A l’heure où la plupart d’entre vous a encore la bouche pâteuse et/ou l’estomac ravagé par le fois gras et la – grosse – bûche, Geek Culture a réussi à s’extraire les marrons du rectum et renfiler son caleçon histoire de vous lacher, comme il se doit, son bilan 2010. Une année quelque peu chaotique, que ce soit d’un point de vue cinématographique ou organisationnel. Débutons par la sphère Geek Culturienne. Si plusieurs rédacteurs sont partis vers d’autres horizons (famille, travail, divergences d’opinions ; on leur souhaite sincèrement le meilleur, quand bien même la séparation fut parfois houleuse), Fabien l’érudit a choisi de nous rejoindre (il va sans dire que nous ne sommes pas peu fiers de l’avoir attiré dans nos filets) et Owen le narcoleptique a émergé de son sommeil pour, entre deux siestes, nous pondre un papier. Quant aux deux inséparables et indéboulonnables branlos aigris – Alex & Pan – qui maintiennent ce site à flots, entre diverses critiques suintant la bile haineuse et l’entretient d’un semblant de vie sociale, ils ont trouvé le temps de migrer le site vers un autre CMS (Spip vers WordPress pour les curieux) et de refaire la déco. 2 fois… 12 mois la tête dans le guidon et la selle bien calée dans la raie. Aussi, dans un excès de sentimentalité de saison, nous souhaitions remercier tous ceux qui, déjà, prennent un peu de leur temps pour nous lire, mais aussi ceux qui nous laissent des com (même virulents ou accusateurs), les twittos qui nous #FF/#RT, les facebookiens qui nous « likent », les fans hardcores qui s’astiquent devant le miroir en pensant à nous… Encore merci, vous donnez un sens à notre insatiable soif de mots et à ces nombreuses heures passées à écrire, coder, glander, débattre, enquiller café/clopes, imaginer des jeux de mots tendancieux foireux… Aussi, tels de vaillants bourricots, jamais découragés par l’adversité, nous essaierons de vous procurer davantage de plaisir encore en 2011. Outre nos habituelles missives enflammées, la team espère bien multiplier les dossiers, interviews et reportages. Geek Culture sera d’ailleurs en direct du Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême dès la fin du mois de janvier (du 27 au 31).
Mais laissons les bonnes résolutions de côté et revenons à cette satanée année 2010. Une fournée qui, assurément, ne restera pas dans les annales (…). Si quelques métrages (trop peu) nous ont bien évidemment retourné le cervelet et qu’un tas d’autres ont rempli leur office, cette fin de décennie fut surtout marqué par le sceau de la médiocrité. Entre les rendez-vous manqués (ces grands réals qui se sont allègrement vautrés), l’opportunisme de bas-étage et le mauvais goût érigés au rang de velléités artistiques, la sélection des pires saloperies de l’année ne fut pas une mince affaire. D’autant qu’aux traditionnels top/flop, vos serviteurs ont jugé bon de relever la sauce et d’y adjoindre de nouvelles épices. Allez, trêve de palabre, roulement de tambour et retour illustré sur 2010 !
Le meilleur…
Fantastic Mr. Fox (17 février)
Si l’objet est beau comme un tracteur, précis comme un piège à loup, il perd peut-être en émotion ce qu’il gagne en souplesse. Mais ne boudons pas notre plaisir : Suivez monsieur Fox dans ce trou-là, vous en sortirez pleins de couleurs. Ffufuittt… Tac, tac !
Valhalla Rising (10 mars 2010)
« Expurgé de dialogues explicatifs inutiles, Valhalla Rising est un morceau de cinéma pur, une œuvre protéiforme à la fois hallucinogène, hypnotisante et fascinante. »
Très loin des repompes hollywoodiennes et des métrages effleurant du bout de la queue le thème de la génétique, le joyau répugnant de Vincenzo Natali s’impose comme une proposition de cinéma salutaire et réjouissante.
