mais les prochains tomes gagneraient à l’évidence à laisser plus de pages aux artistes pour s’exprimer et réellement rendre hommage à celui qui fut l’un des artistes les plus influents du siècle dernier…










