Critique

Soyons clairs : oui, nous savons que l’ouvrage ici présent est édité par la branche girly des éditions Soleil… Admettons que nous nous en sommes aperçus une fois le livre en mains. Pas grave, assumons : c’est fait, c’est fait ; et surtout, c’est lu. Présenté ici dans sa version originale (traduite par M.C. Desoille), le (beau) bouquin s’illustre de manière plutôt épuré par le leader français du mouvement japonais Lolita (jeune femme plutot gothic, jupe bouffante et chaussettes sous le genou, bande de pervers). Critique un peu spéciale puisque relativement compliqué et stérile de palabrer cinq mille signes sur une fable que tout le monde a assimilée ou dévorée – si ce n’est le cas, et à moins d’être atteint de cécité : « non mais t’attends quoi ? ». Critique short, donc, qui ne s’étendra pas sur cette centaine de charmantes pages, dispensables selon éventuelles précédentes plongées chez les chenilles défoncées, volatiles hystériques et lapins voyeurs.

A l’instar d’une flopée de rééditions – opportunistes, pour rester poli – en tous genres accompagnant la sortie du dernier Tim Burton, Alice au Pays des Merveilles, de Soleil, s’inscrit dans la conservation du texte original. Aéré et porté par le charismatique format carré, la version se lit agréablement, conçue spécialement pour les mains des parents souhaitant distiller une goutte de fantaisie psychotique dans les oreilles de leur marmot. Reproche personnel d’après condition réelle : le bleu pastel des poèmes proscrit toute lecture à la bougie. Nonobstant, nous sommes au XXIe sicèle : partons du principe que l’électricité est une énergie répandue.

La plus-value du recueil tient naturellement dans l’illustration. François Amoretti au crayon, ses dessins fins et identifiables à la seconde concordent idéalement avec l’image baroque et moderne d’Alice. L’un des chefs de file du mouvement « Lolita » – le monsieur a ramené le courant dans les bagages de ses nombreux voyages au Japon – reprend les clichés habituels de l’univers Carollien (les fioles, le bestiaire, les objets du quotidien) et parsème le livre de sa douceur caractéristique. Nous pourrions critiquer la pauvreté (quantitative) des croquis présents dans le bouquin ; préférons saluer la clarté du récit.

À ceux n’ayant jamais goûté la potion rétrécissante d’Alice au Pays des Merveilles, ce joli petit bout de livre se révèle parfaitement adapté. Les autres trouveront l’objet difficilement défendable – sinon charmant, grâce aux esquisses de François Amoretti. Entre les pleurs devant le moindre drame ciné, les cultes voués aux corps huilés des actioners 80′s et maintenant ça… La côte de virilité de GeekCulture ne risque pas de ressuciter. Oui, Chapelier, encore un peu de sucre dans mon thé amincissant Detox. Merci ; et très joli chapeau.


A propos de l'auteur

Pan
Torché à la littérature fantastique, Pan est un animal mystique voire pervers. Il se réfugie très tôt dans la jungle vidéo-ludique puis le cinéma. Journaliste vaporeux, Pan lit toujours mais toujours un peu moins de fantastique, feuillete pas mal de BD, se désocialise faute aux séries TV. Il ne peux s’empêcher de citer quelques noms dont la simple évocation illumine son regard de Carlin : R. Matheson, J. Depp, W. Anderson, A. Moore, S. Raimi, V. Price, T. Gilliam, S. Carrell, G. Orwell, N. Gaiman, P.T. Anderson, G. del Toro, TMNT (et alors ?), R. Bradbury, Farrelly Brothers, H.G. Wells, The Monty Pythons, T. Pratchett, E. A. Poe, S.Spielberg, C. D. Simak, etc. Pan, un être cohérent.