« Epopée dense à la puissance émotionnelle et affective bouleversante, Toy Story 3 est aussi un grand moment de cinéma, une aventure hypertrophiée, une énergique odyssée au confins des genres cinématographiques. »
« Buried c’est l’une des très grosses tueries de l’année, à voir impérativement en salle pour quiconque n’ayant pas de home cinema dans un caisson à oxygène à domicile, sous peine de perdre une part de ce qui fait de ce film une expérience physique quasi-complète. »
Scott Pilgrim Vs. The World (01 décembre 2010)
« Une fois embarqué dans la tête de Scott, le sens se fait jour, la symbolique abonde, et c’est proprement disloqué que l’on achève ce ride dévastateur, nostalgique, romantique et générationnel, ode puissante aux pop-cultures de l’imaginaire. »
« Monsters est un film d’ambiances, extrêmement bien construit, qui réclame qu’on l’accueille et qu’on se laisse porter par lui pour apprécier son aspect contemplatif, ses envolées d’épouvante et sa grande mélancolie. »
…et le pire de 2010
Hors de contrôle (17 février 2010)
« Le guerrier de la route méritait indéniablement meilleur véhicule pour son retour devant la caméra. Avec sa conclusion en forme d’image d’Epinal écœurante, ce faux vigilante, indigent et anesthésiant, à l’électroencéphalogramme plat, atteint le stade ultime du renoncement artistique. »
Légion – L’Armée des anges (24 mars 2010)
« Non content de batifoler avec tous les genres et violer sans vergogne le bestiaire des grands succès du cinéma d’horreur (grand-mère enragée, chiard psychopathe, zombies), Scott Stewart signe un scénario digne d’un nanard indigent – mais sans le charme des premiers films fauchés – qui laisse le spectateur abasourdi de clichés et stupéfié de la réalisation tantôt roublarde tantôt puérile. »
Le Choc des Titans (07 avril 2010)
« Gloubi-boulga mythologique infâme, l’insulte à l’entertainment made in Louis Leterrier (L’Incroyable Hulk) se permettait de jouer avec les Persée, Io (que diable fout-elle ici ?) ou Zeus comme autant de petits bonhommes en mousse sans âme. »
Lire les quelques lignes rédigées par Pan à l’occasion du Digest n°3
« Vaste escroquerie, Iron Man 2 n’est que frime et clins-d’œil appuyés, clip ennuyeux, iron fist vulgaire, cinématographiquement proche d’un reality show, masquant sa véritable identité de pivot (lourdingue) du projetAvengers derrière un synopsis archaïque et anarchique. »
Freddy – Les griffes de la nuit (06 mai)
« Hautement détestable, ce projet à l’opportunisme nauséabond, au mercantilisme de bas étage et aux ambitions artistiques proches du néant, ne convoque que haine et mépris. »
Prince of Persia : Les Sables du Temps (26 mai 2010)
« Prince of Persia : Les Sables du Temps échouent à chaque level : réalisation archaïque, scénario conventionnel pompé sur un jeu vidéo reposant exclusivement sur le gameplay, bande-son insignifiante, interprétation démodée. »
« Dépourvu d’enjeu, dilué dans une logique de survival, ce second essai de Breck Eisner est un narcotique à se taper la tête contre les murs feutrés des salles obscures… »
+ Lire la critique (dialoguée) de Pan
Top Cops (23 juin 2010)
« Hommage galvaudé, comédie apathique à la mise en scène sous analgésiques, le score est lourd et le tableau d’affichage sans appel ! Le batteur Smith (lui, le fan de Hockey), joueur vedette aujourd’hui au crépuscule de sa carrière, passe totalement à côté de son match. »
Shrek 4, Il Était une Fin (30 juin 2010)
« Mike Mitchell montre les limites d’une direction artistique vétuste – parfois immonde – et propose un ultime épisode qui se caricature violemment. La bouchée de trop va être dure à avaler mais on sait que le héros aux deux trompes fera un carton au box-office. Rassurons-nous : c’est la dernière fois. Il était temps de tourner la page. »
Le Dernier Maître de l’Air (28 juillet 2010)
« Agaçant non divertissement opportuniste et mongoloïde, Le Dernier Maître de l’Airconvoque, à tous les niveaux de son développement, trop d’insuffisances et idées merdiques issues du cervelet atrophié d’un babouin malade pour même seulement arracher une once d’indulgence. »
Paranormal Activity 2 (20 octobre 2010)
« Hormis quelques éléments de réponses vis-à-vis du premier volet, une gestion du suspens peut-être moins catastrophique, et l’investissement dans au moins 3 caméras supplémentaires, Paranormal Activity 2 est étonnant de vacuité. »
2010… Dans les oreilles
John Powell n’est certainement pas le meilleur compositeur du moment mais son boulot épique sur le non moins enlevé Dragons est à tomber.
Danny Elfman – Alice in Wonderland
Si Timmy est passé à côté de son sujet, Danny, double mélodique du réal, a lui livré un soundtrack bien plus attrayant. Sans être la partition la plus mémorable du compositeur, le score vaut, notamment, pour son main title – choeurs, cuivres et percussions – dévastateur, à ranger direct aux côtés de ceux d’Edward aux mains d’argent, The Nightmare Before Christmas ou Spider-Man. Chapeau bas mon chapelier.
