Critique

Un peu plus d’un an et demi après la sortie du premier tome, voici qu’un quatrième album vient déjà orner les linéaires ! Si ce rythme (trop ?) soutenu est de toute évidence l’inévitable conséquence de l’exceptionnelle cote de popularité du geek à l’heure actuelle, il soulève également de nombreuses questions sur la dilution de la culture geek dans la culture de masse et la récupération marketing de cette nouvelle catégorie (a)sociale. Entre des émissions télévisées dédiées aux geeks, un premier ministre qui se réclame ouvertement de ce mouvement, ou bien encore des petites poufiasses de 16 ans s’autoproclamant « geekettes » sous prétexte qu’elles tripotent un ipod rose fluo, le geek se cuisine à toutes les sauces, se délestant au passage de son originalité et son identité. Mais bon, après tout, nous avons trop longtemps souhaité plus de reconnaissance pour les artistes que nous admirons pour aujourd’hui jouer les ayatollahs… Aussi, faisons abstraction de ces réflexions de vieux geek désabusé pour se concentrer sur ce Hacker vaillant rien d’impossible, tome déjà capital pour la vie future des Geeks. En effet, le troisième volume, loin d’avoir convaincu, avait quand même mis en relief un certain essoufflement graphique. Aussi, à trop vouloir surfer sur le courant geek, cette jeune série ne risque-t-elle pas de provoquer une violente indigestion auprès des lecteurs ?

Si le doute était permis, il est, à la lecture du nouvel album, (presque) balayé. Labourot semble avoir recouvré ses capacités (ou tout du moins peut être bénéficié de plus de temps), et les arrières plans retrouvent, comme sur les deux premiers albums, ce souci du détail, le dessinateur distillant de nombreuses références au travers des cases. On se prend d’ailleurs à plusieurs occasions à essayer de reconnaître les multiples figurines qui trônent sur les bureaux et étagères des personnages.

La recette a beau être connue, elle rassasie plutôt bien son geek.

Travailler sur une série humoristique est souvent plus compliqué qu’on ne le pense. La frontière est mince entre humour et caricature grasse et vulgaire. Difficile de ne pas tomber dans la pochade sans saveur en multipliant les planches telles un Uwe Boll enquille les bouses ! Sans se montrer révolutionnaire quant aux thèmes abordés, le collectif de scénaristes Gang réutilise les ingrédients qui ont fait le succès de la série : une louche de relation de couple, une pincée de super héros, un soupçon de matos informatique et de WOW, le tout saupoudré d’un filé d’actualité. La recette a beau être connue, elle rassasie plutôt bien son geek et ce tome 4 se laisse lire sans déplaisir, même s’il n’évite pas quelques vannes faciles.

Et puis merde, le regard tendre, acerbe et souvent très juste porté par les scénaristes sur cet ancien paria, aujourd’hui devenu cool, fait quand même du bien à l’heure où la majorité des documentaires et émissions qui lui sont consacrés ne font que véhiculer des clichés maintes et maintes fois éculés… Si en plus, c’est Lio qui présente, merci mais je préfère encore m’enfoncer des lames de rasoir dans l’urètre…


A propos de l'auteur

Alex
Biberonné à l'animation japonaise et l'actionner 80's, Alex a passé son adolescence le nez plongé dans les comics Marvel et les yeux rivés sur les péloches horrifiques et fantastiques. Exigeant, souvent vulgaire, il navigue, depuis, entre les genres et ne prend plaisir qu'en aiguisant violemment sa plume tout en se roulant nu dans sa collection de figurines et DVD/BR...