Lawrence Talbot est un aristocrate torturé que la disparition de son frère force à revenir au domaine familial. Contraint de se rapprocher à nouveau de son père, Talbot se lance à la recherche de son frère...et se découvre une terrible destinée. L’enfance de Lawrence Talbot prit fin à la mort de sa mère. Ayant quitté le paisible hameau de Blackmoor, il a passé plusieurs décennies à essayer d’oublier. Mais, sous les suppliques de la fiancée de son frère, Gwen Conliffe, il revient à Blackmoor pour l’aider à retrouver l’homme qu’elle aime. Il y apprend qu’une créature brutale et assoiffée de sang s’affère à décimer les villageois et que Aberline, un inspecteur soupçonneux de Scotland Yard, est là pour mener l’enquête. Réunissant petit à petit les pièces du puzzle sanglant, Talbot découvre une malédiction ancestrale qui transforme ses victimes en loups-garous les nuits de pleine lune. Pour mettre fin au massacre et protéger la femme dont il est tombé amoureux, il doit anéantir la créature macabre qui rôde dans les forêts encerclant Blackmoor. Alors qu’il traque la bête infernale, cet homme hanté par le passé va découvrir une part de lui-même qu’il n’aurait jamais soupçonnée.
Longtemps réduit à un faire-valoir malodorant (Twilight 2 : Tentation), à une bouillie de CG insignifiante (Van Helsing) ou un galimatias glacé (Underworld), le loup-garou sur bobines a depuis longtemps perdu de sa superbe fourrure. Puisant ses origines dans l’antiquité, à l’instar du vampire - avec qui il partage beaucoup de points communs, le lycanthrope se pose comme un mythe passionnant difficilement adaptable au XXIe siècle ; symbolisant la bestialité naturelle et la liberté exacerbée de notre belle espèce, l’anthropomorphe se révèle des qualités évocatrices paradoxalement moins pertinentes aujourd’hui. Voilà une chose que l’acteur Benicio Del Toro et son pote de producteur Rick Yorn ont parfaitement saisi en prenant le parti de poser le décor de Wolfman deux siècles plus tôt, d’honorer le mythe sans le dénaturer ni le trainer dans la boue comme un chien galeux. Dès lors, la solution du remake passe pour la plus évidente ; et mettre en branle celui du plus marquant des films de poils (The Wolf Man de George Waggner, 1941), semble la plus féroce. Grrrr.
Soyons clairs : d’un classicisme rugissant, le conventionnel Wolfman ne pisse pas plus loin que ce qu’il promet : l’adaptation premier degré du mythe à poils longs. Pas d’errances scénaristiques, pas d’humour déplacé (mis à part les quelques touches cyniques du sautillant Anthony Hopkins), pas de sous-textes caustiques, le film de Joe Johnston s’inscrit dans la tradition des films horrifiques de la première moitié du XXe siècle. Ce qui sera, aux yeux de beaucoup, sa plus grande faiblesse, est, à nos yeux, la force d’un métrage-hommage sérieux, d’un film fantastique à la rage primale source de peur froide et ancestrale. C’est dit, ne nous attendons pas à voir la bête prendre Brigitte Bardot sur le piano des Talbot ou Lawrence avouer son attirance homo-incestueuse pour son frère dévoré par le loup. Johnston et sa team l’ont compris : le lycanthrope est trop dangereux pour être griffé. Poil au nez.
Cinéaste commandité par Universal après la proposition de Rick Yorn, Joe Johnston n’était pourtant pas un choix évident de la part des studios. Préféré à Mark Romanek (Photo Obsession), le réalisateur de Jumanji et autres Jurassic Park III n’est pas spécialement un boulet mais certainement pas un virtuose. S’il fait un travail admirable de sobriété dans ce Wolfman - se permettant malgré tout quelques folies visuelles (dé)tripantes (la scène hallucinogène de l’asile) - il joue surtout le rôle de leader d’une équipe diablement riche. Danny Elfman, compositeur majeur, tisse une ambiance sonore à couper au sabre. Avec ses influences gothiques, il la joue discret - il faillit ne pas être de la partie - mais enchaîne, toutes cordes dehors, les références grouillantes et grimpantes au Golden Age de la Hammer et, bien entendu, à l’original de 1941. Lors de la première traque de Talbot, Johnston plonge Del Toro dans un brouillard épais, collant aux structures dignes de Stonehenge, dans une scène probablement écrite par Andrew Kevin Walker à qui l’on doit la glauquitude de Se7en et la lyrisme gothique de Sleepy Hollow. Échappé lui aussi de chez Tim Burton, le brillant chef déco’ Rick Heinrichs (Sleepy Hollow, Batman Returns, L’Etrange Noël de M. Jack) a choisit judicieusement l’immense bâtisse des Talbot et restitué idéalement l’Angleterre de la fin XIXe... ses bistrots, son asile gerbant, ses têtes de cons. Poil aux tétons.