2010… Dans le mange-disque
“Jeune surdoué du 7ème art, Richard Kelly confirme définitivement son statut d’artiste essentiel, qui, même dans le sérail de la production hollywoodienne, ne cède jamais à la facilité, approfondit sans cesse ses thématiques et porte tout simplement le cinéma de genre vers d’autres cieux…”
The Office – Saison 5 (23 mars en DVD)
“Cette cinquième fournée de papier envoie The Office à son meilleur. Oubliant parfois le regard des caméras, les comédiens exceptionnels soutenus par un Steve Carrell monstrueux sur plusieurs niveaux de jeu, distillent un ton légèrement plus grave que dans les précédentes saisons. (…) Tellement vacharde que c’en est beau.”
Funny People (25 mai 2010 en DVD/BR)
“Catharsis, mise en abyme de son cinéma, projection du réalisateur et de la production, miroir de la carrière des acteurs, ce troisième film – par ailleurs servi par une réalisation intense de lourdeur mais à fleur-de-peau, une direction d’acteurs astucieuse et un montage volontairement (?) étiré – s’impose comme une réflexion profonde sur le pouvoir salvateur du rire puis celui cynique et tranchant de la célébrité.”
“ Si on vient pour se prendre la tête à deux mains mon cousin, on pourra être déçu, mais ce serait oublier que la sincérité de l’entreprise et de l’histoire sont la raison d’être de ce projet qui est tout simplement, au final, émouvant dans sa facture.”
South Park – Saisons 10, 11 & 13 (en DVD à partir de septembre)
“Stone et Parker érigent un monument comique. Sous les coups de boutoirs scatologiques, les salves d’obscénités et autres rafales de slapsticks gorasses et répliques à la grossièreté confondante, le duo sublime la vulgarité pour l’élever au rang d’art.”
+ Lire les chroniques érectiles d’Alex
2010… Dans les zygomatiques
Après avoir tourné en ridicule les médias (Présentateur Vedette…), du sport (Ricky Bobby…), la famille (Frangins Malgré eux), le duo Adam McKay/Will Ferrell via Gary Sanchez Prod continue leur destruction massive de l’american dream par le rire. Dans Very Bad Cops (The Other Guys en V.O.), les trublions préférés de la rédac’ mettent des claques à l’héroïsme aveugle (la glorification de la police, les films d’action) et la finance. L’éjac’ faciale de l’année.
+ La critique DVD/BR coming soon
« Flirtant davantage avec les réalisations Apatow plutôt que ses productions, le second film de Nicholas Stoller promet une avalanche de couillonnades à défriser la toison pubienne (…) superbement servies par un duo d’acteur qui en a dans le slip kangourou. »
« Le sexy Piranha 3D rassure quant à la faculté d’un cinéma de genre US à remplir sa mission triviale de divertissement. Alors oui, la recette utilisée par Aja est simple et pas des plus fraîches ou originales, ça pue la moule et le 80’s, mais en brochettes avec une bonne bière, le plat s’ingurgite avec un plaisir mêlé de nostalgie. »
2010… Dans le cul
On avait placé l’espoir dans la gouaille de ces fanboys, les mains expertes de ces géants contemporains ou en devenir. Pas (tous) forcément mauvais – loin de là, ils nous auront quand même foutu un coup de grisou.
