Critique

Vampires, zombies, deux mythes puissants bien différents mais tout autant riches en allégories et paraboles. Deux figures clés d’un cinéma fantastique qui les a bercées durant le XXe siècle et persiste aujourd’hui à bouffer la cervelle et sucer la moelle des spectateurs de tous poils. Fascinants à plus d’un titre, les créatures, faux-jumeaux, sont sources d’incroyables fictions ou « monde possibles » – les uchroniques Guide Survie en Territoire Zombie ou World War Z, de Max Brooks, l’attestent – mais les gobeurs d’hémo’ engendrent également d’actives communautés bâtissant des univers imaginaires où les goules et blood suckers existent IRL. Le site internet FVZA.org (pour Federal Vampire and Zombie Agency), sous airs d’encyclopédie et fiction-docu, se déguise depuis 2001 en outil de critique de la société US. Il sert de plate-forme d’expression d’une agence gouvernementale fictive, chargée de réduire à l’état de cadavre (…) les humanoïdes en putréfaction qui nous bouffent la vie depuis des dizaines d’années. Le graphic-novel entre nos mains s’inspirent du concept et des personnages (le Dr. Hugo Pecos) tout en réduisant la portée politique du site à une simple histoire de justice héréditaire et de vampires conspirationnistes. Bof, n’est-ce pas dans les vieux bénitiers que l’on fait les meilleurs soupes de sang ? Oui mais…

FVZA ouvre le bal (des Vampires… Quoi, facile ?!) par de la punch-line très ciné : «C’est ainsi que ça finit», débute ainsi un récit découpé en larges cases très inspirées du 7e Art, d’emblée sidérantes. Les dessins de Roy Allan Martinez (Son of M) tapent sévèrement dans la rétine. Distingués, lyriques, ils sont d’autant plus mis en valeur par l’excellent boulot des coloristes Jerry Choo et, surtout, Kinsun Loh. Si la mise en scène et les perspectives de Martinez puent la classe, nous retiendrons surtout le boulot monstrueux de ce Loh, accomplissant un travail d’orfèvre sur les lumières et les ambiances. N’est pas Alex Ross qui veut, certes, car les peintures souffrent d’un certain effet baveux pas toujours esthétique, mais l’artiste paye sa palette : le rendu est impressionnant.

Ne jugeons pas le livre à sa couverture (d’ailleurs, elle n’est pas signé Martinez mais John Bolton), voyons si ce FVZA : Federal Vampire and Zombie Agency dévoile une variation intéressante sur le thème du vampire. Le zombie, lui, est traité littéralement comme un virus. Les corps se laissent facilement dégommer par les virils pistoleros et l’histoire dévie largement vers une intrigue à complots. D’un côté les vampires bien roulés (ou pas) bien décidé à déféquer sur l’humain a grands renforts de charognes animées ; de l’autre Landra Pecos, agent apparemment exemplaire, implacable et, quant à elle,… bien roulée. Nous n’en savons pas plus. Nous déduisons, au fur et à mesure des cases extra-larges, que ce premier tome (sur trois) sera l’occasion de poser tranquillement l’histoire, de revenir sur la lutte des hommes et undead à travers les siècles jusqu’à conter quelques anecdotes de nos jours. Contée à 90% en voix-off par le grand-père (Pecos) décidé à former au combat ses petits-enfants orphelins et dans l’optique de souligner la tradition orale, l’histoire n’est réellement rythmée que par les interventions contemporaine d’un clan de goules belliqueuses. Ca ne va pas bien loin. Mais, c’est très beau. Mais ça ne va pas bien loin. Mais c’est… Vous avez saisi l’idée.

Un prologue de luxe (13,50€), voilà comment définir ce premier volet d’une trilogie que l’on aimerait voir rapidement se développer dans le prochain tome prévu pour août. Car si les dessins sont majestueux, il ne faudrait point oublier un semblant d’intrigue, quelque chose à nous mettre sous les crocs. En tant qu’adaptation du très dense FVZA.org de Richard S. Dargan, il y avait matière organique à composer un brûlot aussi barré que railleur. Au final, nous ne pouvons qu’être foncièrement déçu de voir Hine concevoir une histoire si conventionnelle alors que le matériau d’origine laissait à disposition une mythologie tentaculaire. Il n’y avait qu’à se servir ! Espérons un deuxième tome rentre-dedans ou, du moins, plus mordant. Quoi, facile ?!


A propos de l'auteur

Pan
Torché à la littérature fantastique, Pan est un animal mystique voire pervers. Il se réfugie très tôt dans la jungle vidéo-ludique puis le cinéma. Journaliste vaporeux, Pan lit toujours mais toujours un peu moins de fantastique, feuillete pas mal de BD, se désocialise faute aux séries TV. Il ne peux s’empêcher de citer quelques noms dont la simple évocation illumine son regard de Carlin : R. Matheson, J. Depp, W. Anderson, A. Moore, S. Raimi, V. Price, T. Gilliam, S. Carrell, G. Orwell, N. Gaiman, P.T. Anderson, G. del Toro, TMNT (et alors ?), R. Bradbury, Farrelly Brothers, H.G. Wells, The Monty Pythons, T. Pratchett, E. A. Poe, S.Spielberg, C. D. Simak, etc. Pan, un être cohérent.