Car si Wolfman n’a de but premier que de ficher une diarrhée monumentale au spectateur et donner un coup de jeune au vieux loup, il insiste tout de même sur la variation autour du thème anthropoïde en vigueur depuis le milieu de siècle dernier ; à savoir : canis canem edit, "les chiens mangent les chiens”, traduit plus élégamment par “l’homme est un loup pour l’homme”. Ou comment l’homme peut être plus bestial que l’animal-totem exacerbé qui nous intéresse. Du coup, Wolfman nous montre une populace - menée par l’église - s’acharnant, de manière tout à fait inhumaine, sur ce pauvre Talbot coincé par la malédiction qui le frappe. Parcourant ce Wolfman du début à la fin (d’abord chasseur dans la première scène, le prédateur devient chassé), l’image est simpliste mais fidèle à la longue lignée de films déshumanisés auquel le long de Joe Johnston appartient. Poil aux mains.
Au-delà de l’aspect symbolique - donc abstrait - du loup-garou, Wolfman brille là où nous avions toutes les raisons d’être sceptiques : dans la représentation de la bête. Car c’est l’ami Rick Baker (Star Wars, Men In Black), maquilleur du Loup-Garou de Londres et fils spirituel de Jack Pierce (truceur de l’original The Wolf Man) qui troque le numérique contre l’artisanal, décidément plus organique. Mis à part les scènes de mutation - dans lesquels les effets spéciaux plutôt discrets montrent une très correcte transformation contenue - seule la mise en scène fout la frousse, comme pour coller avec l’esprit du film de 1941, comme pour prouver avec nostalgie que le découpage rendra la peur toujours plus palpable que tonne de monstruosités en CG fluos. Et il fait peur, l’homme-loup. Extrêmement rapide autant qu’incontrôlable, l’animal bondit, tranche des têtes, bouffe des jambes et slap avec les tripes de ses proies. Sa puissance incommensurable et sa soif de meurtre sont parfaitement rendues par un Joe Johnston vraiment inspiré, qui s’amuse avec nos nuts, qui nous balance de l’effroi dès l’ouverture, pour atteindre son paroxysme dans deux scènes-clés : l’attaque du camp Gitan, tornade horrifique sur fond de bras qui volent, et celle de l’asile, étouffante, terrible face-à-face social et rageur. Personne n’est épargné - sauf les femmes et les enfants, bien sûr, on parle d’Hollywood - on reste gueule béante devant ce Wolfman, stupéfié de cette avalanche gore, cette explosion de viscères dans une production en apparence lissée jusqu’à la moelle. Poil aux aisselles.
Il faut dire qu’avec son regard animal et son patronyme ruminant, Del Toro fait un Lawrence Talbot parfait. Aussi à l’aise en aristo meurtri qu’en fou furieux du bulbe, l’acteur est néanmoins perfectible dans les scènes d’amour qui semble autant l’intéresser qu’un bol de soupe. Face à lui, le somptueux visage victorien de la douce-amère Emily Blunt caresse le remake d’un mystère sensuel qui rompt avec la barbarie sexuelle de Del Toro. La pauvre Gwen finira dans une scène charnelle des plus traditionnelles, le visage troublé et rougissant, ruisselante de sueur face au lycanthrope libidineux en position de missionnaire. Pas aussi excitant que Sadie Frost percuté par Dracula - en mode louveteau - dans le film éponyme de sieur Coppola, ok, mais tout aussi riche grâce à la performance ultime de Blunt. Que dire des seconds couteaux, tous rompus à la cause ; d’Anthony Hopkins, cradingue dandy asphyxiant habitué des forces ténébreuses, à Hugo Weaving en Frederick Abberline - clin d’oeil transversal au chargé de l’affaire Jack l’Eventreur, intraitable détective. Casting quatre étoiles, physique et distingué. Poil au pieds.
Alors tout n’est pas rose et rouge sang dans la chirurgie esthétique opérée ici ; à commencer par la réalisation irrégulière de Joe Johnston. Impeccable dans les scènes sauvages, il devient moins performant dans les séquences intimistes, ce qui le rend en partie responsable du manque d’empathie envers le couple Talbot / Conliffe - limite adultère, quand même, les mecs . Si le rythme est parfait, le timing inhérent au genre plus qu’honorable, il manque parfois la dimension épique nécessaire pour ressentir le trouble psychologique de l’homme-bête. En témoigne le passage sur les toits de Londres, la course effrénée du berserk traqué, pas franchement réussie ; plus proche d’une pub’ Royal Canin que d’une métaphorique, cruelle et tonitruante fuite. Poil à la...
De par sa violence outrancière, l’utilisation minimaliste des effets spéciaux et le refus de toute compromission sur le classicisme de son adaptation, Wolfman prend à la gorge. Sans accroc, le - meilleur - film de Joe Johnston sert sur un plateau d’argent une bête humaine à la puissance physique, lyrique et allégorique terrifiante, trop longtemps enchaînée dans la sombre cave d’Universal. Wolfman ne résonne pas seulement comme un hommage discret, parfois maladroit, mais sincère au film de George Waggner, il nous rappelle aux mythes comme meilleurs des miroirs, et surtout il nous hurle en plein dans la lune que nos monstres sont éternels pourvu qu’on les caresse dans le sens du poil.

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