« Pliant sous les clichés et les influences au point de se rompre les reins et de lâcher la main du spectateur dans cette tour de banlieue décharnée, le film de Dahan et Rocher peine à se trouver et à convaincre. »
Lovely Bones (10 février)
« Jackson se grime ici en cinéaste enfermé dans le gigantisme, désormais inapte à filmer l’intime. Son dernier film en est la preuve : œuvre originellement double-face, l’une poignante, l’autre onirique, Lovely Bones est proportionnellement grotesque et visuellement répugnant. »
« Si on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit là d’une erreur de parcours pour cet immense artiste, il est quand même paradoxal de voir un réalisateur emblématique du Nouvel Hollywood, période synonyme d’un vent de liberté et de modernité sur l’industrie US, singer maladroitement les grands classiques hollywoodiens… »
Alice au Pays des Merveilles (24 mars)
« Plus proche d’une fresque fantasy à la C.S. Lewis qu’une satire burlesque, la bande de tarés imaginés par Lewis Caroll a déserté ; difficile – si ce n’est esthétiquement – de deviner Tim Burton à la tête de l’entreprise. »
« Hommage forcé ou habile updating du Predator de John McTiernan ? On se permet de s’interroger. Quoiqu’il en soit, Nimrod Antal ne parvient pas à installer un réel climat tâche-culotte. »
Inception (21 juillet)
« Inception est la représentation emphatique de son créateur : un pur esthète de l’image qui cherche sans cesse à faire le lien entre le propos d’un film – malheureusement sans enjeu dramatique – et le 7e Art. »
« L’entreprise tient plus du bon gros Z friqué que de l’actionner nostalgique : scénar indigent rédigé après un shoot d’anabolisant dans le cervelet, CGIs foirés (ha ces effusions sanguines numériques du pauvre…), montage à la scie sauteuse et, plus étrange, réalisation indéfendable. »
+ Lire les quelques lignes rédigées pour le Digest #4 par Alex
The Social Network (13 octobre)
« Pas fondamentalement mauvais – on ne s’ennuie presque jamais chez David – si l’on éclipse certaines scènes formellement hideuses, ce réseau humain-là ne dépasse jamais, en terme d’émotion, l’idée même du Facebook dont il s’inspire : tentaculaire, vertigineux et terriblement controversé. »
« Une curiosité Rubber ? Sans aucun doute, mais en l’état on est loin du messie zarbi qu’on nous avait promis. Film aussi virtuose que pénible, le long de Dupieux ne remplit qu’à moitié son contrat, et dans le monde des curiosités psychotroniques, remplir à moitié son contrat, c’est ne pas le remplir du tout. »
2010… dans la bibliothèque
Loin d’avoir pu tout lire, voici tout de même un petit florilège de nos coups de coeur de papier.
La Ligue des gentlemen extraordinaires – 1910 (17 février)
« Noire et mélancolique, La Ligue des Gentlemen Extraordinaires pénètre à sec le XXe siècle sur un magistral tapis rouge sang ; et 1910 d’être au septième Art ce que ces légendaires héros d’aventures sont à la littérature : indéfectibles puissants représentants de leur temps. »
Scott Pilgrim – Vol 1 : Precious Little Life (12 mars)
« Bâti comme un teenage-show intelligent à l’humour truculent, le comic-book décolle bien vite en Dragon Punch vers les sphères dessinées que côtoient le comic-book, le manga et la candide BD rock n’ pop. »
Incognito : Projet Overkill (07 avril)
« Violent et décomplexé, Incognito compense le manque d’originalité d’un sujet de départ aujourd’hui un peu galvaudé par un traitement pulp divertissant et rafraîchissant. »
Powers – Tome 7 : Eternels (01 juin)
Dernier tome publié par Panini Comics (il faudra maintenant se rabattre sur la VO, à moins qu’un super-éditeur masqué ne vienne au secours de la VF), Éternels s’écarte des habituelles – et néanmoins passionnantes – enquêtes policières de Walker et Pilgrim pour embrasser le passé super-héroïque du premier. Construite de main de maître autour de pléthore de références par un Bendis très inspiré et un Oeming – au style fusionnel (Timm & Mignola) toujours aussi impressionnant – en état de grâce, ce tome 7, fluide et cohérent, mystique et mythologique, assoit définitivement Powers comme le chef d’oeuvre post-moderne qu’il est. Un monument tout simplement indispensable auquel ces quelques lignes – rédigées pour l’occasion – ne peuvent décemment rendre justice.
Bravo. Si vous avez eu les corones d’arriver jusqu’ici, vous avez pris autant de plaisir à revivre 2010 que nous en avons eu à préparer ce bilan… plus que ventru. Nonobstant, c’est l’oeil pendant – seulement l’oeil – que nous zieutons dans le rétroviseur ; certes comblés par les quelques pépites taillées par Nicolas Winding Refn, Edgar Wright et autres Père Moore mais pas foncièrement repus. Du très bon, du franchement honteux : une année en dents-de-scie propice au découpage de navets… Car n’oublions pas l’objet de notre enfant terrible (en français dans le texte) : parler culture geek avec amour, acidité et amusement. N’en déplaise à certains lecteurs sceptiques, répétons-le avant d’entamer ces prochains mois gorgés de promesses (Black Swan, Rango, La Ligue des Gentlemen 1910- vol.2, Hall Pass, Sucker Punch, Paul, True Grit, Super 8, etc.) : qui aime bien, châtie bien ! Inutile de dire que nous adorons mettre la fessée…
































